Canalblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

libres opinions pour mémoire

Publicité
18 décembre 2016

Race noire race inférieure ou la ténacité humaine de l'absurde. Archives philosophiques pour mémoire

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RACE NOIRE

RACE INFERIEURE

OU LA TENACITE HUMAINE DE L’ABSURDE

ARCHIVES PHILOSOPHIQUES POUR MEMOIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

DECEMBRE 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TABLE DES MATIERES

 

  1. 1.   La Négritude de Senghor ou l’échec d’une  thérapie anti racisme blanc, à l’occasion de sa mort, le 20 décembre 2001……..………………………..p. 3.
  2. 2.   « Race noire, race inférieure » ou l’absurdité de la ténacité humaine à construire des murs de séparation entre les hommes……….……….. p. 7.
  3. 3.   Qu’est-ce que les Noirs ont inventé ? ou de la coresponsabilité humaine p. 13.
  4. 4.   Les anciens Grecs n’ont pas tout inventé, loin s’en faut..……………. p.19.
  5. 5.   La démonstration de la modicité de la contribution des anciens Grecs à la philosophie, à la science et à la théologie, par Eusèbe de Césarée, contrairement à l’idée reçue…………………………………………...……p. 31.
  6. 6.   Les croyances religieuses des anciens Grecs n’étaient pas plus rationnelles que celles des autres peuples de leur époque….………..…..……….. p. 32.
  7. 7.   La philosophie n’a rien appris des Grecs…………………………..…….p. 32.
  8. 8.   Les Grecs sont allés à la recherche de la philosophie chez les Barbares, p.34
  9. 9.   Pythagore, qui inventa le nom de philosophie et dont les Grecs se vantaient tant, avait reçu toute son instruction philosophique et scientifique chez les Barbares et même son nom est plus barbare que grec ………………….. p. 34.

10.Les Grecs ont tout appris des Barbares, y compris l’alphabet……. p.36.  

11.Témoignages supplémentaires …………………………………………..….p. 40.

12.La synthèse d’Eusèbe………………………………………………………….p. 52.

    13.Sur le plagiat des anciens Grecs..………..…………………………………p. 54.

    14.Sur la conformité de la philosophie grecque avec celle des Hébreux, par      

            Eusèbe de Césarée…..………………………………………………………....   p. 58.

    15.Conclusion : une invitation à la voie royale du bonheur humain : la vérité et 

         l’honnêteté ……………………………………………………………………….p. 73.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

              PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

NEGRITUDE DE SENGHOR

OU L’ECHEC D’UNE  THERAPIE

ANTI RACISME BLANC

A L’OCCASION DE SA MORT, LE 20 DECEMBRE 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DE KINSHASA

DECEMBRE 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A quatre-vingt-quinze ans, le chantre de la Négritude est mort et, avec lui, la Négritude aussi, sans doute. Car on ne voit pas bien comment, devenue orpheline inconsolable de son illustre père nourricier,  survivrait cette vieille dame éreintée et sans charme !

 

Né en 1906, Senghor est mort presque centenaire, le 20 décembre 2001, dans son village en Normandie (France)! Il aura traversé et marqué de l’empreinte de sa Négritude tout le 20ème siècle. Il en aura incarné, plus que tout autre, la bonne fortune !

 

Aussi, plus que tout autre de ses illustres compagnons du Quartier Latin parisien des années 1920, c’est de lui que serait naturellement attendu le bilan de la « lutte engagée » ou, simplement, de la réalisation de l’intention implicite du mouvement de la Négritude.

 

Hélas, la mort a frappé. Senghor n’est plus. Il n’est plus là pour faire lui-même ce bilan de la Négritude. Il est mort. Il eût fallu qu’il vécût encore un peu plus, ne fût-ce qu’un an, pourquoi pas deux ans, dix ans ! Il eût fallu qu’il ne mourût point… Mais il est mort.

 

Non, que dis-je ? Pour son pays, ses pays, il est immortel. Le bilan est fait par eux, brillant. En deuil, pourtant. Ils ont perdu un père, un Président-Fondateur d’Etat, un défenseur talentueux de langue, un Académicien, pour tout dire.

 

Les louanges à ses talents d’homme d’Etat et de culture fusent de partout, il faut bien le remarquer, même s’il n’a pas eu que des admirateurs.

 

Ce qui est vrai est qu’admirateurs et contempteurs s’accordent à lui reconnaitre le mérite d’avoir inventé, avec ses camarades, le concept-fétiche de Négritude, devenu pour eux tous leur plus grand titre de gloire.

Toute autre considération mise à part, on peut, en effet, s’accorder à penser que c’est un véritable trait de génie et une marque d’humanité supérieure que de tenter, in illo tempore, de damer le pion au racisme, en élevant le débat, par la substitution de l’identification raciale par la culturelle.

 

Car, comme on doit le savoir, il ne faisait pas bon, en pleine période coloniale, d’avoir une autre race que la blanche. Les murs construits par les théories racistes européennes de la fin du XIXème siècle avaient rendu l’identité raciale noire trop lourde à porter pour être exaltée. Le fameux Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855) du comte français Arthur de Gobineau (1816-1882)[1] est resté dans la mémoire.

 

Les Noirs et aussi les Juifs n’avaient alors que la haine et la récrimination pour arme contre la discrimination, dont ils étaient l’objet. En substituant la discrimination culturelle à la discrimination raciale, Senghor et ses amis avaient voulu rendre l’identité nègre digne de l’intérêt, que suscite toute culture, avec, à la clé, la reconnaissance humaine des Noirs.

 

Joignant la parole à l’acte, Senghor sut faire montre de l’interchangeabilité raciale. Il s’appliqua l’idée que tout être humain doit être capable d’embrasser plusieurs cultures. Le métissage culturel devint un must pour lui. Il sut ainsi être à la fois blanc et noir, hellène et nègre, bref, grec et barbare.

 

Mais, parce que sortir de soi est particulièrement difficile pour le « Grec », le métissage culturel naturalisé constitua le grand miracle de la Négritude. C’est, selon Senghor, le génie du Nègre d’être à la fois soi-même et autre que soi-même. La Négritude devint une prise de position philosophique, qui prit le contre-pied de « l’enfer, c’est l’autre ».

 

A travers sa Négritude, Senghor administre une leçon magistrale  d’ouverture, de compréhension humaine et de paix de l’ainé de l’humanité à un cadet, le « Grec », rongé par une volonté de puissance et de domination sans partage.

 

Il faut que le Nègre prouve à qui l’exclut qu’il sait être comme lui. La hantise du Nègre est ainsi devenue celle de l’identification blanche, que Senghor sembla avoir bien incarnée ! C’est une valeur humaine honorable, tant qu’elle sera l’expression d’une volonté réelle d’ouverture humaine.

 

Elle devient peu honorable si, comme il apparait, elle est l’expression du complexe d’infériorité du Noir, l’esclave, vis-à-vis du Blanc, son maître envié, à qui il veut ressembler.

 

Mais là n’est pas le fond du problème. En fait, la démarche métaphysique de la Négritude, comme d’autres démarches analogues, cadre mal avec la marque physique et conflictuelle du XXème siècle, théâtre des horreurs du nazisme. 

 

Ce qu’il faut bien voir c’est qu’elle n’a pas surmonté l’épreuve de l’idéologie raciste dont le texte « Race noire, race inférieure », ci-dessous, est l’une des plus complètes  expressions. Le mur racial, que Senghor voulait détruire, est plus debout que jamais. 

 

Il faut se rendre à l’évidence, la race noire est perçue et restera encore longtemps perçue comme une race inférieure, non seulement par la plupart des Blancs, mais, hélas, aussi par la plupart des Noirs eux-mêmes.

 

Les murs construits étaient manifestement trop épais et trop hauts pour être facilement abattus.

 

Le texte ci-dessous montre à quel point l’homme se complaît dans l’absurdité de la construction des murs de séparation.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II

 

 RACE NOIRE

RACE INFERIEURE

OU L’ABSURDITE DE LA TENACITE HUMAINE A CONSTRUIRE DES MURS DE SEPARATION ENTRE LES HOMMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DE KINSHASA

DECEMBRE 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « RACE NOIRE, RACE INFERIEURE »

 

« Tout d’abord comparons les Noirs aux Blancs. La « comparaison est facile et peut se résumer en quelques lignes.

 

« Les Noirs n’ont rien apporté. Ils ont, d’une manière générale, « le dernier rang sur tous les points du monde.

 

« Dans les sciences ils n’ont rien. Quel est, dans l’histoire des « mathématiques, de la physique, de la chimie et de la biologie, « le nègre qui, depuis que la terre existe, a laissé un livre, un « théorème, une expérience, une découverte personnelle ?

 

« Quoique je n’aie pas la prétention de connaitre de mémoire « tous les savants dignes de mémoire, j’en sais assez pour être « assuré qu’aucun savant noir ne peut être comparé à « Archimède, Képler, Newton, Lavoisier, Darwin, Pasteur.

 

« Si encore les Nègres pouvaient compter un savant de « cinquième ordre, ou même de dixième ordre, mais il n’en est « rien, grand ou petit, de quelque rang infime qu’on puisse le « supposer, ces pauvres gens. Les Nègres ne sont pas doués « pour les sciences. Ils n’ont rien « inventé. Ils n’ont rien « découvert. Ils n’ont pas écrit le plus « médiocre ouvrage de « vulgarisation.

 

« Les écrivains nègres ? Parlons-en. Je ne suis pas certain qu’ils « soient aptes à comprendre tous nos livres et à apprécier nos « principes. Pour les Lettres et les Arts c’est exactement la « même chose.

 

« L’architecture nègre ? Ce sont des paillotes. La peinture nègre ? « Ce sont des dessins informes, dont ils sont bariolé leurs « guitares.

 

« La musique nègre ? Ce sont les charivaris ou mélopées « monotones, non dépourvues de quelques charmes, qu’ils « chantent en naviguant sur les rivières. Mais il est loin de cette « plainte rythmée de Beethoven, Verdi, Wagner.

 

« Quant aux Lettres, je connais Homère, Sophocle, Shakespeare « et Molière, Achille et Victor Hugo. Mais j’ignore les penseurs « du monde noir et leurs artistes. Il faut donc attribuer la « même place dans les arts que dans les sciences.

 

« Ce ne sont pas les Nègres qui ont inventé l’imprimerie, les « chemins de fer, les bateaux à hélice, le télégraphe, la « photographie, l’aviation. Ils n’ont ni fondé une institution « sociale, ni l’assistance publique, ni même la lettre de change, « ni le gouvernement parlementaire.

 

« Ils n’ont pas su créer une langue stable et se donner une « patrie. C’est pourtant le minimum. Les Etats gouvernés par « les Nègres sont déchirés par des discussions féroces. La « cupidité et de l’anarchie y sévissent en pleine vigueur. Il suffit « de les écouter et vous êtes fixés.

 

« Pendant bien des siècles ils ont été les maitres incontestés de « l’Afrique. Ils n’ont pu rien faire de valable … Ce grand et beau « continent était et reste divisé en tribus qui ne connaissent « que des guerres de pillage avec des armes enfantines.

 

« En fait de religion, ils n’ont inventé que des fétiches grossiers. « Nous les Blancs, nous avons le paganisme admirable « d’Homère, le féroce monothéisme de Jéhovah, la douce « mystique du Christ et le belliqueux apostolat de Mahomet. Les « Jaunes ont Brahma et Bouddha. En somme six grandioses « religions qui reflètent l’âme de ceux qui les ont faites, croyant « les recevoir d’un Dieu. Mais l’âme des Noirs, très puérile, se « reflète dans leurs superstitions et leurs amulettes gris-gris.

 

« Leur politique et leur religion sont à la hauteur de leurs « sciences, leurs arts et leur efficacité. Ils s’entre-tuent pour « tout ce qui brille, pour n’importe quoi. Ils sont personnels, « égoïstes et sensibles à la flatterie.

 

« Plus ils sont âgés, plus ils croient tout savoir, même s’ils sont « sots. Chez les Nègres, l’intelligence se mesure au nombre des « années vécues.

 

« Donc la preuve est faite ; elle ne s’appuie ni sur des raisons « philosophiques ni sur des déductions anatomiques, mais sur « les résultats mêmes de cette intelligence. L’intelligence d’une « race se mesure par ce qu’elle produit.

 

« Les Noirs n’ont produit que le néant.

 

« Cherchez, creusez, analysez, interrogez les dictionnaires, les « statistiques, les almanachs, vous ne trouverez pas un seul « Nègre qui ait été éminent comme savant, comme artiste, « comme penseur. 

 

« On cite toujours un homme de quelque mérite : M. Booker « Washington, qui est nègre et que le Président Roosevelt a « invité à dîner. Mais, au risque de faire de la peine à cet « honorable écrivain noir, je ne crois pas que son nom, à lui « seul, compense les noms d’Aristote, de Phidias, de Rome, de « l’Allemagne et de la France, de l’Angleterre et de l’Espagne.

 

« La balance n’est pas des tout égale. Il y a eu M. Booker « Washington et nul autre. Voilà l’unique témoignage que les « Nègres puissent aligner en faveur de leur puissance « intellectuelle. On me permettra de penser que M. Booker « Washington est une exception et que cette exception ne « prouve rien.

 

« Pourquoi ne pas dire à haute voix ce qui est notre conviction « à tous ?

 

« La race noire est une race inférieure.

 

« Les dimensions de son cerveau la rapprochent des singes et « l’intelligence est restée enfantine. Peut-être, avec le progrès « des siècles, la race sera-t-elle capable ; mais nous ne savons « rien et les plus habiles ne sauraient émettre à cet égard que « des conjectures fantaisistes.

 

« Peu importe, la question n’est pas là. Il ne s’agit pas de « l’avenir, mais du présent. Or, à l’heure actuelle, la race « noire est radicalement inférieure à la race blanche. Nous « n’avons pas voulu dire davantage, l’infériorité est éclatante. « Il est inutile d’aller plus loin.

 

« Mais faisons l’hypothèse, imaginons qu’il n’y ait jamais eu de « Nègres ni en Ethiopie ni en aucun coin de l’Afrique. Est-ce que « notre civilisation en serait changée ? Que manquerait-il à « notre culture générale ? Aurions-nous un seul trait à « retrancher des livres que nous lisons ? Londres à Londres, « Berlin à Berlin ?

 

« L’ouvrage de la race noire est égal à Zéro.

 

« Des millions de Nègres ont respiré, vécu et souffert sans « aucun profit pour l’humanité future. Toute cette immense « population humaine, par l’imbécilité de son intelligence n’a « pas fait avancer la marche en avant de l’humanité, pas plus « que les bestiaux qui peuplent depuis des siècles les panpans « du Sud de l’Amérique.

 

« Si l’on m’accuse d’être cru, ce qu’on ne m’aura pas compris. « J’ai une vraie sympathie pour ces pauvres Noirs, ces êtres « doux et faibles, faciles à corrompre, victimes de notre « méchanceté, et je ne voudrais pas faire quelque peine au plus « infime d’entre eux et d’avance je m’excuse de ma franchise.

 

« Mais une sympathie pour des individus conscients et « humains, capables de douleurs, ne va pas jusqu’à « l’admiration pour cette race.

« Il ne faut pas confondre un sentiment de pitié avec un « jugement, d’autant plus que ce jugement comporte une « conclusion pour ces êtres inutiles.

 

« En tout cas tout militatif de cette race dégradée avec la race blanche ne peut être que ‘funeste’ »[2].

 

Fait à Kinshasa, le 22 décembre 2001

 

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III

 

 

QU’EST-CE QUE LES NOIRS ONT INVENTE ?

OU LA CORESPONSABILITE HUMAINE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DKINSHASA

MAI 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La réponse, ci-dessous, à la question de savoir ce que les Noirs ont inventé, reproduite dans le n° 55 de mai 2005, de L’Avenir, Revue des Jeunes, Manuel de formation des Jeunes[3], n’a pas la réplique au texte précédent pour objet, mais la simple information des lecteurs des Libres Opinions.

 

En effet, nous savons que, premiers porteurs de l’humanité, les Noirs ont tout inventé, depuis les premiers pas des hominidés jusqu’à leur organisation de vie en harmonie avec  la nature et la divinité.  

 

A ce titre, à travers eux, l’homme a accompli sa mission la plus vitale. Ce sont eux, qui ont assumé la nature humaine originelle et créé la première culture humaine, dont les échantillons, ci-dessous, montrent que les Noirs ont gardé leur sens de responsabilité humaine originelle, en s’adaptant à l’environnement moderne, hors des tropiques.

 

Ils n’ont pas besoin du satisfecit d’un morveux. Ils ont été là avant lui et très longtemps sans lui.

 

Voici l’extrait annoncé de la Revue des Jeunes, L’Avenir :

 

« Un grand savant, Albert Einstein, aimait à dire que ‘ l’imagination est la plus grande richesse de l’homme’.

 

C’est vrai. Il suffit d’un éclair de génie pour convertir les idées, que l’on croyait les plus folles, en théories scientifiques les plus rigides. Les projets les plus lucratifs prennent naissance à partir des idées les plus banales en apparence. Il suffit de trouver le cheminement logique permettant à aboutir à leur concrétisation.

 

Cependant entre le rêve et la réalité, le savoir et le savoir-faire, il y a un monde de différence.

 

Assez souvent, les plus grands inventeurs et les hommes de science les plus fameux ne bénéficient même pas matériellement du fruit de leurs expériences ou n’arrivent pas à contrôler l’usage que l’on en fait.

 

On peut citer l’exemple de Rudolph Diesel, cet ingénieur allemand, qui a inventé, en 1897, le moteur à combustion interne et à huile lourde qui porte bien son nom. On lui rend tout de même cette gratitude. Mais, Diesel est mort pauvre. Pris de découragement, en 1913, il s’est suicidé dans une chaloupe au large d’Anvers, loin de la vue de ce monde égoïste et cupide.

 

DES NOIRS SCIENTIFIQUES

 

Dans le domaine scientifique, beaucoup de Noirs se sont illustrés par leurs inventions. Mais les médias négligent de leur accorder une certaine diffusion. D’où ce préjugé mesquin, qui porte à croire même parmi les Noirs que leurs ancêtres n’ont rien inventé.

 

A cause du racisme, il y a une véritable conspiration du silence autour de leurs inventions.

 

DES SPORTIFS SEULEMENT ?

 

Au tableau d’excellence, on a toujours tendance à ranger les Noirs dans la catégorie des meilleurs sportifs. Ce qui n’est pas mauvais. On est fier du Roi Pelé, de  Mohamed Ali et de Michael Jordan etc. Cependant les Noirs excellent aussi en science et en technologie. Ils ont fait beaucoup d’inventions, demeurées inconnues au grand public.

 

Très souvent on entend poser cette question pleine de sous-entendus : qu’est-ce que les Noirs ont inventé ? Sur un ton ironique on répond au hasard : les chants, la danse, le tamtam …

 

Quoi de plus ? De telles réponses font rire ! Ce sont les éléments de notre culture, nous n’avons pas à en rougir. Au contraire nous en sommes fiers. Mais de telles réponses sont tendancieuses, elles visent à nous mettre un carcan d’infériorité au cou et à nous enfermer dans un traditionalisme stérile susceptible de tuer dans l’œuf toute appétence chez nos jeunes de se lancer dans des initiatives à caractère scientifique, de décourager chez eux tout esprit de créativité.

 

BATISSEURS DU MONDE

 

Il faut que les jeunes sachent qu’ils appartiennent eux aussi à cette grande famille d’hommes, qui ont construit le monde.

 

Nous livrons à leurs réflexions la liste des inventeurs noirs avec les inventions et leurs dates d’enregistrement au bureau des patentes et des droits d’invention des USA. Nous ne pouvons pas donner la liste complète, faute d’espace. Cependant ils peuvent aisément retrouver la liste originale sur internet à l’adresse : www.afrikara.com. Toutefois, pour leur plus complète édification, nous citons quelques exemples.

 

En effet, combien parmi les millions d’automobilistes, qui s’arrêtent chaque jour au feu rouge à travers le monde, savent que cet outil de gestion de la circulation urbaine a été inventé par un Noir ?

 

C’est en 1923 pourtant que l’Africain-Américain Garrett Augustus Morgan, un autodidacte né en 1875 dans Tennessee, a mis au point les feux tricolores. Il céda, pour 40.000 dollars de l’époque, son invention à la General Electric Company.

 

Très ingénieux, M. Garrett va également utiliser ses compétences en Chimie au service de ses préoccupations humanitaires, pour inventer le masque à gaz, dont le brevet est déposé en 1914, aux Etats Unis.

 

Un autre Africain-Américain, Andrew J. Beard, va mettre au point le moteur à combustion, alors que l’imagination de John V. Smith accoucha les freins de voiture.

 

Toujours dans le domaine du transport, le 19 septembre 1893, Elbert R. Robinson va mettre au point le trolley électrique sur rail et Granville T. Woods le système d’électrification des voies ferrées.

 

ENCORE UN TOUR D’HORIZON

 

Même s’il ne s’agit pas de faire le recensement exhaustif des découvertes et innovations faites par les Noirs, continuons ce tour d’horizon en citant John Stenard, qui invente, le 14 juillet 1891, le réfrigérateur, Lee S. Burridge et Newman R. Mashman, qui inventent, le 7 avril 1885, (l’année où les puissances européennes se partagèrent l’Afrique à Berlin), la machine à écrire.

 

Le 7 juin 1889, Granville T. Woods, cité plus haut, inventa l’antenne parabolique. Le 11 octobre de la même année, il mit au point les systèmes et les appareils téléphoniques.

 

Deux ans plus tard, le 1er janvier 1889, M. Woods inventa l’interrupteur électrique.

 

Aujourd’hui imprimer un journal ou un livre est devenu un acte banal, mais beaucoup de gens ne savent pas que la rotative de presse a été inventée, le 17 septembre 1878, par W. A. Lavalette.

 

L’Afro-Américain David Blackwell s’est vu décerner le prix John Von Newman, récompensant le meilleur mathématicien au monde.

 

Le téléphone cellulaire a été inventé par un Noir, qui s’appelle Frederick M. Jones, patenté le 12 juillet 1949.

La machine à sécher les linges a été inventée par un noir qui s’appelle Alexander Miles, patenté le 11 octobre 1867 ».

 

La Rédaction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV

 

 

LES ANCIENS GRECS

N’ONT PAS TOUT INVENTE 

 LOIN S’EN FAUT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DKINSHASA

MAI 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’idée, selon laquelle, les « Grecs » méritent seuls la considération et la reconnaissance éternelles de l’humanité, parce qu’ils auraient tout inventé et les « Barbares », rien, nous a été inculquée tout au long de notre formation et encore aujourd’hui au cours de la formation des jeunes.

 

C’est une idée raciste, qui crée des murs de séparation entre les humains et une imposture préjudiciable à la santé intellectuelle de notre jeunesse, qu’il faut absolument corriger. C’est la raison d’être du texte ci-dessous.

 

« Solon, Solon, vous autres les Grecs, vous n’êtes que des enfants ; point de vieillards parmi les Grecs ; nul d’entre eux n’a blanchi dans l’étude des sciences ».

 

Ainsi parlait, au rapport de Platon, cité par Eusèbe de Césarée, le maître égyptien[4] de Solon (640-558), le grand législateur d’Athènes et l’un des 7 sages de la Grèce[5].

 

Hélas, ce sont ces « enfants », qui vont marquer le destin du monde d’une empreinte indélébile.

 

Parler ainsi des Grecs peut paraître à certains comme un crime de lèse-majesté. C’est que ni les critiques d’un Eusèbe ni celles d’un Ramus n’ont réussi à remettre en question l’idée que les anciens Grecs, à l’instar d’une prolis sine matre creata[6], auraient tout inventé et n’auraient rien appris de personne. Si contestable soit-elle, l’hypothèse de la chaîne d’or[7], qui a fait des Grecs, par Pythagore interposé, les dépositaires des trésors du savoir et de la sagesse descendue du ciel, a ainsi la peau dure.

 

Ce qui veut dire que, pour une grande partie de l’opinion intellectuelle mondiale, le patrimoine culturel grec est la référence culturelle universelle.

 

En termes Gumplowicziens[8], les anciens Grecs seraient les représentants de la race victorieuse, devant laquelle tous les autres hommes doivent s’incliner respectueusement !  

 

Mais la réalité est toute autre. Il est regrettable que l’on continue de considérer l’apport des anciens Grecs à la culture mondiale comme irremplaçable, cinq siècles après le martyre de Ramus[9], pour avoir contesté l’hégémonie culturelle d’Aristote et consorts. Nous le regrettons d’autant plus que c’est en elle que la pensée moderne, créatrice de l’épistémologie moderne, a puisé ses armes idéologiques et ses errements philosophiques, à savoir le culte de l’esprit de division, de séparation et d’exclusion.

 

Le dualisme exacerbé dans la pensée grecque, spécialement à travers ses deux grands représentants, Platon et Aristote, a sans doute été une felix culpa qui nobis scientiam modernam meruit[10]. Mais, à quel prix ? Pour beaucoup de gens aujourd’hui, il n’est pas exagéré de dire qu’en suivant le « modèle grec » l’humanité a payé le prix le plus fort, à savoir la mort de Dieu, la mort de l’Homme et  la mort de la Terre.

Bref, le succès scientifique obtenu grâce à l’adoption du « modèle grec » n’enlève rien à notre regret devant l’incapacité des deux grands Grecs d’assumer intégralement l’héritage ancien de l’humanité, notamment l’héritage égyptien, si attentif à ce qui manque le plus à notre monde, le sens de l’harmonie Homme-Homme, Homme-Nature et  Homme-Dieu.

 

Qu’est-ce que l’Humanité n’aurait-elle pas gagné si le génie profond des Egyptiens avait été intégralement assumé par l’esprit brillant des Grecs et spécialement de Platon et d’Aristote ! Il n’est, en effet, un secret pour personne que l’antiquité classique est dominée par ces deux grandes figures : celle de Platon, d’une part, et celle d’Aristote, de l’autre. Ces grandes figures représenteront désormais les deux grands courants antithétiques, les deux pôles entre lesquels la pensée grecque, la pensée occidentale et la pensée mondiale va osciller.

 

A Platon, pour qui le secret du monde tient à un premier principe, se rattacheront globalement tous les courants spiritualistes. Son idéalisme peut se résumer comme une pensée orientée vers le monde spirituel des Idées. Elle cherche à s’élever au-dessus de la condition humaine, à communier avec la pensée divine.

 

La doctrine platonicienne parait essentiellement métaphysique, ouverte au sentiment religieux et à la contemplation mystique. Elle prône le détachement de soi, le progrès spirituel, l’intuition des idées ou des intelligibles, la possibilité d’une connaissance directe du monde spirituel, voire de l’Etre suprême.

 

Elle est ainsi une doctrine centrée sur l’idée de vie supraterrestre en communion béatifique avec Dieu.

 

Elle soutient l’affirmation d’une réalité absolument transcendante et source de toute réalité. Platon l’appelle le Bien. Ses disciples Plotin et Proclus l’appelleront l’Un. De cette réalité transcendante les êtres terrestres émanent. Participants du Bien, les êtres terrestres sont hiérarchisés et leur degré d’être est fonction de leur place par rapport à l’Etre suprême. Au plus bas échelon il y a la matière, le non-être, la multiplicité, le principe du mal. Il y a, ainsi, dans l’homme une opposition entre l’âme et le corps. L’âme, représentant l’élément divin, doit s’affranchir du corps, représentant la matière, par l’ascèse et la contemplation.

 

Platon, sans doute inspiré par la philosophie des Hébreux,  ne réussit donc pas à harmoniser les éléments constitutifs de l’être métaphysique de l’homme. Contrairement aux Egyptiens, dont les éléments se complètent, Platon affirme au contraire leur nécessaire incompatibilité, notamment celle de l’âme et du corps.

 

On ne peut donc pas ne pas déplorer cet échec d’un esprit aussi brillant. Comme les matériaux métaphysiques égyptiens étaient disponibles, l’Humanité était en droit d’attendre de cet esprit leur brillante harmonisation.

 

A Aristote, pour qui le secret du monde se trouve dans le monde lui-même, se rattachent tous les courants positivistes et matérialistes. Son empirisme, en réaction à la théorie platonicienne des idées, prône l’observation comme source exclusive de la science. Son système, on s’en doute, sera essentiellement une physique, c’est-à-dire une interprétation des phénomènes de l’univers matériel. Quant à la connaissance de l’univers spirituel, la contribution aristotélicienne fut plutôt modeste, bien qu’Aristote forgeât bon nombre de concepts utilisés dans les constructions scolastiques de la métaphysique,  à savoir, la vérité, la substance, la cause, la matière, la forme

 

Aussi, le médiéviste Belge, F. Van Steenberghen, se montre-t-il très critique à l’endroit de la synthèse métaphysique d’Aristote. L’intervention, dit-il, de la notion de Premier Moteur, d’analogie des causes, l’affirmation de l’existence nécessaire des substances spirituelles et des espèces matérielles, l’axiome de l’éternité du monde, du mouvement et du temps, le fait affirmé de l’ordre universel, rien de tout cela ne donne à la métaphysique aristotélicienne la consistance du système qu’on était en droit d’attendre d’un esprit incomparable comme le sien.

 

Van Steenberghen n’hésite pas à qualifier la métaphysique aristotélicienne de vraiment décevante. Sa problématique manque d’envergure et de profondeur, poursuit-il, et cette métaphysique physique[11]mérite tout au plus d’être appelée panthéisme cosmique.

 

Bref, l’Aristote, c’est-à-dire l’Aristos[12]naturaliste n’a pas été l’Aristos métaphysicien, qu’on était en droit d’attendre de lui !

 

Mais chose curieuse, déterminante et explicative de la situation d’impasse actuelle, c’est Aristote, plus que tout autre, qui a eu, en Occident, le rayonnement philosophique le plus considérable.

 

On a dit que c’était dû à la valeur de ses travaux scientifiques, notamment son excellente Histoire des animaux, fruit de sa méthode et de la puissance de son esprit[13].Mandonet[14]précise en disant que ce triomphe est dû à la puissance de son esprit de synthèse[15].

Il serait peut-être plus juste de s’en tenir au point de vue de F. Van Steenberghen et d’attribuer le succès du Starigite à l’ambiguïté de son projet d’une métaphysique sans métaphysique, conjugué avec son option scientifique, dès sa première éducation.

 

C’est là que tout s’est joué. L’Europe a préféré celui qui ne s’est imprégné que superficiellement de l’héritage égyptien, qui était un héritage global, avec son contenant métaphysique[16].

 

En effet, alors que la plupart de sages de la Grèce allaient se former en Egypte, Aristote était déjà complètement formé, quand il s’y est rendu et sans doute en compagnie de son disciple Alexandre, le conquérant ! Ce n’était pas pour recueillir la sagesse des prêtres égyptiens, comme l’ont fait bien des sages de la Grèce, tels Solon, Thalès, Cléobule et une longue suite de ses prédécesseurs ayant sans doute profité de la bienveillance d’Amasis (569 à 525), roi d’Egypte, mais pour compléter sa documentation sur les animaux, en vue d’écrire sa célèbre Histoire naturelle !

 

Ainsi, il apparait clairement, à nos yeux, qu’il était difficile pour Aristote de construire une métaphysique satisfaisante. Il nous semble avoir été trop marqué par sa formation de naturaliste et de médecin. Bien que le terme métaphysique y fasse allusion, la métaphysique ne dérive pas naturellement de la physique. La métaphysique est première, elle n’est pas seconde. Elle est comme une préoccupation fondamentale, qui précède tout autre. Elle est le contenant et la physique, le contenu, si l’on peut se permettre de parler ainsi.  Elle est le bœuf, la physique, la charrue. Sa position est capitale.

Le génie d’Aristote n’est donc en cause. Un génie qui précède la métaphysique n’est pas à coup sûr un génie métaphysique.

 

Van Steenberghen et ses autres critiques auraient mieux fait de ne pas trop évoquer ce génie. Car tout génie ne produit pas automatiquement la métaphysique.

 

Il peut y avoir un génie du mal et même un génie antimétaphysique. Ce dont il est question c’est la priorité de l’option métaphysique, qu’on accepte ou qu’on n’accepte pas.

 

C’est cette absence de cette priorisation de l’option métaphysique qui est la source de l’impasse métaphysique de la philosophie moderne depuis Descartes. Les génies, qui se consument à la dégager, par exemple de la science contemporaine devenue le novissimum organum, se sont consumés en vain. C’est le cas des génies de l’école de la philosophie implicite, où l’on croit mordicus que c’est au sein de la science que se trouve la philosophie et que la tâche du philosophe se réduit à son dégagement de la science.

 

C’est dire que la foi dans le fondateur du primum organum est encore vivace, près de 25 siècles après. C’est elle qui inspire la foi dans la prétendue philosophie implicite au sein de la physique en particulier et de la science en général, au point d’en faire un lieu philosophique[17].

 

Il nous faut répéter que la métaphysique aristotélicienne est restée médiocre, ce n’est pas parce qu’il a manqué de talent mais plutôt parce qu’il a pris un mauvais départ, par mauvais conditionnement mental sans doute.

 

On ne peut que déplorer cet état des choses. Car s’il avait été moins conditionné par sa formation scientifique de base, il aurait sans doute mieux perçu l’importance, même pour le scientifique, de la priorité métaphysique de la méthode égyptienne proposée par Platon, laquelle s’est avérée être la source inspiratrice d’une science égyptienne admirée de tous pour ses réalisations techniques.

 

On pourrait parier que la physique d’Aristote n’en serait pas devenue moins savante. Peut-être aurait-elle été plus ambitieuse et de plus grande envergure. On ne voit pas bien pourquoi sa méthode et son style en auraient souffert. Bien au contraire, ils auraient eu une raison supplémentaire de s’imposer. Son œuvre scientifique aurait rehaussé le prestige de la métaphysique ou, si l’on préfère, de la philosophia perennis. Et au lieu d’être taxée de métaphysique sans envergure, elle aurait atteint une envergure à la hauteur de son génie scientifique.

 

L’Humanité aurait peut-être fait l’économie de certains déchirements. Lourdes de conséquences funestes a été une telle attitude philosophique sur les esprits des jeunes.

 

Il faut un grand travail de déminage pour en libérer les victimes. Voilà pourquoi il nous parait important, pour terminer ces réflexions, de fixer notre jeunesse sur la nature exacte de l’apport grec au patrimoine commun de l’Humanité.

 

Tout le monde sait qu’il est devenu commun  aujourd’hui de penser que rationalité, savoir et sagesse riment avec « Grec », occidental ou Blanc, tandis qu’irrationalité, ignorance et déraison riment avec « Barbare », africain ou Noir.

 

Ainsi, des intellectuels africains sont tiraillés entre le sens de leur dignité humaine intrinsèque et le désir de promotion moderne suivant un modèle, qui ne leur reconnait, pourtant, ni dignité ni valeur, mais qui, au contraire, les disqualifie sans ménagementet les méprise.

 

Le drame est que beaucoup croient que l’imitation de ce modèle est une exigence de conformité avec la vérité même. Ne pas le faire serait prendre le chemin de la déraison ou de l’inconscience.

 

C’est en des termes analogues que le problème s’est posé, par exemple, à Eusèbe de Césarée[18] devant se convertir au christianisme, après avoir été formé à la culture grecque. Comme on le sait, il a dû se justifier et justifier sa position. C’est pour répondre aux accusations de déraison qu’il a écrit sa célèbre Préparation évangélique.

 

Il y démontre que c’est plus par imposture qu’en vérité que les anciens Grecs passent pour les plus savants et les plus sages des hommes.

 

Voilà pourquoi, nous nous sentons obligé de reproduire ci-après quelques extraits de cette démonstration d’Eusèbe :

 

1. Ceux qui montrent que les Grecs partageaient les mêmes traditions religieuses irrationnelles que les autres peuples de leur époque.

2. Ceux qui montrent que la philosophie n’a rien reçu des Grecs.

3. Ceux qui montrent comment les Grecs sont allés à la recherche de la philosophie chez les Barbares. 

4. Ceux qui montrent que Pythagore, dont les Grecs se vantaient tant et qui est l’inventeur du terme Philosophie, s’est instruit chez les Barbares.

5. Ceux qui montrent que les Grecs ont tout appris des Barbares, y compris l’alphabet.

6. Les témoignages pris à titre de preuves supplémentaires :

6.1° Celui de Diodore, historien grec du 1er siècle avant J.-C.

6.2° Celui de Flavius Josèphe (37-100).

6.3° Celui de Sextus Julius, dit  Africain, historien chrétien, né en Palestine au IIIème siècle d’une famille originaire d’Afrique.

 

Ils se terminent par :

7. La synthèse d’Eusèbe ;

8. Le plagiat des Grecs ;

9. La conformité entre la philosophie grecque et la philosophie hébraïque ;

10. La conclusion.

 

Il ne nous restera plus qu’à espérer que chaque lecteur saura désormais se faire une idée personnelle sur sa quête des références pour sa pensée et son action.

 

La sagesse grecque ne pourra plus être considérée comme l’unique référence. La preuve aura été faite qu’elle n’est au plus qu’une sagesse d’emprunt mutilée et dangereuse pour l’avenir de l’humanité.

 

Aberrante doit donc être considérée l’idée selon laquelle en dehors de la Grèce il n’y a qu’émotion, irrationalité et folie ou l’attitude de ceux qui, comme Albert le Grand (1206-1280), vouent une fidélité absolue à Aristote20

 

Nous rêvons pour notre part de voir un jour l’intellectuel moderne complètement libéré de l’esprit grec,  grâce à un système éducatif, qui met l’accent non sur l’opposition, la contradiction et la disharmonie, mais sur la concorde, la convivialité et l’harmonie universelle, point d’orgue de l’héritage égyptien.

Kinshasa, le 22 juin 2001

 

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

___________________________

20 « En tous mes livres philosophiques, je n’ai jamais rien dit de mien, mais j’ai exposé aussi fidèlement que j’ai pu les opinions des péripatéticiens ». Voir E. BREHIER, Histoire de la philosophie, T. 1 … p. 583. Cette attitude servile vis-à-vis des anciens contraste singulièrement avec celle plus digne de Ramus, dont nous avons déjà parlé : « J’admire les anciens plus que vous parce que je les connais mieux, disait Ramus à l’un de ses adversaires : mais qu’Aristote, Cicéron et Quintilien soient tels qu’on voudra, il ne s’ensuit pas qu’on doive se mettre à genoux devant eux, les regarder avec des yeux idolâtres ni les croire excellents en quelque chose », Voir Biographie universelle, t. 37, art. « Ramus », Paris, L. G. MICHAUD, 1824, p. 63-64.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV

 

LA DEMONSTRATION

DE LA MODICITE DE LA CONSTRIBUTION DES ANCIENS GRECS A LA PHILOSOHIE, A LA SCIENCE ET A LA THEOLOGIE

 

 

 

PAR

 

 

EUSEBE DE CESAREE

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DKINSHASA

MAI 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. LES CROYANCES RELIGIEUSES DES ANCIENS GRECS

N’ETAIENT PAS PLUS RATIONNELLES QUE CELLE DES AUTRES PEUPLES DE LEUR EPOQUE

 

« En effet, écrit Eusèbe, Cadmus, fils d’Agénor, leur apporta les croyances de la Phénicie, celles de l’Egypte et des autres contrées de la terre, les mystères et le culte des dieux, les attributs des statues, les hymnes, les odes et tout cela leur fut appris …

 

Et d’ailleurs, chez tous les autres peuples, dans tous les pays, au sein de toutes les villes, c’étaient partout les mêmes cérémonies religieuses, les mêmes mystères, ou d’autres à peu près semblables …

 

Partout s’élevaient des temples superbes, remplis d’offrandes, ornés d’images de toute espèce ; les plus riches matières étaient employées pour fabriquer avec art des statues représentant tous les animaux mortels.

 

Les oracles étaient très nombreux et avaient une grande autorité chez tous les peuples. C’est alors que brillait dans tout l’éclat de sa gloire ce dieu tant révéré chez les Grecs, Apollon Clarius, Pithius, Dodoneus.

 

Ensuite on vit fleurir Amphiaraüs et Amphiloque, qui furent suivis d’une multitude infinie, je dirai plutôt de devins que de poètes et de rapsodes ». (Col. 859, ligne 63-860, 1. 37).

 

2.LA PHILOSOPHIE N’A RIEN REÇU DES GRECS.

 

 « Ce ne fut que longtemps après que la philosophie s’introduisit chez les Grecs ; elle n’avait rien trouvé chez leurs ancêtres qui pût la captiver ; elle n’avait reçu d’eux en héritage que des dogmes si antiques, si vénérables de leur théologie nationale ou leurs oracles, tant révérés de tous les peuples, oracles …  plutôt futiles et présomptueux. 

 

Aussi, elle n’y attacha qu’une importance secondaire, les croyants inutiles à la recherche des devoirs et de la vérité…

 

Alors elle put reconnaitre que non seulement la véritable théologie manquait aux Grecs, mais qu’ils n’étaient pas mieux partagés pour les arts et les sciences les plus nécessaires à la vie.

 

Les Grecs eux-mêmes conviennent que ce ne fut qu’après Orphée, Linus et Musée, les premiers de tous les théologiens, qui leur enseignèrent les erreurs du polythéisme, que les sept hommes illustres, surnommés les sept sages, se firent admirer pour leurs connaissances philosophiques.

 

Ils florirent vers le temps de Cyrus,  roi de Perse, époque où parurent les derniers prophètes chez les Hébreux[19], plus de six cents ans après la guerre de Troie et non moins de quinze cents ans depuis Moise[20]

 

Ce fut vers ce temps que les nouveaux sages travaillèrent, dit-on, à réformer les mœurs ; mais il ne nous reste que quelques sentences connues de tout le monde. Ce ne fut que bien longtemps après que les philosophes commencèrent à briller chez les Grecs ». (Col. 860, l. 38-861, l. 8).

3.LES GRECS SONT ALLES A LA RECHERCHE DE LA PHILOSOPHIE CHEZ LES BARBARES

 

« Que diriez-vous … si je vous citais Héraclite et les autres Grecs, qui accusent la république d’avoir été longtemps pauvre et dépourvue de toute instruction ? Les temples des dieux, les statues, les prédictions et les oracles, toute la vaine pompe, dont se paraient les démons pour tromper les peuples, tels étaient alors les seuls ornements de la Grèce. Mais la véritable sagesse et les sciences utiles à la vie, elles lui étaient inconnues ; et tous ses oracles n’apprenaient pas à concevoir même un seul dessein.

L’admirable Pithius lui-même ne fit rien pour les initier à la philosophie, et leurs dieux étaient impuissants à leur communiquer une seule des connaissances, qui sont si nécessaires.

 

Alors errant de tous côtés, passant leur vie à parcourir les contrées étrangères, ils se sont parés, comme dit la fable, des plumes d’autrui,  de sorte que toute leur philosophie se compose d’emprunts.

 

On peut dire la même chose des autres sciences : ils ont reçu des Egyptiens la géométrie, l’astronomie des Chaldéens, et d’autres lumières des autres peuples. Mais ils n’ont trouvé nulle part des enseignements comparables à ceux que quelques-uns de leurs philosophes ont recueillis chez les Hébreux : je veux parler de la connaissance du Dieu suprême et de la répudiation de leurs divinités ». (Col. 862, l.31-62).

 

4.PYTHAGORE, L’INVENTEUR DU NOM MEME DE  PHILOSOPHIE, S’EST INSTRUIT CHEZ LES BARBARES ET MEME SON NOM EST PLUS BARBARE QUE GREC

 

« Le premier de tous, Pythagore, qui avait eu pour maitre Phérécyde, inventa le nom de la Philosophie. Il était de Samos, suivant les uns, Tyrrhénien, suivant d’autres ; quelques-uns mêmes le font venir de Syrie ou de Tyr. Peu importe ; mais on est contraint d’avouer que le nom de ce premier des philosophes, ce nom que les Grecs prononçaient avec enthousiasme, est plutôt barbare que grec.

 

Phérécyde, qu’on lui donne comme maitre, était Syrien. On dit, au reste, qu’il ne fut pas le seul dont Pythagore reçut les leçons ; mais que ce philosophe fréquenta les mages de la Perse et les devins de l’Egypte, à l’époque où les Hébreux semblent avoir émigré, les uns en Egypte, les autres à Babylone.

Ainsi, notre célèbre philosophe, allant partout à la recherche de la vérité, se rendit à Babylone, en Egypte, en Perse, où il se fit instruire par les mages et par les prêtres. On dit même qu’il s’entretint avec les Brachmanes (ainsi sont appelés les philosophes indiens). Des uns il apprit l’astrologie, des autres la géométrie, de ceux-ci l’arithmétique et la musique, de ceux-là d’autres sciences : il n’y eut que les sages de la Grèce, dont il ne put rien apprendre, et parce qu’ils ne possédaient pas la sagesse, et parce qu’il ne pouvait converser avec eux.

 

Mais s’étant éclairé de toutes les connaissances étrangères, il ouvrit à ses concitoyens les sources de l’instruction. Tel fut le philosophe Pythagore.

 

De son école sortit la première secte philosophique appelée italique, parce qu’elle se répandit d’abord en Italie. Parait ensuite la secte ionique, qui reconnaissait pour chef Thalès qui, si l’on en croit quelques historiens, était de Phénicie ; de Millet suivant les autres. On dit qu’il eut aussi des rapports avec les devins d’Egypte.

 

Solon, l’un de sept sages, … regardé comme le législateur d’Athènes, fréquenta les Egyptiens, au rapport de Platon, vers le temps où les Hébreux passèrent en Egypte pour la seconde fois. Ce philosophe, dans le Timée, introduit un Egyptien, instruisant son disciple et lui disant : Solon, vous autres Grecs vous n’êtes que des enfants ; point de vieillards dans l’étude des sciences.

 

Platon lui-même, qui fréquenta les écoles des pythagoriciens en Italie, ne se borna point à recevoir leurs leçons. On assure qu’il s’embarqua pour l’Egypte, et qu’il y resta longtemps pour étudier les doctrines de ses philosophes.

 

Souvent, dans ses écrits, il rend témoignage aux lumières des Barbares, ne craignant pas d’avouer avec beaucoup de raison et de grandeur d’âme qu’il a recueilli chez eux les principes les plus élevés, qui sont contenus dans la philosophie.

 

Il faut l’entendre parler lui-même des Syriens et des Egyptiens en plusieurs endroits de ses écrits ; et notamment dans l’Epiménide :

 

‘L’auteur de cette science fut un Barbare, qui, le premier, en recueillit les éléments. Nous savons, en effet, qu’un pays ancien fut la patrie des hommes, qui s’appliquèrent à ces découvertes, favorisés par la pureté du climat, dont jouissent la Syrie et l’Egypte. C’est de là qu’elles se répandirent de tous les côtés, et même dans la Grèce, mûries et perfectionnées par le temps.

 

Avouons pourtant, dit-il, pour conclure, que nous avons beaucoup embelli ce que nous avons reçu des Barbares’. C’est ainsi que s’exprime Platon ». (Col. 861, 199-862, l. 16).

 

5.LES GRECS ONT TOUT APPRIS DES BARBARES, Y COMPRIS L’ALPHABET

 

« Celui, assurément, qui fit connaitre aux Grecs les lettres usuelles, et, par conséquent, les premiers éléments de la grammaire, fut Cadmus, Phénicien d’origine ; aussi plusieurs auteurs de l’antiquité appellent ces lettres phéniciennes.

 

Il en est qui attribuent aux Syriens l’invention des lettres. Ces Syriens ne sont rien d’autre que les Hébreux, qui habitaient une contrée voisine de la Phénicie, dont elle faisait partie primitivement, appelée ensuite Judée, et, de nos jours, Palestine. Les noms des Lettres grecques se rapprochent beaucoup de ceux qui sont donnés aux lettres hébraïques. Celles-ci, d’ailleurs, ont toutes une dénomination, qui offre un sens particulier[21], et la même chose ne se remarque pas dans l’alphabet des Grecs ; d’où l’on doit conclure qu’ils ne sont pas les inventeurs primitifs des lettres, qu’ils ont adoptées.

 

Les Hébreux se servent de 22 éléments ou lettres. La première lettre est appelée Alph, c’est-à-dire instruction (mathesis) ; la seconde, Beth, de la maison (oikou), la troisième, Gimel, signifie plénitude, (plèrôsis) ; la quatrième, Delth, tablettes (livres, deltôn) ; la cinquième, Hé, même (autè).

 

De sorte qu’en réunissant toutes ces lettres on exprime cette pensée : ‘l’instruction de la maison consiste dans la plénitude des tablettes’.

 

Après ces lettres, vient la sixième appelée par les Hébreux Vau, c’est-à-dire en elle (en autè) ; puis, la lettre Zai, il vit (zè) ; puis, le Heth, qui signifie le vivant (O zôn).

 

Toutes trois elles expriment ce sens : ‘celui qui vit en elle’. Ensuite la neuvième, Teth, se rend par bon (kalè(sic)) ; la suivante Yoth, par principe (archè) : ensemble, ‘le principe est bon’. Ensuite Caph, néanmoins (amôs) ; et Labd, ‘apprends’ (mathe) ; veulent dire : ‘apprends néanmoins’.

 

La treizième lettre Mem signifie ‘d’eux-mêmes’ (ex autôn) ; Nun, ‘éternel’ (aiônia) ; Samch, ‘secours’ (boètheia) ; et les trois réunies : ‘d’elles (sic) on tire un éternel secours’.

 

La seizième Ain, se traduit par œil ou source (pègè ou ophthalmos) ; la dix-septième, Phê, par bouche (stôma) ; la dix-huitième, Sadé, par justice (dikaiosunè), et donnent ensemble ce sens : ‘source ou œil et bouche de la justice’. La dix-neuvième lettre, Coph, appel (klèsis) ; ensuite, Rès, ‘tête’ (képalè) ; puis, Sen, ‘dents’ (odontes) ; et enfin, la dernière appelée Thau, ‘signes’ (sèmeia) étant réunies, forment cette pensée : ‘appel de la tête et signes des dents’.

 

Telles sont les lettres hébraïques ; elles ont toutes une signification propre, qui exprime, par le langage, le sens qu’elles doivent faire entendre. Vous ne trouverez, comme nous l’avons déjà remarqué, rien de semblable chez les Grecs, puisqu’ils sont contraints d’avouer que leur alphabet ne leur appartient point en propre, et qu’ils l’ont composé en altérant les noms que portent les lettres dans la langue des Barbares.

Il est d’ailleurs bien facile de s’en convaincre par un simple rapprochement. Quelle différence trouvez-vous entre l’Alph des Hébreux et l’Alpha des Grecs ; entre Beth et Betha ; le Gamma et le Gimel ; le Delta et le Delth ; l’Eta et le Hé ; le Zai et le Zêta ; le Theth et le Theta ; et toutes les autres lettres, que vous pouvez comparer ? Il est donc prouvé que les lettres n’ont point été inventées par les Grecs, mais par les Hébreux, chez qui elles ont une signification particulière. Ceux-ci les transmirent aux autres peuples qui les communiquèrent aux Grecs … » (Col. 863, l. 32-864, l. 38).

 

6.QUELQUES TEMOIGNAGES PRIS A TITRE DE PREUVES SUPPLEMENTAIRES

 

6.1° CELUI DE DIODORE, HISTORIEN GREC DU 1ER   

        SIECLE AVANT J.-C.

 

DIODORE DE SICILE[22] OU LE TEMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ENVERS L’EGYPTE, SOURCE DES ARTS, DES LETTRES, DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA SCIENCE DES ANCIENS GRECS

 

« Après avoir étudié sérieusement cette matière, nous devons dire que les Grecs des temps anciens, les plus célèbres par leur sagesse et par leur instruction, visitèrent l’Egypte pour connaitre ses mœurs et s’instruire des sciences qu’on y enseignait.

 

En effet, les prêtres Egyptiens rapportèrent, d’après l’autorité de leurs livres sacrés, qu’on vit autrefois arriver dans ce pays Orphée, Musée, Mélampode, Dédale, comme aussi Homère, le Spartiate Lycurgue, Solon d’Athènes, qui furent suivis par Platon le philosophe, Pythagore de Samos, le mathématicien Eudoxe, Démocrite d’Abdère et OEnopidas de Chio. On montre encore, comme témoignage de leur séjour, soit des statues qui les représentent soit des objets et des lieux qui ont conservé leur nom.

 

En examinant d’ailleurs les connaissances diverses de chacun de ces grands hommes, les Egyptiens y trouvent une preuve certaine que ce sont leurs ancêtres qui leur ont appris tout ce qui les a rendus célèbres chez les Grecs.

 

Orphée apporta de l’Egypte les rites mystérieux, les fêtes de Bacchus ; le culte d’Isis rappelle celui de Cérès ; les noms seuls sont changés. La punition des méchants dans le Tartare, la récompense des bons, les ombres qui errent de tous côtés ; toutes ces images sont empruntées aux cérémonies, qui accompagnent les funérailles chez les Egyptiens.

 

D’après une de leurs anciennes traditions, Mercure, le conducteur des âmes, fut chargé de transporter les corps d’Apis jusqu’à un lieu, où il le remit à un inconnu, couvert d’un masque mutilé de Cerbère. Orphée ayant communiqué cette tradition aux Grecs, Homère l’a consacrée dans ses poésies en disant : ‘Le Dieu du mont Cyllène, Mercure, une verge à la main, évoquait les âmes des héros’.

 

Diodère, après d’autres détails, poursuit ainsi :

 

« Mélampode apporta, dit-on, de l’Egypte les mystères que célèbrent les Grecs en l’honneur de Bacchus ; et tout ce que leur mythologie raconte de Saturne, du combat des Titans et des autres tribulations auxquelles leurs dieux furent exposées.

 

On rapporte aussi que Dédale imita les détours du labyrinthe que l’on voit encore en Egypte et qui fut construit par Mendèle, suivant les uns, ou, suivant les autres, par le roi Marus, plusieurs années avant le règne  de Minos.

 

Les anciennes statues de l’Egypte offrent encore le modèle qu’a imité Dédale en fabriquant celles de la Grèce. Le magnifique portique du temple de Vulcain à Memphis fut construit par le même artiste ; et ce travail excita une telle admiration que l’auteur fut honoré d’une statue de bois, qu’il fit de ses propres mains et qui fut placée dans le sanctuaire de Dieu. Enfin, par son talent et ses nombreuses inventions, il acquit une gloire éclatante et reçut des honneurs presque divins. On trouve encore maintenant dans une île, près de Memphis, un temple de Dédale, très révéré des habitants.

 

Entre autre preuve du séjour d’Homère en Egypte, nous devons citer la potion qu’Hélène offrit à Télémaque chez Mémélas, pour charmer les souvenirs de ses malheurs. Ce remède que le poète appelle Népeuthès, et qu’Hélène avait reçu en Egypte de Polydamne, épouse de Thon, semble parfaitement connu d’Homère. On dit que les femmes de cette contrée possèdent encore le même secret, mais que celles de Diospolis seulement ont inventé depuis longtemps un breuvage pour calmer la colère et la douleur : Diospolis serait la même ville que Thèbes.

 

Autre preuve : les habitants, par un ancien usage, en parlant de Vénus, disent, Vénus d’or. Aussi, une plaine, près de Memphis est appelée la plaine de la Vénus d’or. Le poète parait avoir puisé à la même source son récit de l’entrevue de Jupiter et leur départ pour l’Ethiopie. En effet, chaque année, chez les Egyptiens, le temple de Jupiter (sic) est transporté en Lybie, flottant sur le fleuve ; et on le ramène quelques jours après, comme si le dieu revenait de l’Ethiopie, pour l’entrevue des deux divinités. On peut l’expliquer par l’usage qui s’était introduit en Egypte de transporter leurs temples, aux jours de fête, sur une montagne que les prêtres avaient jonchée de fleurs.

 

Lycurgue, Platon et Solon introduisirent dans les lois qu’ils rédigèrent beaucoup de coutumes empruntées aux Egyptiens.

 

Pythagore apprit d’eux pareillement le langage mystérieux, les théorèmes de la géométrie, l’arithmétique, et le passage des âmes d’un corps dans un autre.

 

On pense que Démocrite passa cinq années en Egypte, et qu’il y recueillit beaucoup de connaissances sur l’astrologie. OEnopis aussi eut des rapports avec des prêtres et des astrologues, qui lui apprirent entre autres secrets comment s’accomplit le cycle du soleil et pourquoi cet astre, dans son cours oblique, est emporté par un mouvement opposé à celui des autres astres.

 

De même aussi Eudoxus, après avoir étudié l'astrologie en Egypte, s’est couvert d’une gloire éclatante par les connaissances utiles qu’il a rapportées dans sa patrie.

 

Les plus illustres statuaires anciens furent formés par les Egyptiens ; entre autres Téraclès, Théodore, les fils de Rhoecus, qui fabriquèrent à Samos la statue d’Apollon Pythius. Voilà ce qu’on lit dans Diodore » (Col. 868, l. 32-870, l. 20).

 

 

 

 

 

 

 

 

6.2° CELUI DE JOSEPHE,FLAVIUS (37-95)[23] OU DE LA REMISE DES GRECS A LA MODESTE PLACE QUI EST LA LEUR EN HISTOIRE, EN LETTRES ET EN PHILOSOPHIE

 

 « Tout est nouveau chez les Grecs … ce ne fut que fort tard et comme à grand peine que les Grecs eurent connaissance des lettres…’ »

 

PRELIMINAIRES

 

« Je suis d’abord grandement surpris d’entendre dire qu’au sujet des faits anciens il faut exclusivement s’en rapporter aux Grecs, comme étant seuls dépositaires de la vérité, et recevoir avec défiances nos histoires et celles des autres peuples.

 

Pour moi, je pense que l’on peut raisonner tout autrement, pour peu que l’on veuille éviter de se faire surprendre par de vaines opinions, et prendre les faits eux-mêmes pour base de ses jugements.

 

Vous trouverez, en effet, que tout est nouveau chez les Grecs ;  tout n’y date que d’hier, en quelque sorte, fondation des villes, invention des arts, établissement des lois…

 

DES HISTORIENS GRECS

 

« Les Grecs, de tous les peuples, sont celui qui s’est occupé le pus tard du soin d’écrire l’histoire. Ils conviennent que les Egyptiens, les Chaldéens et les Phéniciens (j’évite ici de parler de nous) sont ceux qui possèdent la tradition des faits passés la plus ancienne et le plus grand soin pour ne pas laisser s’altérer le souvenir des événements de leur histoire, chargeant les plus sages d’entre eux de les consacrer dans des monuments publics.

 

Au contraire, les nombreux fléaux qui ont désolé la Grèce ont détruit les souvenirs du passé. Les générations se renouvelant sans cesse, chacun s’imagine que le principe de toute chose ne remontait pas au-delà de sa propre existence.

 

Comment donc les Grecs ne seraient-ils pas taxés d’un fol orgueil, pour prétendre qu’eux seuls ils connaissent l’antiquité et en ont recueilli les véritables traditions ? Qui ne comprenait plutôt, en lisant leurs histoires, qu’ils n’ont rien raconté avec certitude, mais seulement d’après les conjectures que leur suggéraient les événements ?

 

Souvent même ils s’accusent les uns les autres dans leurs écrits, et ne rougissent pas de s’exprimer différemment sur les faits. Ce serait me donner une peine inutile que d’apprendre à ceux qui le savent mieux que moi, qu’Hellénicus diffère souvent d’Aculaüs dans le calcul des généalogies ; qu’Aculaüs corrige souvent Hésiode ; qu’Ephore a convaincu en quelque sorte de mensonge Hellénicus, dans la plupart de ses récits ; que Timée fait le même reproche à Ephore, à ceux qui l’ont suivi, et tous les autres de la Sicile, avec Anthiochus, Philiste et Callias. De même les historiens d’Athènes et d’Argos n’ont pu concilier leurs opinions en faisant le récit des événements de l’Attique et de l’Argolide. Mais pourquoi parler de faits secondaires qui se sont passés dans les villes, lorsque les auteurs les plus renommés se contredisent en racontant l’expédition des Perses ?

On reproche même à Thucydide un grand nombre d’erreurs, quoiqu’il semble avoir écrit avec le plus grand soin l’histoire de son siècle.

 

DES LETTRES GRECQUES

 

« Ce ne fut que fort tard, et comme à grand‘peine, que les Grecs eurent connaissance des lettres. Ceux qui veulent que l’usage en soit très ancien, se glorifient de les avoir reçues de Cadmus et des Phéniciens. Mais, depuis ce temps-là même, on ne peut montrer aucune trace d’écriture, conservée soit dans les monuments sacrés, soit dans les archives publiques ; et l’on est encore très incertain et très partagé sur le point de savoir si les guerriers qui combattirent contre Troie tant d’années après, connaissaient l’usage des lettres ; l’opinion de ceux qui pensent qu’ils ne se servaient pas de lettres comme nous le faisons aujourd’hui parait avoir prévalu.

 

On ne trouve chez les Grecs aucun écrit authentique, antérieur aux poèmes d’Homère, qui parut certainement après la prise de Troie. On prétend même que le chantre d’Achille n’a laissé aucune poésie écrite, mais qu’elles furent d’abord confiées à la mémoire des hommes, et, plus tard, consacrées par l’écriture.

 

C’est pour cela, ajoute-t-on, que les ouvrages d’Homère paraissent souvent inégaux. Ainsi, tous ceux qui, chez les Grecs, ont écrit l’histoire, Cadmus de Milet, Aculaüs d’Argos, et les autres qui les ont suivis, composèrent leurs ouvrages vers les temps de l’expédition des Perses contre la Grèce...

 

DES PHILOSOPHES GRECS

 

« Quant aux philosophes Grecs, qui les premiers, recherchèrent les causes des phénomènes célestes et de la nature de la divinité, comme Phérécyde, le Syrien, Pythagore et Thalès, tout le monde reconnait qu’ils furent instruits par les Egyptiens et les Chaldéens, et qu’ils ont très peu écrit.

 

Leurs ouvrages sont regardés par les Grecs comme ce qu’ils ont de plus ancien ; encore même ont-ils peine à croire que ces philosophes en soient réellement les auteurs...

 

DES CAUSES DES DESACCORDS ENTRE LES ECRIVAINS GRECS

 

« On pourrait, peut-être, en voulant y réfléchir, signaler plusieurs causes de … désaccord entre les écrivains grecs ; deux sources me paraissent avoir exercé plus d’influence. La première surtout me semble d’un grand poids. La voici : les Grecs, ayant négligé, dès le principe, de conserver dans des monuments publics le récit des faits dont ils étaient témoins, firent commettre des graves erreurs, et donnèrent occasion de se tromper à tous ceux qui voudraient ensuite écrire l’histoire des faits anciens. Ce ne fut pas seulement chez les autres Grecs que l’on négligea le soin de former des archives publiques ; on ne trouve rien de semblable, pas même chez les Athéniens, tant attachés à leur pays, tant passionnés pour les sciences.

 

Leurs plus anciens monuments de ce genre sont les lois de Dracon sur le meurtre ; et Dracon ne vivait que très peu de temps avant la tyrannie de Pisistrate (600-527). Qu’est-il besoin de parler des Arcadiens, qui se glorifient de leur antiquité, puisque plus tard encore ils connaissaient à peine l’usage des lettres ?

 

Ainsi, puisqu’on n’avait conservé aucun monument public, où celui qui voulait connaitre la vérité pût s’instruire et puiser les moyens de confondre le mensonge, il n’est pas surprenant que l’on voit régner entre tous les historiens la divergence la plus complète.

 

Ajoutons encore une autre cause. Ceux qui entreprirent d’écrire l’histoire ne s’attachèrent point à dire la vérité, quoiqu’ils ne cessassent de proclamer qu’elle seule inspirait tous leurs récits. Ils ne s’occupaient que du style et cultivaient exclusivement le genre où ils espéraient pouvoir l’emporter sur leurs rivaux.

 

Les uns ne racontaient que des fables, d’autres faisaient des éloges des villes et des princes ; quelques-uns même s’occupaient à contester les faits, à déchirer les historiens, comptant par là illustrer leur nom ; mais en adoptant de tels principes, ils ont méconnu de la manière la plus grave les règles essentielles de l’histoire ; car un des plus sûrs garants de la vérité historique, c’est que tous les auteurs parlent et écrivent sans se contredire des événements qu’ils racontent.

 

Enfin il en est qui ont cru inspirer plus de confiance, en s’écartant de tous les autres dans leur narration » (Col. 866-868, l. 24).

 

6.3° EXTRAIT DU TROISIEME LIVRE DE LA CHRONOLOGIE D’AFRICAIN[24]

 

« Jusqu’à l’institution des Olympiades[25], l’histoire, chez les Grecs, ne nous offre aucune certitude ; tous les faits y sont EXTRAIT DU TROISIEME LIVRE DE LA CHRONOLOGIE D’AFRICAIN[26]

confus, sans suite, sans harmonie. Les Olympiades dont se servirent la plupart des écrivains, fixant des époques très rapprochées, les faits vinrent naturellement se grouper dans ces périodes de quatre années. C’est pourquoi, recueillant seulement quelques-unes des fables les plus intéressantes que l’on raconte avant la première Olympiade, je passerai à la hâte tous ces faits imaginaires. Quant aux événements postérieurs, je rapporterai tous ceux qui offrent quelque intérêt, soit chez les Grecs, je l’exposerai en le développant, ou d’une manière succincte, faisant connaitre quels personnages chez les Grecs, chez les Perses, ou chez quelque autre peuple, furent contemporains de la nation des Hébreux. Peut-être, par là, pourrai-je atteindre le but que je me suis proposé… En procédant de cette manière, nous comparerons ensemble les autres histoires et nous tâcherons de montrer l’accord qui règne entre elles.

 

Pour les événements antérieurs, … l’on s’en rapporte aux calculs de la chronologie attique, depuis Ogygès[27], prince très estimé des Grecs, parce qu’il était originaire de leur pays (autochtone). 

 

D’après l’autorité de ce livre … nous affirmons qu’Ogygès, qui donna son  nom au premier déluge et fut sauvé des eaux dans lesquelles périrent plusieurs victimes, exista à l'époque où Moise fit sortir le peuple hébreu d’Egypte. Et voici notre raisonnement : ‘Depuis Ogygès jusqu’à la première Olympiade, on compte mille vingt ans ; depuis la première olympiade jusqu’à la première année de la cinquante-cinquième, qui correspond au commencement du règne de Cyrus et la fin de la captivité des Juifs, on compte encore deux cent-dix-sept ans, c’est-à-dire 1237 ans, depuis Ogygès jusqu’à Cyrus. Si maintenant, depuis la fin de la captivité, on remonte jusqu’à l’époque de la sortie d’Egypte, on trouvera également 1237 ans, intervalle qui sépare la cinquante-cinquième olympiade du temps où Ogygès fondait Eleusis. Nous pouvons donc appuyer nos calculs su la chronologie attique…

 

Tels furent les événements antérieurs à Ogygès. Ce fut de son temps que Moise sortit de l’Egypte avec le peuple hébreu, comme nous pouvons le démontrer.

 

Depuis la sortie d’Egypte jusqu’à Cyrus, qui mit fin à la captivité, s’écoulèrent 1237 ans. En effet, Moise, après son départ de l’Egypte, vécut 40 ans ; Jésus, après lui, gouverna les Hébreux 25 ans, ensuite le gouvernement des vieillards dura 30 ans ; tous les juges nommés dans le livre qui porte leur nom, occupent un espace de 490 ans ; les prêtres Héli et Samuel gouvernèrent les Hébreux pendant 90 ans, puis les rois pendant 490 ans ; vinrent ensuite les 70 années de la captivité, dont la dernière correspond au commencement du règne de Cyrus, comme nous l’avons déjà remarqué. Depuis Moise jusqu’à la première olympiade, il s’est écoulé 1020 ans ; et 1237 ans jusqu’à la première année de la cinquante-cinquième : notre chronologie s’accorde parfaitement avec celle des Grecs. Après Ogygès, à cause des ravages produits parle déluge, l’Attique resta sans roi jusqu’à Cécrops, l’espace de 189 ans ; car, d’après le témoignage de Philochorus,  c’est Actée, qu’on donne pour successeur Ogygès, et d’autres rois dont on a forgé les noms, n’ont jamais existé…

 

Nous devons remarquer que, si les Grecs, profitant des ténèbres qui couvraient l’antiquité, ont imaginé des fables quelque peu intéressantes, toutes elles sont postérieures à l’existence de Moise : je désignerai spécialement les déluges, les incendies, Prométhée, Io, Europe, l’enlèvement de Proserpine, les mystères, les Centaures, le Minotaure, la guerre d’Ilion, les travaux d’Hercule, l’Histoire des Hébreux à celle des Grecs, j’ai cru devoir fixer la chronologie du royaume d’Athènes ; ceux qui voudront suivre mes principes pourront établir leurs calculs d’après le système que j’ai proposé.

 

Ainsi, c’est dans la première des 1020 années qui s’écoulèrent depuis Moise et Orgygès jusqu’à la première olympiade, qu’il faut placer l’institution de la Pâque, la sortie d’Egypte et le déluge d’Ogygès qui désola l’Attique : on peut même en soupçonner la raison. Dieu, en effet, en châtiant les Egyptiens dans sa colère et faisant fondre sur eux des orages terribles, il est vraisemblable que ces fléaux s’étendirent à d’autres parties de la terre ; les Athéniens, d’ailleurs, étant une colonie d’Egypte, au rapport de Théopompe, furent probablement enveloppés dans les désastres de ce pays. Nous n’avons pas parlé des temps intermédiaires, parce que la Grèce ne fut alors que le théâtre d’aucun événement mémorable. Quatre-vingt-quatorze ans plus tard, suivant quelques auteurs, exista Prométhée, qui créa les hommes et les fit sortir de leur stupide

ignorance », (Col. 874-877).

 

 

6.4° EXTRAIT DE CLEMENT D’ALEXANDRIE

 

« Les barbares furent ingénieux à inventer les choses nécessaires à la vie … les Grecs ont profité de leurs découvertes ».

 

« On rapporte que la médecine fut inventée par l’Egyptien Apis et perfectionnée par Esculape. Atlas de Libye construisit le premier un vaisseau, et le premier vogua sur les mers.

 

L’astrologie fut révélée aux hommes par les Egyptiens et les Chaldéens. On dit cependant que les Carres savaient former des pronostics par l’inspection des astres. Les Phrygiens observèrent, les premiers, le vol d’oiseaux. Les Toscans, peuple voisin de l’Italie, cultivèrent avec succès l’art de la divination. Les Isauriens et les Arabes s’occupèrent des augures, et les Thelmissiens de l’explication des songes. La trompette fut inventée par les Tyrrhéniens, la flute par les Phrygiens ; car Olympe et Marsyas étaient de Phrygie. Les Egyptiens apprirent les premiers à se servir des lampes ; ils partagèrent l’année en douze mois, défendirent la prostitution dans les temples, et en interdirent l’accès à ceux qui, après avoir eu commerce avec les femmes, ne s’étaient pas purifiés.

 

On leur doit aussi l’invention de la géométrie. Telmis et Damnamenée découvrirent le fer dans l’île de Chypre. Délas, autre habitant de l’Ida, ou un Scythe, suivant Hésiode, s’imagina le premier de fondre l’airain. Les Scythes inventèrent la faux, instrument dont le tranchant est courbé. Les premiers, ils se servirent, même à cheval, du bouclier, qui était connu pareillement des Illyriens. On attribue la statuaire aux Toscans. Un Samnite, nommé Stanus, fut l’inventeur du grand bouclier. Le Phénicien Cadmus appris à tailler la pierre, et découvrit des mines d’or auprès du mont Pangée. Les habitants de la Cappadoce se servirent, les premiers, de l’instrument de musique appelé nabba ; on doit le Dichorde aux Assyriens. Les Carthaginois construisirent les premières galères à quatre rangs de rames, inventées par un de leurs concitoyens nommé Bosbarus. Médée de Colchide, fille d’Oeta, trouva le moyen de teindre les cheveux. Les Noropés (peuple de la Poenie que nous appelons aujourd’hui Noriques) apprirent à employer l’airain et à purifier le fer. Amycus, roi des Bébryces, inventa les cestes du pugilat. Olympe de Musie, en se livrant à la musique, perfectionna le mode lydien. Les Troglodytes furent les inventeurs de l’instrument appelé sambuque. On doit à un Phrygien, nommé Satyre, la flute traversière ; la trichorde ainsi que le mode diatonique à un autre Phrygien, appelé Agnès ; et l’art de faire vibrer les cordes à Olympe, également de Phrygie. Marsyas, leur compatriote, composa un mode nouveau par le mélange du phrygien et du lydien ; le Dorien est attribué à Thomiris, de Thrace. On dit que nous avons appris des Perses à fabriquer les chars, les lits et les escabeaux ; des Sidoniens, à construire les Trirènes. Les Siciliens, peuple voisin de l’Italie, inventèrent la harpe, qui ne diffère pas beaucoup de la Cythare, et apprirent à pincer les cordes de cet instrument. Il est rapporté que l’on commença à tisser les vêtements de lin, du temps de Sémiramis, reine d’Assyrie ; et suivant Hellanicus, Atosa, reine des Perses, fut la première qui écrivit des lettres.

 

Voilà ce que disent, au sujet des inventions humaines, Scammon de Mitylène, Théophrase d’Ephèse, Cydippe de Mantinée, Antiphane, Aristodème, Aristote, ainsi que Philostéphanès et Strabon le péripatéticien.

 

Nous avons rapporté ce petit nombre d’exemples pour montrer combien les Barbares furent ingénieux à inventer les choses nécessaires à la vie, et combien les Grecs ont profité de leurs découvertes ».

 

Voilà ce qui se trouve textuellement dans Stromates de Clément’. (Col. 864, l. 47-865, l. 57 a).

 

« Nous avons fait connaitre le caractère des Grecs en montrant qu’ils ont reçu de nous, ou plutôt qu’ils nous ont dérobé, si l’on peut s’exprimer ainsi, les vérités que nous avaient apprises les saintes Ecritures.

 

Montrons maintenant, pour attester leur propension au plagiat, qu’ils se sont pillés les uns les autres. En se dérobant respectivement leurs pensées, ils nous fournissent, comme malgré eux, une preuve certaine que, par un même penchant qu’ils ont beaucoup de peine à épargner les autres. Je ne parlerai point des doctrines philosophiques, puisque les chefs des différentes sectes reconnaissent avec franchise, pour n’être point accusés d’ingratitude, qu’ils ont reçu de Socrate les premiers principes de leur enseignement. Je citerai seulement comme témoins quelques auteurs très estimés chez les Grecs ; et, sans sortir de mon sujet, je montrerai que le plagiat leur était familier … (Col. 854, l. 9-31).

 

7. LA SYNTHESE D’EUSEBE

 

« Dans le dixième livre de la Préparation évangélique…, écrit Eusèbe de Césarée, nous avons prouvé, non par nos propres réflexions, mais par des témoignages, que l’on pourrait croire sans invraisemblance, que ‘les Grecs n’ont découvert par eux-mêmes aucun principe de la philosophie, et qu’à l’exception des grâces du langage et des charmes de l’éloquence, ils ont tout emprunté des Barbares’.

 

Nous avons démontré également, poursuit-il, qu’ils avaient connu les oracles des Hébreux et que, probablement, ils les avaient reproduits en plusieurs points ; d’autant plus que même par rapport à leurs propres ouvrages, ils n’avaient pas toujours conservé leurs mains pures de larcin ; nous avons constaté leurs plagiats, non encore par nos paroles, mais par les aveux de leurs écrivains.

 

Le rapprochement des époques nous a fait comprendre que les Grecs sont un peuple nouveau, et pour la science et pour l’âge, si on les compare aux Hébreux[28], dont l’histoire remonte aux siècles les plus reculés.

 

Telle a été la matière du livre précédent[29].

 

Nous nous proposons dans celui-ci de montrer, suivant la promesse que nous avons faite, que les ‘philosophes Grecs ont imité, sinon en tout, du moins en partie, l’enseignement dogmatique des Hébreux’.

 

Mais, écartant tous les autres, dont il serait superflu de parler, je m’attacherai à celui qui passe pour le coryphée de la philosophie ; et Platon seul nous fournira les preuves de notre démonstration.

 

Ayant effacé tous les autres par l’éclat de son génie, son témoignage sera suffisant pour éclairer cette discussion.

 

Si, cependant, nous avons besoin de jeter quelque lumière sur les opinions de ce philosophe, nous invoquerons le sentiment de ceux qui adoptèrent sa doctrine, et nous citerons leurs propres paroles, pour dissiper toute incertitude.

 

Au reste, ayez soin de remarquer que Platon, dans ses écrits, ne s’exprime pas toujours avec exactitude, quoique, le plus souvent, il ne s’écarte pas de la vérité : nous en donnerons la preuve en son lieu, non pour obscurcir la gloire de ce grand homme, mais pour répondre au reproche que l’on nous fait d’avoir préféré la philosophie des Barbares à celle des Grecs ». (Col. 889).

 

 

 

 

 

8.

 

LES GRECS CONVAINCUS DE PLAGIAT : UN EXTRAIT DU PREMIER LIVRE DE PORPHYRE[30] SUR L’ART D’ECOUTER

 

« Etant à Athènes, je fus invité à un festin que Longin célébrait pour honorer la mémoire de Platon. Au nombre des convives se trouvaient Nicagoras le sophiste, Méoras, Apollonius le grammairien, le péripatélicien Prosenès, et le stoicien Cliétès. Longin occupait la septième place pendant le repas, une discussion s’engagea sur le mérite d’Ephore. Ecoutons, s’écria notre hôte, quel vacarme au sujet d’Ephore ! …

 

La lutte s’était engagée entre Caiustrius et Maxime. Celui-ci le préférait même à Théopompe. Caiustrius accusait Ephore de plagiat. Qu’a-t-il donc publié, disait-il, qui lui appartienne en propre ? Ne sait-on pas qu’il s’est approprié trois mille vers de Mémaque, de Callisthènes, d’Anaximenès, et qu’il les a reproduits textuellement dans ses ouvrages ?

 

Apollonius le grammairien lui répondit : ‘Ignorez-vous que Théopompe auquel vous donnez la préférence fut atteint de la même maladie ? Il a reproduit mot pour mot, dans le Onzième livre de son histoire de Philippe, ces réflexions d’Isocrate l’Aréopagitique : Il n’est aucun bien ni aucun mal qui arrive à l’homme de soi-même … etc. … cependant, il méprise Isocrate, et il prétend avoir vaincu son maitre dans le combat établi en l’honneur de Mausole. Souvent, dans ses plagiats, il dénature les faits, attribue aux uns ce qu’ont fait les autres, se servant encore de ce nouveau moyen pour tromper. Ainsi, Andron, dans son livre du Trépied, parlant des prédictions de Pythagore, raconte que ce philosophe, se trouvant à Métapompe, eut soif, et ayant puisé de l’eau dans un puits, il prédit, après avoir bu,

un tremblement de terre qui devrait arriver trois jours plus tard …’. Après d’autres détails, l’auteur continue :

 

‘Théopompe avait dérobé à Andron tout ce que celui-ci avait raconté de Pythagore. Mais, comme on eût facilement découvert le larcin s’il avait nommé Pythagore et qu’on se fût écrié : ‘Un tel avait déjà dit cela’ il a rendu le plagiat manifeste, en changeant le nom du personnage ; il s’est emparé des faits et les a raconté d’un autre. Il attribue cette prédiction à Phérécyde le Syrien ; et, pour mieux déguiser la fraude, non seulement il a changé le nom de l’acteur mais aussi le lieu de la scène. Les paroles prononcées à Métapompe, suivant le récit d’Andron, le furent en Syrie, d’après Théopompe. Le navire ne fut point aperçu de Mégare en Sicile, mais de Samos ; c’est aux Messéniens qu’il attribue la ruine de Sybaris ; et afin sans doute d’ajouter quelque circonstance intéressante, il indique le nom de l’hôte, qu’il appelle Périlaus’.

 

‘Et moi, dit Nicagoras, j’ai lu son histoire grecque et celle de Xénophon, et j’ai remarqué qu’il a fait beaucoup d’emprunts à celui-ci ; encore a-t-il gâté ce qu’il a pris. Ainsi, l’entrevue de Pharnabaze et d’Agésilas, qui fut ménagée par les soins d’Apollophane de Cyzique, et l’entretien de ces deux guerriers, que Xénophon raconte dans le quatrième livre de son histoire avec tant de grâce et de dignité, Théopompe les a insérés dans le Onzième livre de la sienne ; mais son récit est lâche, sans énergie, sans vigueur. Pour déguiser son plagiat, il a voulu faire parade de son éloquence, et prodiguer toute la pompe de sa diction ; par là il s’est montré lourd, trainant, semblable à un homme dont la marche est pénible, et il a détruit ce qu’il y avait d’âme et de vivacité dans le récit de Xénophon’.

 

Lorsque Nicagoras eut cessé de parler, Apollonius reprit : ‘Pourquoi nous étonner que Théopompe et Ephore, auteurs d’une intelligence si pesante, se soient rendus plagiaires, lorsque nous voyons Ménandre lui-même travaillé de cette manie ? Le grammairien Aristophane, qui lui était trop affectionné, l’en a repris bien doucement, en comparant cet auteur avec ceux qu’il mettait à contribution. Mais Latinus, dans le livre qu’il a composé sur les ouvrages attribués faussement à Ménandre, a rempli un livre entier des larcins de Sophocle. Cécilius, comme s’il eût découvert quelque chose d’important, assure que tous le drame d’Antiphane, qui a pour titre l’Augure, a été reproduit depuis le commencement jusqu’à la fin par Ménandre dans sa comédie du Superstitieux’.

 

Puisqu’il vous a passé par l’esprit, dit Longin, je ne sais comment, de faire connaitre les plagiaires, je dois dénoncer moi-même le charmant Hypéride, qui a beaucoup emprunté à Démosthène dans son discours contre Diondas, et dans celui qu’il a composé sur les présents d’Eubule. Il est évident que l’un a profité des ouvrages de l’autre ; mais comme ils étaient contemporains il nous serait impossible de découvrir le plagiaire en comparant les époques. Pour moi, je soupçonne beaucoup Hypéride. Mais, en supposant que l’auteur du larcin reste inconnu, j’admire Démosthène, s’il s’est arrogé les pensées d’Hypéride ; car il a bien perfectionné ce qu’il a appris ; mais je blâme Hypéride, s’il est le plagiaire ; car il dénature ce qu’il emprunte à Démosthène. Vous dirai-je encore que l’ouvrage d’Hellénicus sur les Mœurs Barbares n’est qu’une compilation de ceux d’Hérodote et de Damase ? Ou qu’Hérodote lui-même, dans son deuxième livre, a souvent profité de la narration d’Hécatée de Milet, qu’il copie textuellement, ayant soin pourtant d’y faire quelques légers changements, comme lorsqu’il parle du phénix, de l’hippopotame et de la chasse des crocodiles ? Et même que Demosthène avant eux avait presque exprimé les mêmes pensées dans sa harangue contre Onétor ? Ou que Dinarque, dans son discours sur les violences de Cléomédon, a reproduit mot pour mot plusieurs passages de celui de Démosthène sur les violences de Conon ? Dois-je vous rappeler que cette pensée d’Hésiode, ‘L’homme ne peut recevoir en partage aucune chose meilleure qu’une bonne femme, ni pire qu’une mauvaise’.

 

Euripide exprime la même idée dans la tragédie qui a pour titre Ménalippe captive :

 

‘Rien n’est pire qu’une mauvaise femme ; mais la nature n’enfante rien de plus excellent qu’une bonne femme. Aussi, leurs caractères sont bien opposés’.

 

Euripide avait dit :

 

‘Nous autres femmes nous sommes la plante la plus malheureuse’.

 

Théodecte s’exprime ainsi dans l’Alcméon :

 

‘C’est un propos répété communément parmi les hommes, qu’il n’y a pas de plante plus malheureuse que la femme’.

 

Ainsi, non content de prendre l’idée, il l’a rendue par les mêmes termes ; seulement par un tour perfide, il la reproduit comme un  proverbe usité plutôt que de reconnaitre l’auteur qui la lui a fournie …

 

Après quelques observations, ‘Vous avez dénoncé les autres plagiaires, dit Prosènes, mais vous n’avez point dit que le divin Platon dont cette fête honore la mémoire, a profité souvent des écrits de ses devanciers ; car je n’ose employer le nom de plagiat en parlant d’un si grand homme. Que dites-vous, reprit Calliétès ? Non seulement je le dis mais je le pense. Les livres des auteurs qui ont précédé Platon sont rares ; Peut-être trouverait-on un grand nombre d’emprunts faits par ce philosophe. J’en ai découvert quelques-uns par hasard.

 

En lisant le traité de Protagoras sur l’Etre, j’ai vu qu’il emploie les mêmes arguments pour réfuter ceux qui soutiennent l’unité de l’Etre ; j’ai eu soin de graver dans ma mémoire jusqu’aux expressions de ce passage. Prosènes confirme son assertion par de nombreux exemples.

 

Je pourrais m’étendre longuement sur ce sujet ; mais les témoignages, qui précèdent, suffiront pour faire comprendre quel fut le caractère des écrivains grecs, et montrer qu’ils ne s’épargnèrent point les uns les autres … », (Col. 855, l. 61-859, l. 27a).

9.

 

SUR LA CONFORMITE DE LA PHILOSOPHIE DE PLATON AVEC CELLE DES HEBREUX

 

PREAMBULE

 

« Platon divise l’enseignement philosophique en 3 parties : la physiologie (ou la physique), la morale et la logique. La physiologie ou la physique embrasse la théorie des objets sensibles et la connaissance des êtres corporels. Or vous trouverez chez les Hébreux ces trois branches de la philosophie ; car ils avaient enseigné les mêmes principes longtemps avant l’existence de Platon. Nous devons d’abord entendre ce philosophe, et nous exposerons ensuite la doctrine des Hébreux.

 

Pour faire connaître les opinions de Platon, j’invoquerai le témoignage de ceux qui les adoptèrent . Je vais d’abord  citer Atticus, l’un des plus illustres platoniciens.

 

Voici comment il développe la doctrine de son maître dans un ouvrage où il réfute ceux qui veulent expliquer la philosophie de Platon ar celle d’Aristote ». (Col. 889, l. 59-890, l. 16).

 

9.1. DE LA DIVISION DE LA PHILOSOPHIE

 

1. POINT DE VUE DE PLATON

 

1° EXTRAIT D’ATTICUS

 

« La philosophie toute entière se divise en trois parties, la morale, la physiologie (ou la physique) et la dialectique.

 

La première a pour but de nous rendre meilleurs et plus vertueux ; de maintenir l’union et le bonheur dans les familles, comme aussi de donner aux peuples les loisz les plus sages, le gouvernement le plus parfait.

 

La seconde nous fait connaître la divinité, cause et principe de toutes choses, ainsi que les êtres qui découlent de sa puissance, et dans l’ensemble, suivant Platon, forme l’objet de l’histoire naturelle.

 

Enfin, la troisième partie nous dirige dans l’étude et la discussion des deux autres.

 

Que Platon ait recueilli les principes de philosophie épars avant lui et sans consistance, comme les membres de Penthée, suivant la comparaison d’un auteur ; qu’il les ait rapprochés, réunis, pour en faire un tout régulier, un corps véritable de philosophie, c’est ce que personne ne peut révoquer en doute.

 

En effet, Thalès, Anaximène, Anaxagore et tous les philosophes de leur temps, ne s’appliquèrent qu’à l’étude de la nature. On ne peut ignorer que Pittacus, Périandre, Solon, Lycurgue et tous ceux qui les imitèrent, firent consister leur philosophie dans la connaissance du gouvernement. Il n’en est pas moins certain que Zénon et toute l’école d’Elée s’occupèrent plus spécialement de la dialectique.

 

Venant après tous ces philosophes, Platon, que la nature avait formé de ses propres mains et comblé des dons les plus excellents, Platon, envoyé, pour ainsi dire, par la divinité pour recueillir les doctrines éparses des la philosophie, ne négligea aucun effort pour arriver à son but. Il embrassa la science toute entière, n’omettant rien d’essentiel, rejetant toute discussion inutile. Puis donc que nous avons dit que la philosophie platonicienne est divisée en trois parties, la physiologie, la morale et la dialectique, parlons de chacune en particulier. Ainsi s’exprime Atticus ». (Col. 890, l. 22-891, l. 5).

 

2° EXTRAIT D’ARISTOCLES SUR LA PHILOSOPHIE DE PLATON

 

« Si jamais personne enseigna la philosophie avec talent et avec gloire, ce fut Platon. Les disciples de Thalès ne se livrèrent qu’à l’étude de la nature ; les pythagoriciens enveloppèrent de ténèbres toutes les connaissances humaines ; frappèrent les philosophes de vertiges, sans ne leur procurer aucun avantage réel. Socrate lui-même, comme on dit et comme le disait Platon, Socrate ne fit qu’ajouter du feu au feu. Ayant reçu de la nature un esprit pénétrant, habile à soulever des questions sur toutes sorte de matières, il excita de nouvelles discussions sur la morale et la politique, et s’efforça le premier à découvrir la nature des idées. Mais, après avoir fait naitre tant de disputes, provoqué tant de recherches, il fut arrêté tout à coup par la mort.

 

D’autres, s’attachant à une branche de la science, la cultivèrent exclusivement ; ceux-ci la médecine, ceux-là les mathématiques ; quelques-uns la poésie ou la musique : la plupart épris par les charmes de la parole, ambitionnèrent le titre d’orateur ou celui de logiciens.

 

Pour les disciples de Socrate, ils professèrent des opinions diverses et se combattirent les uns les autres. Ceux-ci envièrent la grossièreté et l’apathie d’une vie cynique, ceux-là ne soupirèrent qu’après la volupté ; les uns se vantaient de connaitre tout, d’autres prétendaient qu’ils ne savaient rien.

 

On en voyait qui se mêlaient à la foule, qui voulaient vivre au milieu du monde, se perdre dans la multitude : il y en avait, au contraire, que vous n’eussiez pu jamais ni entretenir, ni aborder.

 

Mais Platon, connaissant que la science de la divinité et celle de l’homme doivent se confondre, partit le premier de ce principe, et déclara que la philosophie devait d’abord s’occuper de la nature des êtres, puis diriger la vie morale de l’homme, et tracer enfin les règles de raisonnement. Il pensait que celui-là ne peut pas se former des idées justes sur les choses humaines, qui n’à point d’abord arrêté ses regards sur la nature de Dieu. Comme des médecins lorsqu’un membre est malade prennent le soin de guérir le corps entier, de même celui qui veut pénétrer la nature de l’homme, doit commencer par étudier celle de ce grand tout dont l’homme n’est qu’une faible partie.

 

Il disait aussi qu’il existe deux sortes de bien, l’un qui est nôtre, l’autre qui est celui de la nature ; que le dernier est supérieur au précédent qui n’existe que par lui.

 

Le musicien Aristoxènes prétend que cette idée était venue de l’Inde. Socrate ayant rencontré dans Athènes un Indien qui lui demanda en quoi consistait sa philosophie, répondit qu’elle consistait dans l’examen de tout ce qui intéresse la vie humaine. Alors, l’étranger se prit à rire en disant qu’on ne pouvait pas comprendre la nature de l’homme quand on ignorait celle de Dieu.

 

Ce récit est-il exact ? C’est ce que  ne pourrait éclaircir aucune discussion. Toujours est-il que Platon divisa la philosophie en trois branches, celle qui traite de la nature entière, la science du gouvernement et de la logique.

 

Puisque telle est la philosophie de Platon, il est temps de montrer que les Hébreux, longtemps avant lui, avaient professé la même doctrine. En effet, vous reconnaitrez en nous suivant dans cette discussion, qu’ils ont également divisé cette science en trois parties : la morale, la logique et la physiologie (la science de la nature) », (Col. 891, l. 15-892, l. 20).

 

 

 

 

2. POINT DE VUE DES HEBREUX

 

1° EXTRAIT SUR LA MORALE DES HEBREUX

 

« Si vous jetez un regard sur l’histoire des Hébreux, vous verrez qu’ils ont cultivé la morale avant toute autre science, et bien plutôt par les actions que par leurs discours.

 

En effet, ils ont embrassé avec la plus vive ardeur, comme la fin de tout bien, comme le terme de toute vie bienheureuse, la religion et l’amour de Dieu, fondé sur l’innocence des mœurs.

 

Ainsi, ils n’ont placé le bonheur ni dans la volupté comme Epicure, ni dans les trois sortes de biens dont parle Aristote, qui assimile ceux du corps et de la fortune aux trésors de l’âme, ni dans cette incertitude, cette ignorance absolue que d’autres ont décorée du beau nom d’hésitation (epochè), ni même dans la vertu de l’âme : car, par elle seule, que servirait-elle aux hommes ? Comment pourra-t-elle, sans la pensée de Dieu, dissiper les chagrins de la vie ? C’est pourquoi, s’attachant à l’espérance en Dieu comme à un câble que rien ne peut rompre, ils ont proclamé qu’on ne pouvait être heureux que par l’amour de Dieu. Car, en effet, Dieu étant le  principe de tous les biens, l’auteur de la vie, la source de la vertu même, le dispensateur de tous les avantages du corps et de la fortune, il suffit à l’homme pour trouver le bonheur, d’aimer Dieu et de l’honorer par un culte solide et sincère.

 

Voilà pourquoi Moise, si rempli de sagesse, a consigné dans ses écrits la vie des anciens Hébreux qui s’étaient rendus recommandables par la piété ; exposant dans sa narration la forme de leur gouvernement et leur genre de vie. Dès le commencement il jette les fondements de sa doctrine et nous offre Dieu comme le principe de toutes choses, en nous racontant la création du monde et de celle d e l’homme. Puis, venant à l’application de ces idées générales, il rappelle le souvenir des anciens Hébreux pour inspirer à ses lecteurs le désir d’imiter leurs vertus et leur religion.

 

De plus, en s’annonçant comme l’auteur des lois religieuses qu’il publie, il nous rend évidente l’étude attentive qu’il a faite des règles de piété et des préceptes de la morale …

 

Il serait trop long de rappeler tous les prophètes qui suivirent Moise, et les enseignements qu’ils adressèrent aux Juifs pour les porter à la vertu et à les détourner du vice.

 

Que serait-ce donc si je vous rapportais tous les préceptes moraux de Salomon, le plus sage des hommes. Il les a exprimés en termes familiers sous le nom de Proverbes, renfermant chaque précepte dans une courte sentence qui a forme d’apophtegme.

 

Ainsi, les Hébreux furent instruits de la morale par leurs pères avant même que les Grecs en eussent connu les premiers éléments ; et ils communiquèrent généreusement ce qu’ils savaient à tous ceux qui avaient des rapports avec eux ». (Col. 892, l. 25-893, l. 20). 

 

2° SUR LA DIALECTIQUE DES HEBREUX

 

PREAMBULE

 

« Pour ce qui regarde la logique …, les Hébreux ne la firent point consister, comme les Grecs, dans des raisonnements captieux, dans des sophismes inventés pour déguiser le mensonge, mais dans la recherche active de la vérité …

 

Si quelqu’un veut connaitre toute les questions … avec leur solution … ainsi que cette logique pratique … qu’il prenne leurs écritures, qu’il les lise avec réflexion et son esprit sera satisfait.

 

Mais si ses connaissances lui permettent de comprendre les beautés de la langue hébraïque, il trouvera même chez les Barbares des hommes éloquents qui ne le cèdent en rien dans leur langage, ni a aux rhéteurs, ni aux sophistes de la Grèce …

 

Au reste, vous pourrez juger de la logique des Hébreux par l’exactitude avec laquelle ils déterminaient leurs noms. Platon lui-même rend ici témoignage aux Hébreux, et s’accorde parfaitement sur ce point avec la philosophie qu’ils professaient, comme on le verra par ce qui suit », (Col. 893, l. 34-894, l. 33).

 

3. DE L’EXACTITUDE DE LA FORMATION DES NOMS CHEZ LES HEBREUX

 

« Moise, longtemps avant que le nom de philosophie fût connu des Grecs, avait parlé souvent dans son histoire de la désignation des noms ; tantôt donnant à ceux qui l’environnaient des surnoms puisés dans leur caractère : tantôt s’adressant à Dieu pour savoir comment il devait appeler des hommes recommandables par leur religion : car il avait compris que la      nature seule et non la volonté des hommes doit déterminer le nom de chaque chose.

 

Platon se conforme entièrement aux principes de Moise, et reconnait en cela un usage suivi par les Barbares ; voulant sans doute parler des Juifs, puisqu’on ne rencontre la même coutume chez aucun autre peuple barbare. Voici ce qu’il dit dans le Cratyle : ‘Le vrai nom n’est point celui que quelques hommes conviennent de donner aux objets en réunissant plusieurs syllabes de leurs langues ; la nature elle-même nous prescrit une propriété de termes qui est la même chez les Grecs et chez les Barbares’.

 

Et plus loin :

 

‘Vous devez donc penser que tous ceux qui imposent des noms, soit chez nous, soit chez les Barbares, méritent partout la même estime, partout, pourvu qu’ils aient assigné les noms qui conviennent aux objets, quelles que soient les syllabes, dont ils les composent’.

 

Appelant ensuite celui qui connait l’exactitude des termes dialecticien, inventeur de noms, Platon continue :

 

‘C’est assurément l’ouvrage d’un charpentier, de fabriquer le gouvernail d’après l’ordre du pilote, si celui-ci veut avoir un bon gouvernail.

 

‘Sans doute.

 

‘Il me semble donc qu’un législateur qui veut imposer des noms doit consulter un dialecticien qui les lui indiquera : autrement il court le risque de se tromper.

 

‘C’est vrai.

 

‘Avouez donc, Hermogène, que la désignation des noms n’est pas une chose frivole comme vous le pensiez, et qui puisse être faites par des hommes frivoles ou par le premier venu, et   Cratyle a raison de dire que la nature a déterminé le nom des choses ; qu’il n’appartient pas à tout le monde de se faire fabricant de noms, mais à celui-là seulement qui, ayant quel nom la nature donne à chaque objet, sait le convertir en lettres syllabes’.

 

Ainsi s’exprime Platon. Puis, après d’autres détails, il rappelle encore le souvenir des Barbares, et reconnaît franchement que ce sont eux qui ont transmis aux Grecs la plupart des noms. Il dit :

 

‘Je pense que les Grecs et tous ceux qui ont été soumis aux Barbares leur ont emprunté beaucoup de noms.

 

‘Que suit-il de là ?

 

‘Que, si quelqu’un, pour détermine l’exactitude des noms, consulte la langue grecque, et non celle d’où ils ont pris leur origine, il tombe dans un embarras que vous devez comprendre.

 

‘Assurément.’

 

Voilà ce que dit Platon : mais il avait été devancé par Moïse, aussi profond dialecticien que sage législateur. Ecoutez les paroles de l’historien hébreu :

 

‘Dieu ayant formé de limon tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel, les amena en présence d’Adam, pour qu’il vît quel nom il leur donnerait. Et le nom qui fut donné par Adam à chaque être vivant était son véritable nom.

 

Or, que signifient ces mots, ‘était son véritable nom’, sinon que les dénominations imposées aux animaux étaient celles qu’exigeait leur nature ? L’auteur nous fait entendre que toute chose primitivement avait un nom dans la nature ; que ce nom était antérieur à son existence, et que le premier reçut, par une inspiration divine, le pouvoir d’assigner leurs noms aux êtres qui devaient les porter.

 

Le nom même d’Adam, dont l’origine est hébraïque, signifie dans Moise ‘l’homme né de la terre’ ; c’est qu’en effet, la terre, en hébreu, est appelée Adam ; et l’historien a eu raison de nommer ainsi le premier homme, qui en avait été formé. On peut cependant donner à ce mot un autre sens et le traduire par rouge ; ce qui s’appliquerait à la nature du corps humain.

 

Ainsi les Hébreux, lorsqu’ils veulent désigner l’homme pétri et formé de limon, l’homme terrestre, l’homme esclave du corps et de la chair, le nomment Adam. Mais ils servent du mot Enoc, lorsqu’ils parlent de l’homme intelligent, qui diffère par sa nature du terrestre Adam. Le mot Enoc peut aussi recevoir un sens particulier : traduit en notre langue (le grec) il signifie oublieux (epilesmôn). C’est ce qui  est naturellement arrivé à notre intelligence, enchainée à un corps mortel et irraisonnable. En effet, un être pur, incorporel, divin, raisonnable, non seulement se rappelle le passé, mais aussi pénètre dans l’avenir par la vive activité de son intelligence. Un être, au contraire, plongé dans la chair, comprimé par les nerfs et les os, accablé sous le poids du corps comme sous une masse écrasante, se traine dans l’ignorance et dans l’oubli ; et les Hébreux eurent raison de le flétrir du terme Enoc, qui marque son abrutissement. Ainsi, nous lisons dans un prophète : ‘Qu’est-ce que l’homme pour que vous vous souveniez de lui ? Qu’est-ce que le fils de l’homme, puisque vous daigniez le visiter ?’(Ps. VIII).

 

Dans le texte hébraïque, au mot homme, que renferme le premier membre de cette phrase, est substitué le terme Enoc. Comme si le prophète disait avec plus d’énergie : ‘Qu’est-ce que cet être oublieux, pour que vous daigniez, ô mon Dieu, vous souvenir de  lui, malgré son indifférence ?’ Dans le membre suivant, ‘qu’est-ce que le fils de l’homme pour que vous daigniez le visiter ?’ Les Hébreux disent ‘le fils d’Adam’. Adam et Enoc désignent le même être : mais Adam, c’est l’homme charnel ; Enoc, l’homme de la raison. C’est ainsi que les livres sacrés expliquent l’étymologie de ces  noms.

 

Platon prétend que le mot homme (anthrôpos), chez les Grecs, dérivé » d’anathrein (contempler). Quand l’homme a vu quelque objet (les Grecs disent ‘opôpe’, il a vu, vidit, en latin), il le contemple, il s’en rend compte ; de sorte que l’on peut dire qu’il contemple ce qu’il a vu (anathrôn a opôpe) ; d’où s’est formé anthrôpos).

 

Les Hébreux … désignent l’homme (le mâle) par le mot Is, dérivé de Es, feu ; comme pour faire entendre que la nature de l’homme est pleine d’ardeur et de lumière. La femme … est appelée Issa.

 

Suivant Platon, le nom de l’homme, anèr, est formé d’anôroèn, et signifie écoulement supérieur. Pour la femme, dit-il encore, je pense que son nom (gunè) vient de gonè (fœtus aut semen)…(Plus loin, Eusèbe invoque le témoignage de Platon, qui déclare que parmi les noms quelques-uns ont été inspirés par une vertu divine et supérieure au pouvoir de l’homme’. C’est ce qu’attestent en plusieurs endroits les Saintes Ecritures des Hébreux …

 

Le nom même que porte ce peuple dérive de heber, qui signifie « passage ». Il leur fait comprendre qu’ils doivent détacher leurs cœurs de la terre pour les diriger vers les choses divines, sans se laisser éblouir par le spectacle des objets sensibles ; mais au contraire, échapper à leur influence pour étudier la nature du Dieu sublime et mystérieux qui a créé et gouverne cet univers. Ainsi les premiers hommes qui s’attachèrent à l’Etre suprême, principe universel de toute chose, et qui lui offrirent les sentiments d’une piété pure et sincère, furent appelés Hébreux, comme si on disait, voyageurs et passagers par la pensée …

 

Moise signifie « rire » ; c’est comme le symbole de la joie ineffable que Dieu donne en récompense à ceux qu’il aime. Israël, son fils, qui d’abord été appelé Jacob, reçut de Dieu le nom d’Israël, lorsqu’il passa de la vie active et laborieuse à la vie contemplative ; Jacob peut se traduire par indompté, c’est-à-dire ardent à embrasser le combat de la vertu ; Israël signifie voyant Dieu comme qui dirait un esprit enclin aux sublimes contemplations…

 

Mais pourquoi m’arrêtai-je à recueillir de nombreux témoignages, pour prouver que les Hébreux ont fait preuve d’exactitude et d’intelligence dans l’imposition des noms ?

 

Ce sujet demanderait une discussion particulière. Cependant, pour parler sans détour, je crois avoir dit assez pour connaitre combien les Hébreux étaient versés dans l’art du raisonnement. Car, si d’après Platon, il n’appartient point à des hommes frivoles, aux premiers venus, mais à un législateur sage et profond logicien, de déterminer les noms que la nature assigne aux différents êtres ; puisque nous avons montré ce talent dans Moise et les autres écrivains sacrés, que nous reste-t-il à faire, sinon de rechercher quels progrès ont fait les Hébreux dans l’étude de la nature ? » (Col. 894, l. 39-899, l. 36).

 

4. SUR LA PHYSIQUE DES HEBREUX

 

PREAMBULE

 

« Cette troisième partie de leur philosophie embrassait un double objet, la contemplation des êtres immatériels qui ne peuvent être conçus que par la raison et la connaissance des êtres physiques, qui tombent sous nos sens. Les prophètes, ornés de tous les genres de perfections, étaient très versés dans ces sciences philosophiques, et savaient les répandre à propos dans leurs écrits. Mais, ce n’était ni par les conjectures, ni par les réflexions d’un esprit mortel qu’ils avaient été instruits ; ils n’avaient point eu pour maitres des hommes ; éclairés par l’esprit de Dieu, ils faisaient hommage de leurs connaissances à l’inspiration supérieure, qui en avait été le principe. Voilà pourquoi ils ont publié tant d’oracles sur les événements futurs et nous ont transmis des réflexions si profondes sur la nature de l’univers.

 

Souvent aussi ils s’occupèrent à décrire les mœurs des animaux, et il n’est pas une seule de leurs prophéties qui ne nous offre quelques détails intéressants sur les plantes.

 

Moise aussi, qui connaissait toutes les propriétés des pierres précieuses, en parle très sciemment dans la description qu’il fait des habits du grand prêtre.

 

Quant à Salomon, l’écriture rend témoignage qu’il a surpassé tous les autres dans l’étude des sciences naturelles, elle dit de lui : ‘Salomon composa aussi trois mille paraboles ; ses poésies sont au nombre de cinq mille. Il disserta sur les arbres depuis le cèdre qui couvre le Liban, jusqu’à l’hysope qui prend racine sur la muraille.  Il parla des troupeaux, des oiseaux, des reptiles et des poissons. On venait de tous les pays pour entendre la sagesse de Salomon, et il reçut les présents de tous les rois de la terre qui étaient venus recueillir les leçons de sa sublime sagesse’ », (II Rois, IV). (Col. 899, l. 32b-900, l. 3a).

 

5. SUR LES IDEES DE MOISE

 

1° EXTRAIT DE PHILON[31]

« Si quelqu’un veut employer l’expression véritable, il doit

dire que le monde n’est rien d’autre que le Verbe du Dieu créateur. Une ville conçue n’est-elle pas la raison de l’architecte qui dispose dans son esprit le plan de la cité qu’il veut bâtir. Ce n’est point ma doctrine que j’annonce, mais celle de Moïse. Après avoir raconté la création de l’homme, il déclare sans hésiter que l’homme a été à l’image de Dieu (Gen., I).

 

Or si une partie un  monde visible n’est que l’image d’une image, ce monde tout entier sera l’expression de l’image entière ; car l’initiation d’un modèle divin est assurément plus parfaite que celle d’une image humaine. Ainsi le sceau archétype que nous appelons conception du monde, est réellement un modèle, l’idée archétype des idées, le Verbe de Dieu (O Theou Logos).

 

Moïse dit que, dans le commencement Dieu créa le ciel et la terre. Par commencement, il n’entend pas, comme plusieurs le pensent, le commencement du temps ; car avant le monde le temps n’existait pas ; il n’a commencé qu’avec ou après lui. En effet, comme le temps se mesure par le mouvement du monde, et que le  mouvement ne pouvant être conçu avant la chose qui en est affectée, possible que le temps soit antérieur au monde ; il date de la même époque ou d’une époque plus récente.

 

On ne peut soutenir le contraire sans blesser les principes d’une saine philosophie. Mais si le commencement ne peut être compris du temps, il est probable qu’il exprime l’ordre ou le nombre, de sorte que ces mots, il créa le ciel au commencement, signifieront il créa d’abord le ciel.

 

L’auteur dit ensuite : « Dieu créa d’abord un ciel incorporel, une terre invisible, ainsi que l’idée de l’air et du vide. Le premier fut appelé ténèbres, parce que l’air de sa nature est noir ; l’autre abîme, à cause de son immensité et de sa profondeur. Il créa aussi l’essence immatérielle de l’eau et du vent. Enfin, le septième jour, qui lui aussi était incorporel, il conçut le modèle du soleil et de tous les astres qui devaient éclairer la voûte du ciel. Dieu honora d’une distinction spéciale le vent et la lumière.

 

Le vent fut nommé par lui « souffle de Dieu », parce que souffle entretient la vie et que Dieu est auteur de la vie. La lumière conçue par l’intelligence est d’autant plus brillante et radieuse que la lumière visible, que le soleil l’emportant sur les ténèbres, le jour sur la nuit, l’esprit vif et pénétrant sur les yeux grossiers du corps. Cette lumière invisible, que l’on pourrait appeler avec justice la lumière universelle, puisqu’il fournit l’éclat et la splendeur qui leur convient, au soleil et à la lune, aux étoiles fixes et aux planètes. Mais cette lumière si pure s’altère et s’obscurcit à mesure qu’elle devient visible ; car il n’y a rien de parfait dans les êtres qui frappent nos sens.

 

L’auteur ajoute encore après quelques développements : ‘Dès que la lumière fut créée et que les ténèbres eurent fui devant elle, des limites marquèrent l’intervalle qui devait les séparer : le soir et le matin déterminèrent comme par le créateur qui ne dit pas premier jour, mais l’unique jour, à cause du monde intelligible qui est un par sa nature.

 

Ainsi le monde incorporel était entièrement accompli dans le Verbe divin, lorsque le monde sensible fut formé sur ce modèle. Dieu créa d’abord le ciel qui est la partie principale du monde, et l’appela fort à propos firmament, parce que de sa nature il est corporel, et que le corps est une substance ferme, solide et divisible.

 

Quelle idée, en effet, peut-on se former d’un corps, sinon qu’il est solide et sujet à la dissolution ?

 

Dieu eut donc raison pour opposer le monde corporel et sensible au monde incorporel et intelligible, d’appeler celui-là firmament’. Ainsi parle Philon. Clément  s’exprime de même au sixième livre de ses Stromates ». (Col. 921, l. 4-922, l. 30).

 

2° EXTRAITS DE CLEMENT D’ALEXANDRE

 

« La philosophie des Barbares a reconnu l’existence d’un  monde intelligible et d’un monde qui frappe les sens ; le premier est l’archétype, l’autre l’image de cet admirable modèle. Elle attribue celui-là à l’unité, parce qu’il ne peut être conçu que par la raison ; celui-ci au nombre de six, parce qu’il tombe sous nos sens. Ce nombre est appelé union (gamos) par les pythagoriciens à cause de sa fécondité.

 

Les Barbares affirment encore que dans l’unité existe un ciel invisible, une terre sainte; et une lumière qui ne peut être conçue que par la raison.

 

‘Au commencement, dit l’un d’eux, Dieu créa le  ciel et la terre ; et la terre était invisible : puis, ensuite Dieu dit : ‘Que la lumière soit, et la lumière fut (Gen., I,1-2) ; mais dans la création du monde extérieur, Dieu créa un ciel solide : ce firmament est visible par sa nature, ainsi que la terre, ainsi que la lumière’.

 

Ne vous semble-t-il pas que Platon n’a fait que reproduire cette doctrine, lorsqu’il réunit dans le monde intelligible les idées de tous les animaux, et qu’il crée chaque être sensible d’après un modèle antérieur qui ne peut être conçu que par la raison ?

 

Moise a donc raison de dire que le corps a été pétri de terre, ce corps appelé par Platon tabernacle terrestre, et que l’âme raisonnable lui a été inspirée d’en-haut par Dieu. Voilà pourquoi celle-ci domine toutes nos actions ; mais elle est contrainte de passer par les sens pour s’élever jusqu’au Créateur, et c’est pour cela qu’il est écrit que l’homme a été formé à l’image et à la ressemblance de Dieu ; car l’image de Dieu est le Verbe divin et royal, un homme impassible ». (Col. 922, l. 36-923, l. 3).

 

10.CONCLUSION : « ETRE VRAI ET HONNETE»

 

Si, au terme des présentes réflexions, on devait en donner le résumé conforme à notre pensée profonde, on ne serait  pas loin de la vérité en disant qu’elles constituent une invitation à être vrai et honnête. C’est l’unique voie sûre pour créer l’harmonie nécessaire au bonheur de l’homme : Hommes-Hommes, Hommes-Nature, Hommes-Dieu.

 

Il faut bien voir, en effet, que les « Grecs », c’est-à-dire le Centre actuel du monde, ne résolvent pas le problème-clé de l’homme de notre temps, en prétendant être les uniques nécessaires, parce qu’ils auraient tout inventé, à l’exclusion de tous les autres, spécialement des Noirs, jugés inutiles.

 

Le Centre, on le sait, a évacué le problème métaphysique à l’orée de la science moderne. Il a décrété que cette évacuation était la condition sine qua non de la connaissance et du progrès des sciences et des techniques.

 

Il oublie presque volontairement que les choses ont changé avec le décryptage des hiéroglyphes par Champollion le Jeune, en 1822.

 

Une nouvelle perspective s’ouvre à l’humanité moderne, qui met fin à l’antagonisme d’inspiration grecque entre « Grecs » et « Barbares », entre science et religion.

 

« Le peu que l’on sait, de ce que fut en profondeur la civilisation égyptienne, mère de toutes les civilisations occidentales, nous laisse entendre qu’il y eut un temps de l’humanité où il n’y avat pas une science et une religion séparées, mais où l’une et l’autre confondues composaient c que nous pourrions appeler la Connaissance. Et qu’est-ce que la science sinon l’approche de ce qui est ? Et ce qui est, celui, qui connaît Dieu, ne le connaît-il pas ?[32] ».

 

En dépit des mises en garde des esprits éclairés, le Centre a persisté dans son culte de la loi de la jungle et dans le perfectionnement de ses armes, tout en se lamentant des dérives humaines de plus en plus alarmantes de son système.

 

On peut ainsi dire que l’ensemble du problème de l’humanité contemporaine a comme soubassement la ‘ténacité de l’absurde’, comme dirait Will Durant.[33] C’est en détruisant les murs et non en construisant ou en en entretenant que l’on s’en sortira.

 

Face aux désastres humains présents et à venir et surtout face aux énormes intérêts engagés dan le maintien et la construction des nouveaux murs, impérative devient la  citoyenneté planétaire.

 

Il est plus que temps que les pouvoirs publics et leurs opinions publiques affirment haut et fort leur volonté de vivre et de faire vivre-humainement.

 

Mais pour qu’une telle option en faveur de l’humanité ait quelque chance de succès, elle doit être soutenue par un égal souci de connaissance de la divinité. On ne peut, en effet, comme disait l’Indien à Socrate, vouloir faire le bonheur de l’homme en ignorant Dieu. L’échec de l’expérience tentée depuis 5 siècles doit nous interpeler.

 

Si l’on continue à rester à un petit débat intellectuel, au service de l’emmurement, l’humanité s’enfoncera de plus en plus dans la jungle sauvage, dont la science en progrès exacerbera la dangerosité.

 

« Je suis… grandement surpris, dit Flavius Josèphe, d’entendre dire qu’au sujet des faits anciens il faut exclusivement s’en rapporter aux Grecs, comme étant seuls dépositaires de la vérité, et recevoir avec défiances nos histoires et celles des autres peuples. Pour moi, je pense que l’on peut raisonner tout autrement, pour peu que l’on veuille éviter de se faire surprendre par de vaines opinions, et prendre les faits eux-mêmes pour base de  jugements »[34].

 Kinshasa, le 22 juin 2001

                                                                             PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE



[1] Parmi les autres penseurs racistes du XIXè siècle, chantres unanimes de l’infériorité de la race noire, on cite généralement les allemands Paul Anton de Lagarde (1827-1891), ludwig Gumplowicz (1838-1909), Alfred Rosenberg (1893-1946) et l’anglais Houston Stewart Chamberlain (1885-1927).

[2] Le texte est attribué, sans doute à tort, au physiologiste français Charles Richet (1850-1935).

[3] « De Jean-Paul II à Benoît XVI », p. 28-29.

[4] EUSEBE, Préparation évangélique, col. 861. Dans l’article consacré à Solon dans la Biographie universelle, t. 43, Paris, L.G. MICHAUD, 1825, p. 53-54, l’auteur éclaire les circonstances de cette adresse et donne une version tout à fait plausible. On sait qu’après avoir refusé la magistrature suprême et après avoir écrit son code des lois, le sage d’Athènes s’est retiré en Egypte. C’est au cours de ce séjour qu’un des prêtres, fiers de posséder entre leurs mains les annales du monde, tint ces propos à Solon, qui lui vantait les anciennes traditions de la Grèce, mais cette fois-ci de la manière suivante : « Vous autres Grecs, vous êtes bien jeunes : le temps n’a pas encore blanchi votre science ». Comme on le voit, c’est beaucoup plus vraisemblable. Mais le sens reste le même.

[5] Les 7 sages de la Grèce sont : 1. Bias de Priène (né vers 570), 2. Cléobule de Lindes (VIème s. ), 3. Chilon de Lacédemone (VIème s.), 5. Pittacos de Mytilène (650-569), 6. Solon d’Athènes (640-558) et 7. Thalès de Milet (639-548).

[6] Une progéniture sans parents, une descendance sans ascendance.

[7] « Une hypothèse imposante au premier coup d’œil par son éclat et par sa grandeur, tend à admettre une philosophie unique et primitive, qui, née dans le berceau même de la civilisation (le nom de ce berceau est tu !), cultivée d’abord en Asie, aurait passé ensuite dans la Grèce, aurait traversé les premiers siècles de notre ère et se serait perpétuée jusqu’à nos jours… Dans cette hypothèse, la philosophie de Pythagore serait l’anneau principal, qui unirait les traditions orientales avec les doctrines grecques : Pythagore aurait reçu d’Hermès, de Zoroastre, d’Orphée les trésors qu’il aurait transmis à Platon… ». (« Pythagore » in Biographie universelle, t. 36, Paris, L.G. MICHAUD, 1823, p. 364). 

[8] « Ludwig GUMPLOWICZ (1838-1909) était un sociologue allemand, d’origine polonaise, qui se fit l’avocat de la « sociologie du conflit », théorie selon laquelle les races primitives se haïssaient et luttaient pour la suprématie. La civilisation était supposée issue de cette lutte. L’ouvrage le plus important de Gumplowicz, Le combat des races (1883), soutenait que la race supérieure était celle qui gagne toutes les batailles. Le statut de  ‘ race supérieure’ peut ainsi être donné aux anciens Grecs » (BOURKE, V.J., Histoire de la morale, Paris, Cerf, 1970, p. 329.

[9] « J’admire les anciens plus que vous, parce que je les connais mieux, disait Ramus à l’un de ses adversaires ; mais qu’Aristote, Cicéron et Quintilien soient tels qu’on voudra, il ne s’ensuit pas qu’on doive se mettre à genoux devant eux, les regarder avec des yeux idolâtres ni les croire excellents en tout, parce qu’ils ont été excellents en quelque chose » (« Ramus », in Biographie universelle, t. 37, Paris, L.G. MICHAUD, 1824, p. 63-64.

[10] Heureuse erreur, qui nous a valu la science moderne.

[11] C’est nous  qui ajoutons.

12 Le meilleur.

[13] F.VAN STEENBERGHEN, Aristote en Occident, Louvain, 1946, p. 10-14.

[14] « Dans son ensemble … l’œuvre scientifique d’Aristote représente le résultat le plus ferme et le plus étendu de l’activité intellectuelle grecque. Venu après les anciennes écoles naturalistes et idéalistes, après la constitution de la dialectique par les Eléates, témoin de la direction nouvelle donnée à la philosophie par Socrate et Platon, Aristote a pu recueillir tous les éléments féconds du passé, les accroitre par son initiative personnelle et les ordonner avec cette puissance de méthode devenue synonyme de synonyme de son nom et de son génie … ». Ibid.

[15] Il faudrait, toutefois, être prudent. Un extrait d’Atticus reproduit par Eusèbe : « Que Platon ait recueilli les principes de la philosophe, épars avant lui et sans consistance, comme les membres de Penthée, suivant la comparaison d’un auteur ; qu’ils les ait rapprochés, réunis, pour en faire un tout régulier, un corps véritable de philosophie ; c’est ce que personne ne peut révoquer en doute. En effet, Thalès, Anaximandre, Anaxagore et tous les philosophes de leur temps ne s’appliquèrent qu’à l’étude de la nature. On ne peut ignorer que Pittacus, Périandre, Solon, Lycurgue et tous ceux qui les imitèrent, firent leur philosophie dans la connaissance du gouvernement. Il n’est pas moins certain que Zénon et toute l’école d’Elée s’occupèrent plus spécialement de la dialectique. Venant après tous ces philosophes, Platon, que la nature avait formé de ses propres mains, et comblé des dons les plus excellents, Platon envoyé, pour ainsi dire, par la divinité pour recueillir les doctrines éparses de la philosophie, ne négligea aucun effort d’essentiel, rejetant toute discussion inutile. Puis donc nous avons dit que la philosophie platonicienne se divise en trois parties, la … physique (phusikon), la morale et la dialectique, parlons de chacune en particulier. Ainsi s’exprime Atticus ». Voir EUSEBE, « Préparation évangélique », in MIGNE, Démonstration évangélique, t. I ; Paris, Petit-Montrouge, 1843, col. 890-891.

[16] Pourtant l’Egypte était, à cette époque, ce que devint ensuite Athènes, la terre classique de la philosophie, des sciences et des lettres.

[17] On doit donc bien voir que c’est elle qui a inspiré une grande tendance de la philosophie moderne, une philosophie sans métaphysique, à la base des recherches de l’école française de la Philosophie des sciences.

[18] Mort en 339 de l’ère chrétienne.

[19] Il s’agit des prophètes Agée et Zacharie.

[20] Vers 1250. Contemporain de Ramsès II (de 1290 à 1224).

[21] Le sens de l’alphabet hébraïque se présente de la manière suivante ; les 5 premières lettres signifient : « l’instruction de la maison consiste dans la plénitude des tablettes (livres) ». Les 6,7 et 8 signifient : « celui qui vit en elle ». Les lettres 9 et 10 signifient : « le principe est bon ». Les lettres 11 et 12 signifient : « apprends néanmoins ». Les lettres 16, 17 et 18 signifient : « source ou œil et bouche de la justice ». Les lettres 19, 20, 21 et 22 signifient : « appel de la tête et signes des dents ».

[22] Ainsi appelé parce qu’il était d’Agyre, ville de Sicile, aujourd’hui San-Filippo d’Agyrone. Il avait formé le projet d’écrire l’histoire universelle depuis le commencement du monde. Après 30 ans de travaux de recherche à travers les principaux pays d’Europe et d’Asie, il s’établit à Rome et écrivit, sous Jules César et Auguste, sa Bibliothèque historique divisée en 40 livres, dont il ne reste plus que 15, avec quelques fragments. Cette bibliothèque comprenait l’histoire de tous les peuples de la terre, depuis le commencement du monde jusqu’à la première année de l’olympiade CLXXX, c’est-à-dire en 60 avant Jésus-Christ. Les 3 premiers contiennent l’histoire de l’Egypte, de l’Assyrie et des autres peuples Barbares. Le 4ème et le 5ème nous offrent celle de la Grèce et de ses îles pendant les siècles héroïques. Les 5 suivants manquent. Le 11ème commence à l’expédition de Xerxès contre les Grecs et les livres suivent jusqu’au 20ème, qui finit peu avant la bataille d’Ipsus, où fut tué Antigone. D’après les critiques, cet historien ne brillerait pas par le jugement. Il aurait souvent puisé dans de mauvaises sources, comme Euphore, Ctesias et Clitarque ! De plus, on lui reproche d’avoir mal disposé les matériaux, qu’il avait amassés. Il lui arrive souvent de placer sous une date ce qui est arrivé avant ou après. On reconnait, toutefois, qu’il a rapporté fort exactement les années des Olympiades, les archontes d’Athènes et les consuls de Rome. Sans lui, nous ignorerons une infinité de choses. On doit ainsi regretter la perte des 25 derniers livres, dans lesquels se trouvait l’histoire des Etats formés après la mort d’Alexandre. La première édition complète de ce qui nous reste de Diodore de Sicile est celle d’H. Etienne, toute grecque, 1559, in-folio. La meilleure est celle de Wesseling, Gr-Lat., Amsterdam, 1745. Diodore de Sicile a été traduit en français par Terrason, Paris, 1737, in-12, 7 volumes. Voir Biographie universelle, t. 11, p. 387-388. 

[23] Célèbre historien juif, né à Jérusalem en 37 de l’ère chrétienne, d’une famille sacerdotale. Sa mère descendait de la race royale des Asmonéens. Il reçut une éducation digne de sa naissance et mena une vie publique assez mouvementée, pendant la guerre des Juifs contre les Romains, dont il écrivit l’histoire. Il mourut vers 95. L’élégance de son style l’a fait surnommer le Tite-Live des Grecs. Un grand nombre de critiques anciens et modernes louent son amour pour la vérité ; mais d’autres lui reprochent… de s’être éloigné trop souvent des livres saints, qui font la base de ses récits. On a de Josèphe Flavius (par reconnaissance envers Vespasien Flavius qui le combla pour avoir prédit son élévation au titre d’empereur de Rome), on a de Josèphe, dis-je : 1. L’Histoire de la guerre des Juifs contre les Romains et de la ruine de Jérusalem, en 7 livres. Ecrite d’abord en chaldo-syrien, langue maternelle de l’auteur, elle fut traduite en grec par l’auteur. Titus ordonna sa traduction en latin pour l’usage public. 2. Les Antiquités judaïques, en 2 livres. C’est une histoire complète de la nation juive depuis la création du monde jusqu’à la révolte des Juifs contre les Romains : elle est très intéressante. Elle supplée en beaucoup d’endroits au silence des livres saints. 3. Réponses à Appion, en 2 livres. Il prend la défense de la nation juive minimisée en faveur de l’Egypte par Appion, le grammairien d’Alexandrie, dans le 3è et le 4è livre de ses Res Aegyptiacae. 4. Discours sur le martyre des Machabées. 5. Sa vie. Très brève, renvoyant souvent à son Histoire de la guerre des Juifs. Les divers ouvrages de Josèphe ont été recueillis et publiés, pour la première fois en grec par Arnold ARSENIUS, Bâle, Froben, 1544, in folio. La version française des Œuvres a été faite sur la version latine, par Guillaume Michel de Tours, Paris, 1534, in-folio. Voir Bibliographie universelle, t. 22, 31-34.

[24] Sextus Julius,  dit Africain, à cause des origines africaines de ses parents, était un historien chrétien du 3è siècle. Il était né à Nicopolis, dans la Palestine. Il l’écrivit une chronologie pour convaincre les païens (les Grecs spécialement) de l’antiquité de la vraie religion et de la nouveauté des fables du paganisme (à savoir la sagesse spécialement grecque). Cette chronologie, divisée en cinq livres, renfermait l’histoire universelle, depuis Adam jusqu’à l’empereur Macrin (164-218). L’on n’a plus de cet ouvrage que les fragments conservés par Eusèbe de Césarée et quelques Pères de l’Eglise. Cet auteur était célèbre au 3è siècle de l’ère chrétienne où il a vécu. Dans l’extrait, que nous reproduisons, Africain n’a pas beaucoup de considération pour les historiens Grecs, qui s’embrouillaient dans leurs affabulations. Il n’était d’ailleurs pas seul à mal juger d’eux. Leur légèreté dans le traitement des faits et dans leur datation a été cruellement mis à nue par Tatien, dans son Discours aux Grecs. Pour preuve, les historiens Grecs, qui se sont intéressés à ‘l’époque de la naissance des poésies d’Homère’, ont été incapables de fournir la moindre information fiable à ce sujet. L’époque varie d’un auteur à l’autre. Les divergences sont considérables : pour les uns, Homère a vécu 80 ans après la guerre de Troie, pour d’autres 100 ans après , pour d’autres, 140 ans, pour d’autres 180 ans, pour d’autres 240 ans après, pour d’autres 400 ans après, pour d’autres enfin, 500 ans après la guerre de Troie ! La conclusion ne peut-être que sans appel : ‘… s’ils (les historiens grecs) ne respectent point la chronologie de l’histoire, on ne doit pas croire qu’ils respectent davantage le vérité dans la  narration des événements’. Col. 878, l. 65b-69a. L’extrait d’Africain devient d’autant plus intéressant qu’il montre beaucoup de méticulosité de la part de cet historien dans l’établissement de sa chronologie.

[25] Tatien place celle-ci 407 ans après la chute de Troie. (Col. 881, l. 46).

[26] Sextus Julius,  dit Africain, à cause des origines africaines de ses parents, était un historien chrétien du 3è siècle. Il était né à Nicopolis, dans la Palestine. Il l’écrivit une chronologie pour convaincre les païens (les Grecs spécialement) de l’antiquité de la vraie religion et de la nouveauté des fables du paganisme (à savoir la sagesse spécialement grecque). Cette chronologie, divisée en cinq livres, renfermait l’histoire universelle, depuis Adam jusqu’à l’empereur Macrin (164-218). L’on n’a plus de cet ouvrage que les fragments conservés par Eusèbe de Césarée et quelques Pères de l’Eglise. Cet auteur était célèbre au 3è siècle de l’ère chrétienne où il a vécu. Dans l’extrait, que nous reproduisons, Africain n’a pas beaucoup de considération pour les historiens Grecs, qui s’embrouillaient dans leurs affabulations. Il n’était d’ailleurs pas seul à mal juger d’eux. Leur légèreté dans le traitement des faits et dans leur datation a été cruellement mis à nue par Tatien, dans son Discours aux Grecs. Pour preuve, les historiens Grecs, qui se sont intéressés à ‘l’époque de la naissance des poésies d’Homère’, ont été incapables de fournir la moindre information fiable à ce sujet. L’époque varie d’un auteur à l’autre. Les divergences sont considérables : pour les uns, Homère a vécu 80 ans après la guerre de Troie, pour d’autres 100 ans après , pour d’autres, 140 ans, pour d’autres 180 ans, pour d’autres 240 ans après, pour d’autres 400 ans après, pour d’autres enfin, 500 ans après la guerre de Troie ! La conclusion ne peut-être que sans appel : ‘… s’ils (les historiens grecs) ne respectent point la chronologie de l’histoire, on ne doit pas croire qu’ils respectent davantage le vérité dans la  narration des événements’. Col. 878, l. 65b-69a. L’extrait d’Africain devient d’autant plus intéressant qu’il montre beaucoup de méticulosité de la part de cet historien dans l’établissement de sa chronologie.

[27] Premier roi légendaire de Béotie.

[28] A plus forte raison si on les compare aux Egyptiens qui sont  un peuple plus ancien que les Hébreux.

[29] Livre dixième.

[30] Disciple de Plotin, ayant vécu entre 234 et 305.

[31] Philosophe platonicien, né vers 30 avant Jésus-Christ d’une des plus illustres familles juives d’Alexandrie. D’après Eusèbe, il était l’un des meilleurs connaisseurs de Platon. On l’appelait communément Platon juif ou, suivant Saint Jérôme, Philon le platonicien. Contrairement à une certaine opinion, Saint Augustin déclare formellement que Philon n’a jamais professé la religion chrétienne.  Il avait composé un très grand nombre de livres, sur l’Ecriture Sainte, sur la philosophie et sur la morale, dans lesquels tous les critiques ont admiré la sublimité des pensées, la beauté du style et la force d’expression. Les mêmes critiques ne s’accordent pas, cependant, sur la question de savoir si Philon maitrisait l’hébreu ou non. La plupart de ses livres sont perdus. On peut citer parmi eux les suivants : I. De mundi creatione secundum Mosen liber. C’est un commentaire littéral et mystique du premier chapitre de la Genèse. Il fait autorité auprès des commentateurs de l’ouvrage de ses Six Jours, comme Saint Ambroise. II. Sacrarum legum allegoriarum libri tres. Ils font suite au précédent. III. De Cherubin et flammeo gladio, et de Kain, qui primus ex homine procreatus est. Commentaire sur une partie de l’IIIè chap. de la Genèse … XIX. De vita Mosis, libri tres. Ces livres ne sont indiqués ni par Eusèbe ni de Saint Jérôme. Toutefois les critiques sont unanimes pour reconnaitre leur authenticité philonienne. Ils ont été traduits en latin par Adrien Turnèbe, et imprimés sans le texte, Paris, 1554, in-8°… XV. De mundi incorruptibilitate … XXVIII. De mundo. Ce traité est une compilation des passages des ses écrits sur cette matière : imprimé avec les œuvres d’Aristote et de Théophraste, Venise, 1497 ; traduit en latin par Guillaume Budé, Paris, 1526 … Tout ce qui reste des œuvres de Philon a été recueilli et imprimé à Genève, en 1613, in-fol., 2 vol. L’édition de Mangey est considérée comme la meilleure de toutes les précédentes sur tous les rapports. Il y a d’autres Philon avec lesquels il ne faut pas le confondre. La date de sa mort reste inconnue. Certains en ont fait un centenaire. Voir Biographie universelle, art. « Philon », t. 34, Paris, 1823, p. 196-200. 

[32] BARJAVEL, R., La faim du tigre, Paris, Dénoël, 1966, p. 191.

[33] Histoire de la civilisation. « La Renaissance », Ed. Rencontre, 1996, p. 9.

[34] Voir plus haut, p. 53.

Publicité
10 décembre 2016

L’HONNÊTETÉ PAYE. TESTAMENT POLITIQUE DE JOSEPH KASA-VUBU PREMIER PRESIDENT DE LA RDC

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’HONNETETE PAYE 

TESTAMENT POLITIQUE DE

JOSEPH KASA VUBU

PREMIER PRESIDENT DE LA RDC

 

QUELQUES LIBRES OPINIONS POUR MEMOIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVESITE DKINSHASA

NOVEMBRE 2016

1. Kasa Vubu ou l’autre face de l’héroïsme congolais, mars 2002 ……………………………………………   p. 3.

 

 

2. Le testament moral. Message devant la Fondation Joseph Kasa Vubu, mars 2002………………… p. 15.

 

3. Kasa Vubu, un nationaliste incompris, mars2009…p. 23.

 

4. La classe politique congolaise à la croisée des chemins : sauver la démocratie et la paix ou les assassiner, décembre 2016………………………p. 41.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 27 Juin 1960, Kasa-Vubu, élu Président le 24, prêta, devant les deux chambres réunies, le serment ci-après : « je jure d’observer les lois de la Nation congolaise, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire ».

 

Le 24 novembre 1965, Kasa-Vubu est destitué par coup d’Etat militaire. Humilié, calomnié, noirci au charbon par le nouveau pouvoir, qui lui a fait porter injustement le chapeau de tous les péchés d’Israël, il sera relégué à Boma.

 

Sa mort, à peine 4 ans après, le 24 mars 1969, à l’âge de 56 ans, a été ressentie comme une profonde injustice et une très grande perte non seulement par la communauté Kongo mais par l’ensemble de la nation congolaise.

 

En dépit du discours officiel de disqualification des 5 premières années de l’Indépendance, le peuple était conscient qu’il venait de perdre un grand homme, intègre et juste, un grand homme d’Etat difficile à remplacer[1].

 

Ce 24 mars 2002 est le 33ème anniversaire de sa mort. Il tombe en plein Dialogue inter-congolais. On pourrait se demander ce que Kasa-Vubu comprendrait de ce qui s’y passe. Il est à parier qu’il comprendrait tout. Pourquoi ? Parce que beaucoup d’acteurs d’alors sont là avec sans d

17 novembre 2016

A PROPOS DES ELECTIONS DEMOCRATIQUES EN RDC SUR

A PROPOS DES ELECTIONS DEMOCRATIQUES EN RDC

SUR FOND DE L’INTERMINABLE TRAGEDIE CONGOLAISE

DENONCEE DEJA EN 1898

PAR LE JEUNE BRITANNIQUE DE LIVERPOOL

EDMUND DENE MOREL 

QUELQUES LIBRES OPINIONS POUR MEMOIRE

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

NOVEMBRE 2016

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

A PROPOS DES ELECTIONS DEMOCRATIQUES EN RDC

SUR FOND DE L’INTERMINABLE TRAGEDIE CONGOLAISE

DENONCEE DEJA EN 1898

PAR LE JEUNE BRITANNIQUE DE LIVERPOOL

EDMUND DENE MOREL

 

QUELQUES LIBRES OPINIONS POUR MEMOIRE

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

NOVEMBRE 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

I

 

LA TRAGEDIE CONGOLAISE DENONCIATION ET CONSOLATION PHILOSOPHIQUES

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

JANVIER 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tout le monde sait ou devrait savoir que le premier grand mouvement international pour les Droits de l'Homme du XXème siècle, créé en 1898, l’était  pour la défense des Droits des Congolais honteusement exploités par Léopold II, roi de Belgique et créateur du Congo[1].

Il était l'œuvre d'un employé d'une compagnie de navigation de Liverpool, en Angleterre, dont une filiale détenait le monopole de toutes les importations et exportations de marchandises effectuées par l'Etat Indépendant du Congo. Il se nommait Edmund Dene Morel.

Ce jeune Anglais de 25 ans n'avait rien d'un idéaliste, ni d'un révolutionnaire. Il était un homme d'affaires aux idées plutôt modérées, ayant en charge une mère souffrante et une famille qui s'agrandissait.

Parce qu'il parlait couramment le français, son employeur, qui avait confiance en lui, l'envoyait régulièrement en Belgique pour superviser le chargement et le déchargement des navires, qui « faisaient » le Congo. Nous sommes en 1897/1898.

Alors que les collaborateurs, avec lesquels il contrôlait le trafic des marchandises sur les docks du grand port belge d’Anvers, faisaient leur travail, sans états d'âme, sans se poser de questions sur la nature du trafic, Morel commença à être troublé par certains détails.

A leur arrivée, les bateaux à vapeur de sa compagnie venant du Congo étaient remplis, à craquer, de cargaison de caoutchouc et d'ivoire de grande valeur. Mais, quand ils repartaient pour le Congo, ils n'avaient pratiquement à bord que des officiers, de jeunes recrues en uniformes, des armes à feu et des munitions. Il comprit qu'il ne s'agissait pas de commerce, que les richesses affluaient du Congo en Europe, sans contrepartie pour le Congo, que ces richesses étaient le fruit de l'exploitation d'esclaves.

Cette découverte ne le découragea pas. Au contraire, elle détermina le cours de sa vie et celui d'un mouvement extraordinaire, le premier grand mouvement international pour les Droits de l'Homme du XXe siècle, qui tint en haleine pendant plus de dix ans l'Europe et l'Amérique[2].

Aujourd’hui, cent ans après, c'est au grand jour que se fait l'exploitation « esclavagiste » des richesses du Congo et que le spectacle de ses horreurs est régulièrement porté à la une des médias du monde, sans pour autant que l'opinion mondiale ne s'en émeuve outre mesure.

La différence, on l'a sans doute remarqué, est qu'il y a cent ans Morel a vu et s'est ému. Grâce à son action vigoureuse et à son sens très élevé d'organisation, des manifestations ont eu lieu en Angleterre, en Amérique et des réactions en Australie. D'autres personnalités se sont mobilisées pour dénoncer le mal[3].

Aujourd'hui, le mot d'ordre semble être : « Silence ! On se sert ! ». C'est dire qu'elles ne sont pas les bienvenues les voix congolaises, lesquelles ont, semble-t-il,  été inexistantes il y a cent ans ![4]

Si l'on compte tous les morts des guerres et autres rébellions au Congo, depuis l'Indépendance, leur nombre n'est peut-être pas très loin des 10 millions de l'holocauste léopoldien[5] oublié, le tout ferait plus de 15 % de la population congolaise actuelle, estimée à 60 millions !

Que s'est-il passé ? Pourquoi cette indifférence et cette apathie de la communauté internationale devant la persistance de la tragédie congolaise ? Pourquoi ne cherche-t-on plus, comme l'ont fait Morel et consorts, à combattre un mal aussi clairement diagnostiqué ?

A cent ans d'intervalle, la conscience morale européenne et américaine serait-elle complètement émoussée au point de ne plus être capable de produire de nouveaux Morel, de nouveaux Williams, de nouveaux Sheppard ou de nouveaux Conrad ?

Tenant compte du projet anomique européen d’il y a cinq siècles, on est en droit de se demander si cette totale désaffection morale d'aujourd’hui devant la tragédie congolaise ne signifierait pas l'aboutissement programmé de la ruine de la conscience morale universelle ?

Lors du dernier Conseil du Département de Philosophie de la Faculté des Lettres de l'Université de Kinshasa, de 2008, il a été décidé d'organiser régulièrement des matinées philosophiques sur les sujets les plus divers, aussi bien classiques que d'actualité.

Le premier sujet retenu pour commencer était «La guerre de l'Est, interpellation philosophique », dans le but bien avoué de contribuer à mobiliser la conscience morale universelle pour l'amener à mettre fin à l'indifférence universelle devant cette guerre, qui n'en finit pas, et celles à répétition au Congo indépendant, depuis bientôt 50 ans.

On voit bien que ce sujet apparemment anodin et facile se révèle, à l'examen attentif, comme étant l'un des plus difficiles et peut-être l'un des plus importants que notre Département ait eu à traiter. Car, non seulement il soulève le problème délicat du destin du Congo, mais aussi et surtout celui de la survie de la conscience morale en modernité.

En effet, ce dont il est question ici, c'est de savoir si, parce que le Congo est une création européenne sui generis, fin XIXe-début XXe siècles, il doit servir de terrain d'expérimentation par excellence de l'anomie moderne, c'est-à-dire si l'esprit des Lois n'y était pas d'application, notamment le Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et de leurs ressources.

En d'autres termes, il s'agit de savoir si les intérêts et la volonté de puissance en jeu, au sujet du Congo, ne seraient pas de même nature que ceux pour lesquels l'Europe a évacué la question morale à la Renaissance, à savoir son développement. Irions-nous alors jusqu’à dire que vide a été le sens moral, qui a guidé Morel et consorts.

Voilà en quels termes pourrait se poser, selon nous, le problème philosophique de la guerre de l'Est, comme, plus généralement, celui de l'ingérence persistante des puissances étrangères au Congo. C'est face à lui qu'il faut, me semble-t-il, prendre philosophiquement position.

Pour ma part, je soutiens que le sens moral de Morel et consorts n'est pas vide, parce que le sens moral est une donnée immédiate de la conscience humaine, comme l'est la liberté, même si, comme on le sait, celle-ci est régulièrement bafouée. Ce qui est en jeu n'est donc pas l'existence de la conscience morale, mais son acceptation ou non. Voilà pourquoi je continue à soutenir que l'obligation morale suprême de l'homme en modernité n’est rien d’autre que de continuer-à-vouloir-vivre-humainement personnellement et socialement.

Vouloir vivre humainement, personnellement et socialement, est assurément le fondement de la paix intérieure avec soi et de la paix avec autrui. Car ce vouloir de l’humaine vie implique l'ouverture conviviale, la confiance, la compréhension et le respect mutuels, tandis que la sauvage vie est faite de méfiance, de mensonge et de violence, son corollaire naturel.

On peut ainsi dire que c'est parce que le droit de tout homme à une humaine vie n'a pas été la préoccupation primordiale du projet européen de civilisation à la Renaissance aux XVe-XVIe s., que l'état sauvage de guerre a été maintenu en modernité, même si l'Europe a voulu sauver les meubles, en restaurant l'esprit des Lois.

Au lieu de promouvoir l’édification d'une maison humaine commune où il fasse bon vivre pour tous, la modernité a plutôt décerné un brevet de moralité à la sauvage vie et à son corollaire, l'état de guerre. C'est en vain qu'elle croit que l'idée d'une communauté des nations constitue l'antidote au retour de la barbarie. Car cette communauté des nations n'est pas une « communion humaine des peuples », loin s'en faut.

Cela étant, il est vraiment naïf de penser que la communauté internationale a intérêt à défendre à tout prix la souveraineté du Congo. Si dur à entendre que cela puisse être, le Congo restera maintenu en état de guerre, comme le monde moderne d'ailleurs. Son drame est qu'il n'a pas les moyens crédibles d'y faire face honorablement, comme d'autres pays, qui ont su prendre la mesure de ce monde cruel et dangereux.

Ainsi, qu'on ne se fasse pas d'illusions. Quand bien même le Gouvernement prendrait l'option d'assurer l'amélioration très sensible des conditions de vie du Congolais, en vue de lui faire mener une humaine vie, sans laquelle il n'y a aucun espoir de mettre fin à l'état de guerre au Congo, il n'est pas sûr que les puissances le laisseraient faire.

En effet, la restauration de la dignité du Congolais par l'amélioration sensible de ses conditions matérielles de vie, nécessaire pour stabiliser le Congo de l'intérieur, ne peut être à l'ordre du jour des puissances prédatrices, qui ont plutôt besoin de l'instabilité induite par la pauvreté grandissante des masses congolaises !

Aussi doit-on s'attendre à ce que ces puissances suscitent d’autres guerres, quand celle de l’Est cessera, si elle cesse jamais !

En effet, on ne voit pas bien pourquoi ces puissances, toujours gloutonnes, laisseraient le Congo tranquille, aussi longtemps qu'elles continueront à obéir à la logique de la jungle sauvage, qui autorise le plus fort à écraser le plus faible impunément et sans états d'âme.

C'est dire qu'en dehors de l'improbable promotion de l'humaine vie pour tous la survie du Congo, notre pays, est compromise.

Voilà comment pourrait être philosophiquement perçue la tragédie congolaise et dans quelle direction se trouve la solution.

Le lecteur doit avoir bien vu que je me suis attaché à faire comprendre que la guerre à l'Est n'est pas un fait isolable du destin du Congo, ni de celui du monde moderne.

Nous avons supposé connu le fait que l'Europe, créatrice du Congo, est aussi l'architecte du monde tel qu'il fonctionne aujourd'hui, avec ses valeurs sophistiques, anomiques et nihilistes à la Prolus, à la Thrasymaque et à la Prodicos[6]. C'est à ce titre que, se considérant comme le meilleur connaisseur de son mode d'emploi, elle se croit en droit d'expérimenter sur le Congo les nouvelles « valeurs modernes»[7].

On a sans doute aussi bien compris que l'Europe n'était prête ni à renoncer à la logique de sauvage vie, qui lui a tant rapporté, ni à écouter la voix de la conscience morale universelle, qu'elle a mise sous le boisseau, son développement s'étant fait par-delà le bien et le mal.

Pour terminer, il reste de savoir si la volonté européenne de puissance a ruiné irrémédiablement la conscience morale universelle au point qu'on doive désespérer de la paix à l'Est du Congo ?

Je répondrais que l'espoir reste intact. Car, comme nous l'avons déjà noté, c'est dans les puissances pointées aujourd'hui du doigt par les Congolais qu'a eu lieu, il y a 100 ans, le plus grand nombre de réactions d'opposition à l'exploitation esclavagiste de Léopold II au Congo et que c'est à un Anglais que nous devons le premier mouvement international de défense des Droits des Congolais ?

On pourrait, certes, dire que ce n'est là qu'une goutte d'eau dans l'océan du monde anomique moderne. Je soutiens au contraire que c'est beaucoup. Car l'univers de la morale a ceci de particulier que l'idéal peut être incarné par un seul homme et servir de phare à tous !

L'état de guerre au Congo peut donc être vaincu, parce que d'autres Morel, George Washington Williams, William Sheppard, Joseph Conrad et Adam Hochschild[8] peuvent surgir et réussir à décourager la poursuite de l'exploitation « esclavagiste » au Congo, sous quelle que forme et quel que prétexte que ce soit.

D'Amérique, d'Europe, d'Asie, d'Afrique peuvent s'élever, très nombreuses, des protestations vigoureuses pour faire échec au projet de partition du Congo, en faveur duquel les guerres sont financées et organisées à l'Est avec les complicités internes et externes que l'on sait.

Dans tous les pays du monde, y compris dans les plus fidèles adeptes du matérialisme moderne, existent des hommes et des femmes profondément acquis à ce que soutient la philosophia perennis (la sagesse), depuis les Maîtres Africains, hélas méconnus, de Pythagore, Solon, Socrate et Platon, à savoir, la primauté des valeurs spirituelles, source de paix, sur les valeurs matérielles, dont la promotion à tout prix est source de tant de conflits entre les hommes et de guerres entre les nations !

C'est dire que le peuple congolais n'est pas irrémédiablement condamné à l'asservissement. Une lueur d'espoir existe, qui ne demande qu'à être transformée en projecteur par nous, les intellectuels Congolais, afin qu'il éclaire puissamment le monde entier sur la tragédie congolaise et l'amène à y mettre fin.

Mais quand on observe chez ces derniers, y compris chez les philosophes, hommes libres par définition, le goût pour la servitude volontaire, en échange de quelques miches de pain de la part de l'ordre euro-occidental et, conséquemment, l'absence presque totale de souci de vie souveraine, pour nous-mêmes et pour notre pays, je dois reconnaître que problématique demeure la fin de la tragédie congolaise.

Notre peuple n'est pas dupe. Il voit bien que c'est notre égoïsme d'intellectuels complices de l'ordre euro-occidental dominateur et prédateur, qui est la cause principale de la persistance de la tragédie congolaise.

De fait, quand près de 50 ans[9] après l'Indépendance, nous persistons, à travers nos programmes d'études, depuis la Maternelle jusqu’à l'Université, à nous préoccuper de reproduire, sans correction significative, l'ordre euro-occidental, cette machine froide à fabriquer les inégalités, parce que guidée par la logique darwinienne du rejet des inaptes, pourquoi notre peuple nous jugerait-il plus favorablement ?

Comment peut-il nous pardonner notre appui inconditionnel à l'abandon sans appel et méprisant, par l'ordre euro-occidental, de l'ordre originel du savoir, celui des Maîtres Africains, favorable au bonheur pour tous, à travers son projet de connaissance-sagesse, pour le perfectionnement humain, l'harmonie des familles, la bonne gouvernance des Etats et la reconnaissance de la divinité, comme autorité régulatrice[10]?

Comment peut-il comprendre notre acceptation du discours sophistique de nos maîtres Blancs disant que l'Europe a conçu le meilleur des mondes possibles, avec ses cogitants et ses cogités, ses savants et ses ignorants, ses maîtres et ses esclaves, ses colonisateurs et ses colonisés, ses riches et ses pauvres, ses vainqueurs et ses vaincus ? Comment peut-il nous supporter, quand nous trouvons normal que les Européens soient d'office placés par nous du bon côté et les Africains du mauvais, faisant du coup des Européens d'office les penseurs et les concepteurs, des Africains, les consommateurs, des Européens les savants, des Africains, les ignorants, des Européens les maîtres, des Africains, les esclaves, des Européens les colonisateurs, des Africains, les colonisés, des Européens les riches, des Africains les pauvres, des Européens les vainqueurs, des Africains les vaincus !

Ainsi, c'est en victimes bien consentantes qu'en échange de quelques miches de pain nous avons renoncé à notre droit d'aînesse en sagesse humaine, opté pour l’amoralisme et le nihilisme sophistiques européens et condamné du coup notre propre peuple et nous-mêmes à une tragédie sans fin, notre incapacité à donner le moindre signe sérieux de vouloir nous en sortir étonnant même nos pires ennemis.

C'est pourquoi, si tel est le contexte dans lequel a vu le jour le projet des 5 chantiers branché sur un ordre autre que l'ordre euro-occidental, que nous représentons et défendons, en tant qu'intellectuels occidentalisés, nous devons prendre garde de ne pas le gêner uniquement par principe.

Car, sa réalisation est peut être la seule chance de salut qui reste à notre pays, puisque très improbable est la transformation, par nous en projecteur, de la lueur d'espoir que nous offrent les idéalistes occidentaux, à cause de notre honteux matérialisme à courte vue.

On peut comprendre donc qu'au-delà de toute autre considération, même plausible, on puisse appeler à son appui massif par le peuple congolais, qui a tout intérêt à résister à la servitude volontaire, dans laquelle nous l'avons plongé et qui ne lui a apporté que la misère[11] !

Par mon humble voix, la philosophie s'implique, s'insurge contre la tragédie congolaise et cherche à l'éradiquer, suivant sa modeste méthode, celle d'acculer chacun à sa liberté, laquelle est sans doute insuffisante, voire insignifiante, vu la gravité de la situation.

Néanmoins puisse la philosophie trouver dans notre pays, comme ailleurs, la place de choix qui lui revient, en tant que formatrice universelle de la conscience morale, garante de la liberté imprescriptible de la personne humaine.

Bien sollicitée, elle peut susciter chez le Congolais le souci oublié de vie souveraine personnelle et nationale, de même que le sens, non moins oublié, du travail productif et du partage citoyen !

Fait à Kinshasa, le 06 janvier 2009

                                                   PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE


PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

II

PERSPECTIVES ELECTORALES

QUELLE CHANCE ET QUEL DEFI ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

Juin 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les élections prochaines[12] font couler beaucoup d’encre et de salive et soulèvent de nombreux points d’interrogation. A maintes reprises, des collègues professeurs, des étudiants et autres intellectuels, qui ont connu et lu les 19 premiers numéros de mes Libres Opinions pour mémoire, ne cessent de me demander d’y consacrer un numéro. C’est en réponse à leurs sollicitations que j’interviens, sans être sûr de les satisfaire entièrement, le sujet étant très délicat.

D’entrée de jeu, il faut dire que les questions posées ne le sont pas seulement par les Congolais. Elles peuvent l’être aussi par l’Europe, ancienne puissance coloniale, et par le reste de la communauté internationale.

S’agissant de l’Europe et du reste de la communauté internationale, il y en a qui peuvent très bien vouloir mettre fin au statut de subordonnés ou de locataires imposé aux Congolais, lequel leur rappelle l’époque coloniale, dont ils ne veulent plus du tout entendre parler pour une raison ou une autre. Ils voudraient réellement voir les Congolais prendre en main leur destin et devenir des partenaires libres sur l’océan du monde. Les Congolais saisiront-ils cette chance, le veulent-ils? En ont-ils les moyens moraux et physiques ? Voilà les questions qu’ils  se posent anxieusement.

Quant au peuple congolais, qui n’en peut plus, il se demande si vraiment cette fois est la bonne, si enfin l’étau des puissances sur le Congo va être réellement desserré, si le Congolais, après tant d’espoirs déçus, va enfin pouvoir se choisir librement ses dirigeants et espérer enfin jouir en toute quiétude des richesses de son pays, à l’instar des citoyens des pays libres du monde parmi lesquels le Congo croyait figurer à partir du 30 juin 1960, date de son Indépendance. Toutes ces interrogations le plongent dans l’incertitude et le remplissent d’angoisse pour l’avenir.

Les Congolais savent que dans l’état actuel des choses, ce serait vraiment insensé de croire ou de laisser croire au desserrement prochain de l’étau des puissances sur le Congo. Ils n’ont, en effet, aucun moyen de les contraindre à lâcher prise. Ils n’ignorent pas, en effet, que pour les puissances le Congo est une affaire trop juteuse pour leur être laissée comme ça, d’autant plus que même les Belges, pourtant réputés bons gestionnaires, ont été mal jugés, si l’on en croit la déclaration du Dr J.L. Thomas[13].

Ils sont conscients qu’ils ont encore beaucoup à faire pour mériter le Congo et en devenir vraiment propriétaires, avec pouvoir de décision sur son destin. Leurs élites politiques n’ont pas toujours bonne presse à travers le monde. Régulièrement on s’interroge à leur sujet, non sans quelque irritation. Elles ne semblent pas toutes aimer le Congo et son peuple. Certaines se comportent plutôt en mercenaires. Quant à leurs élites intellectuelles, leur plus grand point d’honneur, à quelques exceptions près, parait consister non à penser le Congo pour le bonheur de son peuple, mais à reproduire respectueusement le modèle du maître blanc appris à l’Université. Avec soin les programmes d’études continuent d’imprimer et de renforcer la sainte dépendance par le psittacisme, auquel ils incitent, et le goût pour la servitude volontaire, qu’ils développent.

Voilà comment pourrait se poser le problème, côté congolais. Voyons comment s’y envisagent les solutions.

Les causes de notre incapacité à naviguer honorablement sur l’océan du monde pourraient être résumées dans ce que nous appellerions le grand déficit d’intériorisation de la souveraineté et surtout l’ignorance du monde moderne. La mentalité de la majorité semble être restée à l’âge de la pierre taillée. La foi excessive dans la sorcellerie et le penchant trop marqué, même des élites intellectuelles, pour l’occultisme constituent la preuve que notre société n’est pas encore moderne. La fonction fabulatrice de l’esprit y règne encore en maîtresse absolue, au détriment de la fonction rationnelle. Cela voile la vraie face du monde à notre peuple et l’empêche d’y évoluer avec l’aisance voulue.

Voilà pourquoi, avant de revenir à notre situation, nous nous attacherons au dévoilement pour notre peuple du visage du monde moderne.

  1. LE VISAGE DU MONDE MODERNE

Pour le peuple congolais dans sa grande majorité, le monde, qu’il connait aujourd’hui sous le nom de communauté internationale, est un don de Dieu. Pour lui, comme Dieu, ce monde fait pleuvoir ses bénédictions sur tous, les forts et les faibles, les riches et les pauvres. Il est justice, miséricorde et providence pour tous. C’est pour cela qu’il en attend tout, qu’il trouve normal qu’il intervienne dans le budget du Congo à un pourcentage élevé, qu’il lui organise les élections libres, démocratiques et transparentes, qu’il nourrisse ses populations démunies, qu’il procède à la construction des routes, des hôpitaux, des écoles, des universités, qu’il défende le pays, quand il est attaqué, et en chasse les ennemis.

Il devrait, au contraire, savoir que c’est un monde cruel, égoïste et cynique, fruit d’une volonté de puissance au service exclusif des intérêts de l’homme blanc, à travers l’Europe renaissante. Sous son vrai jour, l’Europe apparaît comme si elle était nostalgique de la puissance perdue de l’empire romain, avec son vae victis (malheur aux vaincus !). Elle ne porte pas Jésus-Christ dans son cœur, dont elle a refusé de faire mention dans sa Constitution, en dépit de ce que son Eglise a fait pour elle. Elle lui reproche d’avoir ruiné les fondements de l’empire en prêchant l’égalité de tous devant le salut de Dieu : « il n’y a plus ni Romains, ni Barbares, ni Grecs, ni Juifs, ni esclaves, ni hommes libres ».

Les inégalités criantes observées dans le monde sont en grande partie son œuvre. Pour exister et s’épanouir, l’Europe s’est offert le monde entier et en a fait sa propriété, assujettissant les peuples et pillant leurs richesses, sans aucun état d’âme. Pour se donner bonne conscience et paraître aux yeux de tous comme fréquentable, elle procède régulièrement à la proclamation des grands principes moraux d’égalité, de fraternité et de justice. Elle s’est faite même championne de la défense des Droits de l’Homme, alors que ses abondantes armes sèment partout la mort d’hommes, comme si c’étaient de vulgaires rats de champs. Elle parle partout d’éthique, d’éthique, d’éthique !

Dieu merci, l’évangile de Nietzsche de mars 1887, La Volonté de puissance[14], a, sans aucune équivoque, remis la pendule à l’heure en bannissant l’hypocrisie de la modernité. Le monde moderne est amoral, areligieux et antichrétien. Il doit être perçu comme tel. A bon entendeur salut !

Rappelons que les piliers, sur lesquels il est monté ont été plantés, à la Renaissance européenne, aux XVè-XVIè siècles, dans l’antiquité classique grecque, avec la volonté déterminée de se dégager définitivement et radicalement de la civilisation égyptienne, pourtant mère de toutes les civilisations occidentales[15] et dont l’inspiration était éthico-religieuse. Ce n’est donc pas par hasard s’il s’est davantage inspiré d’Aristote, le précepteur d’Alexandre le Grand, que de Platon, le bon élève des Maîtres Egyptiens, et des sophistes du Vè siècle, hommes sans foi ni loi, tels que Gorgias de Leontium, Protagoras d’Abdère, Prodicos de Céos, Prolus d’Agrigente, Trasymaque de Chalcédoine, plutôt que de Socrate, le vertueux injustement assassiné. Comme l’arbre de la connaissance, l’Europe a grandi par delà le bien et le mal et a produit des fruits innocents[16].

Pour la sauvegarde de ses intérêts et pour étendre son imperium sur le monde entier, l’Europe reste encore aujourd’hui prête à tout, y compris à réduire en esclavage tous les peuples non européens et piller leurs richesses. Mais elle soigne si bien la forme et sauve si bien les apparences, qu’elle passe aujourd’hui comme la meilleure servante du Droit de l’humanité !

Toujours pour des raisons d’intérêts économiques, elle a introduit le racisme, comme disqualification radicale d’êtres humains et proclamation solennelle de tous les droits de la race supérieure sur l’inférieure. Hélas, contrairement aux Jaunes, les Noirs ont intériorisé l’infériorité que l’homme Blanc leur a inculquée. Pour les mêmes raisons, l’Europe avait réintroduit la loi de la jungle sauvage dans les relations entre humains : « Il faut manger afin de n’être pas mangé».

Devenue trop forte, à la suite du pillage des ressources de la planète, qu’elle s’est permis, et de l’accumulation consécutive du capital, l’Europe impose sa loi sur le monde et n’entend pas lâcher prise, surtout là où la résistance est faible, comme c’est le cas du peuple congolais appauvri et affamé par le pillage éhonté de ses richesses naturelles et de ses ressources physiques et morales. Le monde moderne, on le voit, est loin d’être ce qu’il paraît être. Pour le connaître encore mieux, il serait intéressant de creuser toutes ses caractéristiques : notamment la séduction, le cynisme, le racisme et l’hypocrisie morale. Faute de place, qu’il nous soit permis de ne retenir que l’hypocrisie morale.

A ce sujet, nous aimerions montrer au peuple congolais comment l’utilitarisme moral européen a contourné y compris le prescrit du Décalogue de Moïse, sans l’écarter radicalement. Le peuple congolais sait que le Décalogue de Moïse, promulgué après la sortie des Hébreux de l’Egypte, centre éternel du monde civilisé, est un code moral universel. L’Europe n’a pas hésité à le corrompre en en donnant sa propre version, à travers ce qu’Arthur Hugh Clough (1819-1861) a appelé le Décalogue au goût du jour, que nous reproduisons ci-dessous.

En lisant cette version du Décalogue, les Congolais comprendront aisément qu’ils n’ont pas trop d’illusions à se faire, qu’on ne leur fera aucun cadeau, que même les gestes posés, dont le financement des élections, sont loin d’être innocents. Par exemple, si le Décalogue européen interdit le vol, il encourage la duperie ! S’il recommande de porter secours à des personnes ou à des peuples en détresse, comme c’est notre cas, il n’oblige jamais à résoudre radicalement le problème, à la chinoise, en apprenant à pêcher, mais seulement en fournissant du poisson. S’il interdit l’adultère, ce n’est pas parce que c’est moralement mauvais. C’est simplement parce que c’est rarement utile. L’Europe montre qu’elle ignore la réalité morale du bien et du mal. Elle n’en connaît que les concepts. Le métaphysicien sans métaphysique ou l’auteur de l’éthique à Nicomaque, est passé par là ! S’il interdit la convoitise des biens d’autrui, il encourage leur acquisition par la compétition, que l’Europe contrôle de bout en bout.

Pour permettre la comparaison, qu’il nous soit permis de commencer par reproduire le Décalogue de Moïse (Dt., 5, 6-21 ; Ex., 20, 2-17).

1°. DECALOGUE DE MOISE

« Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi ;

« Tu ne feras aucune image sculptée... ;

« Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ni ne les serviras... ;

« Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé, ton Dieu à faux... ;

« Observe le jour de sabbat pour le sanctifier... ;

« Honore ton père et ta mère... ;

« Tu ne tueras pas ;

« Tu ne commettras pas l’adultère ;

« Tu ne voleras pas ;

« Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain ;

« Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain... ».

 

2°.  DECALOGUE AU GOUT DU JOUR D’ARTHUR HUGH CLOUGH

 

1. « Tu n’auras qu’un seul Dieu ; qui pourrait se permettre de s’en payer deux ?

2. « Tu ne te prosterneras devant aucune image gravée, sauf devant les billets de banque ;

3. « Ne jure pas, car, pour ta malédiction, ton ennemi n’est pas le pire ;

4. « Aller à l’église le dimanche te servira à te garder l’amitié du monde ;

5. « Honore tes parents, c’est-à-dire tous ceux dont tu peux attendre de l’avancement ;

6. « Tu ne tueras pas ; mais tu n’as pas besoin de  t’efforcer obligeamment de maintenir en vie ;

7. « Ne commets pas d’adultère ; on en tire rarement avantage ;

8. « Tu ne voleras pas ; c’est un acte vain quand il est si lucratif de duper ;

9. « Ne porte pas de faux témoignage ; laisse le mensonge voler de ses propres ailes ;

10. « Tu ne convoiteras pas, mais la tradition approuve toute sorte de compétition »[17].

 

  1. LE VISAGE DE L’UNIVERS CONGOLAIS

Après avoir décrit le visage du monde, l’heure est venue de jauger nos forces. A ce sujet, nous voudrions nous référer à une déclaration d’historiens, qui nous a frappé, à savoir que ce ne sont pas les barbares, qui ont détruit l’empire romain. Ce dernier serait mort des maux internes. Nous en avons conclu, s’agissant de notre situation, que s’il y a une responsabilité extérieure aux maux, dont le peuple congolais souffre, il faut reconnaître qu’il en a aussi sa part. De ce point de vue, nous considérons comme plus important de nous intéresser à ce que nous sommes capables de faire qu’à ce que les autres pensent de nous et envisagent de faire pour nous ou contre nous.

Quel meilleur message faire au peuple congolais, si ce n’est celui de lui dire qu’il n’y a pas de fatalité à sa mauvaise situation ! Son sort peut être changé, s’il le veut et s’il se convainc qu’il doit le changer.

Certes, cela demande de l’héroïsme. Mais « ils sont toujours là les héros », comme dit le roman[18] ci-dessous. L’héroïne de ce roman montre comment chaque Congolais peut, à son exemple, être héros, s’il se décide de se réveiller et de se lever:

1. « Elle se réveilla... et se leva... ;

2. « Ce matin-là, elle n’en pouvait plus ; son esprit s’obscurcissait ;

3. « Sa volonté faiblissait ;

4. « Elle ne savait plus vouloir, comme si elle venait de comprendre ;

5. « Qu’a-t-elle compris qui l’empêchait de vouloir ?

6. « Elle a enfin compris que cela ne servait à rien ;

7. Tous les jeux étaient faits, disait-elle ;

8. « Dans ce monde, il faut naître du bon côté. Car les côtés ne changent pas ;

9. « C’est le destin ! Bon pour les uns et mauvais pour les autres ;

10. « Regardez les gens, qui ont tenté de changer le monde. L’ont-ils changé ?

11. « Cette question s’imposait de plus en plus à elle. Elle ne la quittait plus !

12. « Pourtant, elle sentait bien qu’elle ne pouvait pas se résoudre à laisser tomber les bras. Son sort à elle, le soir de ses siens n’était pas bon !

13. « Pourquoi, se demandait-elle enfin, ne pas vouloir changer ?»

 

Certes, les actions individuelles sont indispensables, mais elles ne suffisent pas à changer une société, à moins d’être coordonnées et orientées vers un but commun. Les sociologues disent, en effet, que les faits sociaux sont globaux. Il ne sert donc à rien de penser, en ce qui concerne la situation congolaise, que l’on peut obtenir un résultat valable en ne prenant en compte que quelques aspects, en négligeant d’autres ou en rejetant, par exemple, la responsabilité du succès ou de l’échec des élections, pour la réappropriation du Congo par le peuple congolais, sur une seule catégorie de personnes, les intellectuels ou les acteurs politiques actuels.

Quant à la question de savoir avec quelles armes les uns et les autres vont affronter ce monde et faire tirer au peuple congolais son épingle du jeu, la réponse est à chercher dans le chef de chaque Congolais. Qu’est-ce que chacun a fait depuis 1960 pour mériter aujourd’hui la fin, pour les Congolais, du statut de subordonnés ou de locataires maltraités? Mais, au fait, de quels maux souffrent précisément les Congolais ? Qu’est-ce qui les rend si vulnérables? Nous avons déjà eu à le noter plus haut. On pourrait en dresser une très longue liste, depuis le goût des Congolais pour la servitude volontaire, c’est-à-dire la peur de la liberté ou du leadership mondial, la trop grande place accordée à la fonction fabulatrice dans le mental des gens, jusqu’à l’efficacité diabolique de la colonisation et de la néo-colonisation. Ceci n’excluant pas cela, nous pourrions redire ce que nous avons déjà dit. Pour notre part, la cause principale de nos contre-performances en modernité et de notre statut de subordonné est le trop grand déficit d’intériorisation de la liberté humaine personnelle et corollairement de la souveraineté nationale. Tout cela n’est, en fait, que la conséquence de la très mauvaise santé morale des Congolais, laquelle apparaît dans ce que nous avons observé et exprimé sous forme romancée dans la version congolaise, très laxiste, du Décalogue au goût du jour, que voici :

1. « Tu n’auras pas d’autres dieux que toi-même, de peur de devoir obéir à quelque loi ;

2. « Tu te prosterneras devant les dollars à grosse tête, dont tu raffoles ; car tu n’es pas assez fort moralement pour résister à leur attrait ;

3. « Tu ne jureras pas ; car tu n’es pas capable de respecter le moindre engagement, que tu prends, ni la moindre promesse, que tu fais.

4. « Tu iras à la messe le dimanche et changeras d’Eglises comme tu voudras, pour faire comme tout le monde ; car tu ne crois en rien du tout ;

5. « N’honore pas tes parents ; car c’est démodé de respecter les vieux ;

6. « Tu ne tueras pas ; car, suivant notre culture, répandre le sang humain rend fou; mais tu n’es pas obligé (e) de tout tenter pour sauver une vie humaine ; ton niveau moral est trop bas pour cela ;

7. « Agité (e) comme tu es, tu n’as que faire de la paix intérieure que procurent la fidélité conjugale et la discipline sexuelle ;

8. « Tu ne voleras pas ; mais ce serait trop te demander d’être honnête partout et toujours ; car la correction morale à toute épreuve n’est pas ton point fort ;

9. « Tu ne porteras pas de faux témoignage, sauf quand tu peux en tirer profit ; ce serait trop bête de ne pas profiter des belles opportunités de la vie pour de simples scrupules moraux ;

10. « Tu convoiteras comme tu voudras les biens d’autrui ; car c’est ta seule façon de jouir des biens, que ton incorrigible fainéantisme t’interdit d’acquérir honorablement »[19].

 

Tel est l’état de santé morale de notre peuple, tel est aussi son moral, c’est-à-dire un moral au plancher avec des motivations égales à zéro. Avec un tel moral, avouons que même ses chances d’imposer les candidats bons locataires sort très minces, encore moins celles de relever honorablement le défi de la souveraineté imposé par les puissances.

Notre peuple reconnaît lui-même dans l’hymne national qu’il se trouve réuni par hasard pour ne pas dire qu’il a été réuni par la volonté des puissances européennes, au XIXè siècle.

Quand il chante qu’il est uni dans l’effort pour l’indépendance, il ne paraît formuler qu’un vœu pieux régulièrement démenti par les faits. Car, il n’a jamais été réellement uni ni hier, ni aujourd’hui pour l’Indépendance, pas plus hier qu’aujourd’hui, pas plus aujourd’hui qu’hier. L’article 3 du Décalogue imaginaire proposé semble, hélas, fonctionner à merveille. L’incapacité pour le peuple congolais de respecter et de réaliser la promesse faite le 30 juin 1960, devant ses ancêtres, le monde et l’histoire, est tout à fait patente. De fait, 45 ans après, cet article s’applique « Ne jure pas, car tu n’es pas capable de respecter le moindre engagement que tu prends, ni la moindre promesse que tu fais» !

A travers les prochaines élections puissions-nous empêcher que le « Debout, Congolais » ne se transforme pour de bon en un « à genoux, Congolais », parce que nous aurions été définitivement convaincus d’indignité et donc, d’incapacité de mériter le Congo, en qualité de propriétaires ! La partie est loin d’être gagnée, avouons-le. L’intérêt actuel de la communauté internationale est, certes, de bon augure. Certes, cela semble montrer que le peuple congolais est nominé pour présenter l’équipe des candidats-bons-locataires, mais cela ne garantit rien du tout.

En effet, comme nous l’avons déjà dit, pour les puissances, le Congo est plus une affaire qu’un pays où vivent des hommes et des femmes, qui ont des droits. Pendant que le peuple congolais s’accroche, sans aucun doute avec raison, à la date du 30 juin, comme date de sa délivrance, les puissances semblent être restées dans la logique de l’article premier de l’Acte de Berlin du 26 février 1885, qui stipule ce qui suit : « Toutes les nations jouissent d’une liberté complète dans le territoire constituant le bassin du Congo et de ses affluents»[20].

Par ailleurs, comme tout propriétaire est libre de choisir le locataire qu’il veut, rien n’est définitivement acquis, d’autant plus que notre comportement pendant les 45 ans d’Indépendance ne plaide pas en notre faveur. Nos ennemis ne se privent pas de le souligner à la face du monde.

A la lumière de toutes les données ci-dessus dégagées, nous pouvons, en ce qui nous concerne, répondre à la double question posée, « quelle chance et quel défi ? » comme suit : les chances pour le peuple congolais de présenter des candidats bons locataires sont, en dépit de tout, intactes. Quant aux chances de recouvrer ce que l’on pourrait appeler le plein droit de propriété, avec pouvoir de décision sur le destin du Congo et d’affectation de ses ressources, elles sont plutôt minces. Car, pas plus qu’avant l’Indépendance, le peuple congolais n’a pas reçu ou n’a pas pu se donner, ces 45 dernières années, les moyens d’une préparation morale et physique adéquate.

Aussi, pour éviter de cuisantes déceptions, qui risquent de replonger le Congo dans le chaos, est-il fortement recommandé au peuple de se mettre au travail dès maintenant, afin qu’il n’attende plus d’ailleurs un bonheur qu’il est seul à devoir créer. Car le monde justice, miséricorde, providence n’existe pas. Le seul monde qui existe c’est le monde travail, travail, travail !

Fait à Kinshasa, le 13.07.2005

PHOBA MVIKA J.

Professeur Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

III

LA RESPONSABILISATION PLANETAIRE DES DIRIGEANTS CONGOLAIS DE LA IIIème REPUBLIQUE

A L’OCCASION DE LA PROMULGATION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

Février 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dans le n° XX, ci-dessus, de nos Libres Opinions intitulé « Perspectives électorales : quelle chance, quel défi ?», l’accent était mis sur l’étau des puissances sur le Congo et, partant, sur les limites des élections, comme moyen de recouvrement de la souveraineté du peuple congolais sur le Congo.

Notre préoccupation était de pousser les Congolais à compter avant tout sur eux-mêmes et à ne pas tout attendre de la communauté internationale. Car celle-ci n’est pas une providence divine, loin s’en faut.

Les Congolais étaient ainsi invités à comprendre que l’aide à leur pays ne pouvait pas être un don gratuit, sans arrière-pensée ni contrepartie. Ce n’est pas dans les habitudes des « Grecs ». Les Troyens l’ont appris à leurs dépens !

Dans le présent numéro, nous osons faire l’hypothèse que l’aide accordée au Congo par la communauté internationale n’est pas une aide à la recolonisation, mais une invitation sincère faite aux Congolais à mériter de devenir des partenaires libres.

Qu’est-il demandé précisément aux Congolais ? Essentiellement une chose : l’acceptation des règles de jeu de la modernité euro-occidentale. Car l’entrée dans celle-ci constitue pour le Congo la seule chance de survie comme Etat souverain.

Pour les puissances, il est, en effet, inconcevable de laisser le destin d’un pays grand et riche en ressources diverses, comme le Congo, entre les mains d’un peuple distrait et insouciant, qui ne se gène pas de vivre en marge de la rationalité moderne.

En d’autres termes, notre hypothèse veut dire que l’aide de la communauté internationale au Congo est à considérer comme une aide à la responsabilisation planétaire des dirigeants issus des élections en perspective[21].

Définir le contenu de cette responsabilité est la raison d’être de ce XXIème numéro de nos Libres Opinions. Nous laissons donc sous silence le danger mortel que la modernité fait courir à l’humanité par son erreur d’aiguillage[22] notamment.

En outre, nous posons que l’appropriation de la modernité occidentale n’est pas impossible pour les Congolais. Il appartient naturellement aux futurs dirigeants de se l’approprier d’abord eux-mêmes et ensuite d’amener leurs populations à faire de même.

En effet, tout le monde peut y trouver son compte. La modernité euro- occidentale est un excellent investissement. Les moyens mis en œuvre n’étaient pas des espèces sonnantes et trébuchantes, mais des idées.

Ces idées, la rationalisation et la mondialisation, s’appuient sur trois conceptions de l’histoire : 1. la conception évolutionniste, 2. la dialectique et 3. L’ambiguë. Toutes sont marquées par la conception linéaire[23] du temps.

Ainsi, l’Occident ignore le défaitisme et la rigidité. Il cultive la souplesse et la capacité de reconsidérer sa position. Il s’interdit la raideur des a priori tenaces et des partis pris inconsidérés, qui peuvent se révéler néfastes.

Le pari que nous avons fait n’est donc pas complètement fou. L’Occident peut vouloir réellement collaborer avec les Congolais et desserrer l’étau. Car il sait qu’on ne collabore bien qu’avec un peuple libre.

En résumé, les trois conceptions de l’histoire qui sous-tendent le montage euro-occidental prônent un monde de progrès continu, où l’homme est déterminé à aller toujours de l’avant et à ne reculer devant aucun obstacle.

Le projet, on le voit, a été conçu sur la base d’une profession de foi formidable dans les capacités de l’intelligence humaine à assurer à l’homme le progrès technique, le développement humain et la prospérité matérielle.

Il visait la création de la prospérité continue censée libérer l’homme des caprices de la nature et des limites d’une culture close et obscurantiste liée à l’environnement pauvre et paysan des sociétés techniquement arriérées.

 

L’Occident peut être fier de son œuvre. Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, le monde actuel est profondément marqué par lui. La vie politique, notamment, a été soumise aux idéaux démocratiques et aux règles de la gestion administrative de l’Etat.

En économie, il a prôné l’emballement de la « machine démographique» pour assurer la croissance et la consommation à un niveau compatible. Grâce à l’expansion des moyens de communication, il resserre les liens de solidarité entre les hommes ».

Selon les mots lumineux de François Perroux, tout se passe dans ce monde comme si l’on se trouvait devant une gigantesque entreprise collective au service du plein développement de toutes les ressources physiques et humaines de la terre[24].

En enveloppant l’univers matériel de sa propre pensée, l’espèce humaine, écrit le Père Teilhard de Chardin, force le passage d’une évolution biologique inconsciente à une évolution spirituelle où l’humanité aspire à elle-même comme à un tout[25].

Tout se passe, continue le Père Teilhard de Chardin, comme si l’espèce humaine, en recouvrant la surface de la terre, venait buter en quelque sorte sur elle-même. C’est dans ce phénomène d’implosion que s’opère le passage au stade nouveau où l’humanité crée, par ses ressources intellectuelles, les conditions de survie l’éloignant des déterminismes naturels.

Comme on peut le remarquer, je projet euro-occidental substitue à l’idée d’un monde tout fait, celle d’un monde à construire : l’univers intellectualisé ou noosphérisé, où tout circule, tout communique, tout progresse en s’interpénétrant profondément.

Dans ce monde nouveau, cet univers intellectualisé et à intellectualiser indéfiniment, cette sorte de «noosphère» cosmique, l’humanité n’est plus isolée de l’univers matériel. Elle l’enveloppe et forme avec lui une totalité en expansion.

Voilà pourquoi le projet euro-occidental bannit toute méfiance irrationnelle, toute obsession de l’ennemi, toute préoccupation séparatiste ou protectionniste. Toute idéologie de conflit, comme toutes fractures et autres exclusions.

Ainsi, ce qui pourrait paraitre comme unmontage vil à préoccupations purement mercantiles et terre à terre acquiert une dimension spirituelle et éthique suffisant le rendant digne de considération par les grandes civilisations de la terre[26].

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre qu’un Deng Xiao Ping, par exemple, ait fait entrer la Chine de plain-pied dans la modernité occidentale. Les dirigeants africains peuvent pareillement y faire entrer leurs pays.

La civilisation égyptienne, en tant que mère de toutes les civilisations occidentales[27], est donc mère de la modernité occidentale. A ce titre, embrasser celle-ci ne constitue, pour les Africains, qu’un retour à leurs propres sources.

Il nous faut rassurer nos compatriotes. L’entrée de plain-pied dans la modernité euro-occidentale ne fera pas perdre leur âme aux Congolais. Bien au contraire, ce sera un retour à leurs sources ancestrales les mieux élaborées.

Certes, la méfiance reste tenace entre « Grecs » et « Barbares ». Henri Bergson[28] le constate et le déplore, en disant de Socrate, disciple des Maîtres égyptiens, que le « Grec », qu’il était, a maté l’ « Oriental », qu’il voulait être.

Les « Grecs », croyant avoir tout inventé, semblent incarner une attitude de si profond mépris des « Barbares » que leurs grands principes d’égalité et de fraternité humaine paraissent comme de la mascarade uniquement destinée à séduire.

A leur tour, les « Barbares », fondateurs de toutes les grandes civilisations, hésitent à entrer de plain-pied dans la modernité occidentale. Sans doute trouvent-ils la civilisation occidentale trop jeune[29] ! En tout cas la méfiance est là !

Près d’un mois après les événements du 11 septembre 2001, M. Renier Nijskens, alors Ambassadeur du Royaume de Belgique en RDC, a tenu, le 6 octobre 2001, une conférence à l’Université de Kinshasa, Faculté des Lettres, sur la mondialisation[30].

Sans prendre des gants, l’orateur a fait comprendre aux étudiants que leur pays, le Congo, avait tout intérêt à jouer franc jeu avec l’Occident. Car la modernité occidentale est son seul salut. D’ailleurs, il ne peut, ni y échapper, ni y résister vraiment.

Face à ce discours pourtant clair, l’auditoire est resté de marbre. Il s’est montré même très méfiant vis-à-vis de la mondialisation tout au long de la conférence et pendant le débat. Ce qui veut dire que l’appropriation de la modernité a besoin de bras.

Ces bras sont, à nos yeux, les dirigeants issus des élections financées par la communauté internationale. Ils auront à promouvoir la création d’une « noosphère congolaise» au diapason de la modernité, afin que le Congo cesse d’être un trou noir.

La tâche est certes, difficile, vu l’obscurantisme ambiant au Congo. Mais le Congo a-t-il d’autres choix ? En effet, ou le Congo se noosphérise en rationalisant profondément tous ses secteurs d’action, ou il restera pour de bon une nation marginalisée.

Il faut bien voir que l’arrimage à l’univers noosphérisé concerne en fait tous les dirigeants des anciennes colonies, Etats-Unis compris. A cet égard, les dirigeants des Etats-Unis ont administré aux autres anciennes colonies une leçon magistrale.

Non seulement ils ont réussi l’arrimage de leur pays, mais ils pilotent l’ensemble de l’univers noosphérisé. Les autres, craignant sans doute les lumières de la noosphère, s’enferment avec leurs peuples dans des cavernes obscures et insalubres.

Après quarante-six ans de pataugeage dans la boue et l’obscurité des cavernes, les dirigeants Congolais de demain pourraient s’inspirer de l’exemple américain, pour ambitionner de faire mieux que les pères de l’Indépendance.

Ils comprendront, croyons-nous, qu’ils doivent faire sortir les Congolais des cavernes au plus vite. Car un trop long séjour dans l’obscurité risque de les condamner à une cécité irréversible. On peut deviner les conséquences pour le Congo !

La petite histoire ci-dessous aidera peut-être mieux le lecteur à comprendre le fond du problème. Il s’agit, en un mot, de sortir les Congolais de la distraction et, conséquemment, de la marginalité, en les noosphérisant à un niveau satisfaisant.

Dans la petite histoire, le Congo est présenté comme un gros bus à l’arrêt, dans un monde, où tout roule, tout communique, au grand dam des voyageurs, qui voudraient bien monter et payer leur course, même au double, voire au triple.

« Il était une fois un homme au volant de son gros bus garé à un arrêt de grande affluence. Chantonnant, fumant, dansant, sirotant une bière, insouciant et fier, il descendait, il remontait. Il redescendait, ouvrait le capot pour vérifier le niveau de l‘huile, le niveau de l’acide dans la batterie, etc.

« Puis il refermait le capot et remontait dans son bus toujours arrêté, tandis que tout autour, tout bougeait, roulait, avançait...

« Il passait derrière, faisant semblant de nettoyer l’intérieur, d’ajuster les sièges des passagers, comme pour un départ imminent. La foule grossissait et se battait à chaque arrivée d’un véhicule. Certains passagers, les yeux rivés sur le gros bus, espéraient et attendaient qu’il démarrât...

« Il était 5 heures du matin, puis 6 heures, 7 heures, 8 heures, 9 heures, 10 heures, 11 heures, 12 heures, 13 heures, 14 heures, 15 heures, 16 heures; 17 heures, 18 heures, 19 heures, 20 heures, 21 heures, 22 heures, 23 heures. Le bus ne démarrait toujours pas.

« La peur de ne pas pouvoir partir, alors que présent et disponible était le moyen de transport, poussa la foule à s’enquérir auprès du propriétaire toujours insouciant s ‘il allait enfin partir et prendre les passagers prêts à payer son prix, même le double ou le triple.

« Avec candeur, il avoua qu’il ne savait pas conduire, que de toute façon il n’y avait ni huile dans le moteur, ni carburant dans le réservoir. Des passagers lui proposèrent alors de payer l’huile et le carburant. Ils lui trouvèrent en outre un bon chauffeur.

« De peur de perdre le contrôle de son véhicule, il refusa d’accepter de bonne grâce ces sages propositions. Il se cabra.

« Alors, passant outre les états d‘âme du propriétaire, la foule impatiente envahit le véhicule, poussa dehors le propriétaire, qui cria aussitôt au scandale.

« Le véhicule démarra et partit, sans le propriétaire éploré et pleurnichant : ‘si j’avais mis non véhicule en marche, si j’avais appris à le conduire moi-même ou si j’avais pris un chauffeur à mon compte, bref si j’avais pris de moi-même l’initiative de rouler, je n’aurais sans doute jamais perdu le contrôle de mon véhicule.

 

 

« En refusant et en croyant pouvoir me soustraire à la circulation, alors que mon véhicule était fait pour circuler, je suis allé au devant des problèmes. A bout de patience, la foule s’est sentie en droit de faire rouler le bus contre mon gré. Me voilà déplumé »[31].

Comme on l’aura compris, cette petite histoire montre clairement que la noosphérisation ou la rationalisation profonde de la gestion du Congo n’est pas seulement nécessaire pour les Congolais, mais aussi pour la communauté internationale.

Si les dirigeants Congolais ne s’en occupent pas, la communauté internationale s’en chargera. Elle sera alors définitivement consumée la marginalisation des Congolais, parce qu’ils seront devenus irrécupérables et déclarés nuisibles au progrès humain !

Tel est, en conclusion, le contenu du message non seulement de cette petite histoire, mais aussi et surtout de la communauté internationale, à travers l’aide au Congo. Il s’adresse aux dirigeants de demain. A eux de bien le saisir et de le traduire en actes.

L’échec de l’arrimage est donc interdit. Mais, comme c’est dans les pays pauvres qu’on exploite le moins les richesses quasi inépuisables du cerveau humain[32], l’échec est, hélas, toujours à l’ordre du possible, pour le malheur des Congolais.

Puisse le proverbe chinois suivant guider les dirigeants de demain : « Si tu veux une prospérité d’un an, cultive du riz. Si tu veux une prospérité de dix ans, plante des arbres. Si tu veux une prospérité de cent ans, investis dans l’homme »[33].

Fait à Kinshasa, le 18 février 2006

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



LIBRES OPINIONS POUR MEMOIRE

SOUS LA DIRECTION DE

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

IV

QUELLE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES POUR UNE NOOSPHERISATION REUSSIE DE LA RDC ?

 

A L’OCCASION DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES ET LEGISLATIVES (30.7.2006)

 

 

Par

 

 

PROF. SUNGI MAWANDA [34]

 

Dr en Philosophie et Lettres (Groupe philologie germanique, UCL 1989)

Master en promotion du développement (planification économique, RUCA 1982).

 

 

 

 

FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

Juillet 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Conquérir le pouvoir, c’est bien. Mais savoir le gérer, c’est mieux. Telle est la leçon que nous donne l’histoire d’Hannibal (247-183), vainqueur de Rome « Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas gérer ta victoire», disait Caton l’ancien (234-149)[35].

 

Avec la fin des conflits et donc la restauration de la paix et de l’unité nationale ainsi que la mise en place des institutions, qui sortiront des élections[36] à tous les niveaux, tous les espoirs sont permis.

Les Congolais vont enfin pouvoir exceller dans tous les domaines de la vie nationale et ce, dans la légalité et le respect d’autrui. Grand apparaît ainsi le rôle des pouvoirs publics comme organisateurs de la Renaissance de la RDC.

L’épreuve de vérité pour les vainqueurs des élections sera donc de réussir la noosphérisation du Congo, c’est-à-dire sa rationalisation ou sa modernisation à la lumière du projet de société par excellence qu’est la Constitution[37].

Voilà pourquoi les Libres Opinions, soucieuses d’apporter leur modeste contribution à la bonne marche de la nation congolaise, se proposent-elles de rappeler aux futurs dirigeants élus quelques principes de gestion des ressources humaines[38].

La gestion des ressources humaines, qui nous intéresse ici, est celle qui se fait non pas au niveau de l’entreprise[39], mais bien au niveau national, même si entre les deux existe la passerelle qu’est le cadre législatif et réglementaire.

Cette précision étant apportée, que devront faire les nouvelles autorités dès leur installation officielle ? Elles devront se résoudre à gérer les ressources humaines en commençant par accomplir les trois missions essentielles suivantes :

1. Assurer la sécurité[40] du pays, des biens, des systèmes[41] et des personnes pour garantir les activités économiques. Cela revient à former une armée et une police réellement nationales et opérationnelles.

2. Exiger et contrôler l’application de la législation et de la réglementation en rapport avec les ressources humaines dans tous les secteurs. Cela revient à faire jouer pleinement à l’administration publique son rôle[42].

3. Elaborer et exécuter la loi financière ou, plus exactement, un budget réellement national et crédible, qui transcende l’aide au développement[43] et accroît les dépenses du secteur social[44] et l’investissement[45].

Les entreprises[46] seront ainsi amenées à bien appliquer la législation sociale en veillant particulièrement au respect des lois et règlements concernant les points sensibles que sont la sécurité, l’emploi et les rémunérations.

En définitive, les futurs pouvoirs publics géreront les ressources humaines dans tous les domaines de manière classique, à savoir légiférer, réglementer, suivre, contrôler et sanctionner.

Quoique indispensable au début, une telle gestion des ressources humaines montrera vite ses limites, parce qu’elle s’opère au jour le jour. Elle risque d’être rattrapée par des besoins réels, qui n’auraient pas été prévus.

Les nouvelles autorités devront donc passer d’une gestion à vue à une gestion stratégique des ressources humaines[47], non pas pour les problèmes résiduels de la gestion administrative, mais bien pour l’intégrer et faire plus.

Comment ? Le nouveau Président de la République devra identifier les vrais problèmes et leurs véritables causes, définir une politique, arrêter des stratégies et mener des actions. Il devra procéder de la manière suivante :

1. S’entourer d’une élite compétente, loyale, active et discrète au sein d’un conseil national de sécurité[48], pour recueillir des données, analyser, synthétiser, concevoir des propositions, suivre et évaluer en permanence.

2. Savoir se décider[49], lorsque se présente une alternative ou plus de deux possibilités avant que la proposition faite par le conseil national de sécurité ne soit soumise au gouvernement et au parlement[50].

3. Impliquer les pouvoirs publics dans la gestion des ressources humaines pour légiférer, réglementer, suivre, contrôler et sanctionner. On se référera, pour cela, aux trois missions indiquées ci-dessus[51].

4. Informer et communiquer sur les droits et devoirs des uns et des autres pour mettre les entreprises et la population active en confiance en utilisant le plus possible les médias de proximité.

Le CNS aidera le Président à gérer les ressources humaines de manière stratégique, en mettant la barre très haut[52] pour espérer créer les conditions susceptibles de relancer la RDC et de la laisser rouler régulièrement.

Le développement étant la finalité d’une telle gestion, le Conseil National de Sécurité se trouvera dans un domaine, qui a son propre schéma de résolution des problèmes de développement[53]. C’est à travers lui que s’opérera la noosphérisation.

Ce schéma se présente comme suit : identifier les problèmes et les expliquer (théorie), chercher des solutions (politique), indiquer les voies et moyens pour appliquer les solutions (stratégies), et les appliquer (actions)[54].

  1. IDENTIFIER ET EXPLIQUER LES PROBLEMES

De quelle que manière qu2on retourne la question, le problème-clef reste le sous-développement des ressources humaines, qui ne sont pas valorisées par manque d’ambition pour un grand Congo au service de l’humanité[55].

L’absence de valorisation des ressources humaines se remarque principalement dans les bas niveaux des secteurs suivants : santé, éducation, famille, emploi, rémunérations, sécurité sociale et infrastructures de base[56].

Tous ces problèmes de développement sont la conséquence, aux plans social, culturel, économique, institutionnel et environnemental, de la pauvreté[57], dont la caractéristique principale est la faim, qu’elle soit réelle ou cachée[58].

Le tableau général paraît, en effet, très sombre. Les indicateurs de base[59] et le vécu quotidien montrent que le développement des ressources humaines en RDC ne répond plus aux normes internationalement admises[60].

La question est de savoir comment mobiliser ou motiver de la manière la plus efficace les ressources humaines pour en tirer les meilleurs rendements possibles[61], alors qu’elles sont rongées par la faim depuis 1973[62].

 

B. DEFINIR UNE POLITIQUE

Laquelle? La politique de développement des ressources humaines consiste en une démarche à triple objectif : assurer le bien-être, le rendement ou la productivité et le renouvèlement des ressources humaines.

Le triple objectif dépend de la croissance économique, de la politique de développement, de 1a formation de l’investissement ou de l’équipement[63], du degré de motivation de la population active et de la politique salariale[64].

Pour réussir, la gestion des ressources humaines s’appuie sur des moyens humains, techniques et financiers avec, pour mécanismes de régulation, des principes, comme seul un monde noosphérisé peut le permettre.

C.ARRETER DES STRATEGIES

Lesquelles ? Les stratégies tiennent d’abord à trois principes de bonne gouvernance : le principe de normalité, le principe d’optimalité et le principe de solidarité[65], il y a ensuite sept principes que j’induis de la situation de la RDC :

1. Le principe de complémentarité, 2. Le principe de péréquation, 3. Le principe d’attribution, 4. Le principe de subsidiarité, 5. Le principe de proportionnalité, 6. Le principe de substitution et 7. Le principe d’appropriation[66].

Interviennent aussi, comme facteurs de la dynamique sociale, les principes de continuité, d’alternance, d’employabilité, de rétribution, de protection, d’équité ainsi que de suivi, contrôle et sanction.

La mise en œuvre d’aussi délicates mais décisives stratégies exige que les intelligences soient mobilisées dans tous les secteurs en vertu du principe du meilleur (ou d’excellence) pour faire face aux écueils dus à la médiocrité[67].

Elles doivent se soucier de l’intérêt général[68], qui commande de placer l’homme au centre de toutes les préoccupations[69], annoncer la volonté politique de sortir de la pauvreté et donc du sous-développement, et exercer le pouvoir[70].

  1.  MENER DES ACTIONS

Il s’agit de fondre en lois et règlements les propositions retenues pour augmenter, réduire, stabiliser, compléter, actualiser, uniformiser, diversifier, standardiser, supprimer, mobiliser, allouer, remplacer, orienter, innover et créer.

Telle est notre modeste contribution au succès de nos gouvernants de demain.

Fait à Kinshasa, le 30 juillet 2006.

Professeur SUNGI MAWANDA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

                   

 

V

COMMENT SORTIR DE LA TRAGEDIE CONGOLAISE ?

REFLEXION A L’AVANT-VEILLE DU 50ème ANNIVERSAIRE DE L’INDEPENDANCE CONGOLAISE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

26 Juin 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Il est évident, pour tous, que notre pays connaît et sans doute continuera longtemps à connaître une situation difficile, avec moins de 0.20 $ par personne et par jour pour près de 80% de sa population, d’après le rapport de notre Ministère du Plan en 2004[71]. Ce qui le place, au rapport mondial pour le développement humain du PNUD (2005), au 167ème rang sur 177 pays listés[72].

Les causes de cet état malheureux des choses, qui nous rend peu fiers devant nos amis étrangers, sont multiples et diverses sont les voies de sortie.

Mais, à nos yeux, quelles qu’elles soient, nous aurons du mal à nous en sortir :

1. si nous n’abandonnons pas la mentalité affairiste et mercenaire héritée du souverain belge, Léopold II. De l’avis de tous les spécialistes, Léopold II, qualifié de Mammon et Satan en une seule personne par son cousin, l’empereur Guillaume II, considérait le Congo, sa propriété, plus comme une affaire qu’une nation à faire aimer, servir et défendre par ses citoyens contre le pillage éhonté de ses ressources ;

2. si nous ignorons le vrai visage du monde et ses écueils. La considération mythique, que les Congolais traînent, depuis leur première rencontre avec les Blancs au XVe s., selon laquelle les Blancs seraient leurs ancêtres revenus d’outre tombe avec des pouvoirs spéciaux pour les aider, n’est pas de nature à leur permettre d’avoir une perception correcte du monde, tel qu’il fonctionne. Consciemment ou inconsciemment ils attendent tout des Blancs, leurs prétendus ancêtres revenants. Ils abdiquent ainsi de leurs responsabilités.

 

Dans le « numéro XX de mes Libres Opinions pour Mémoire, ou la réflexion n° II du présent recueil, je dénonce, d’une part, cette mauvaise perception et la démission des Congolais et, d’autre part, je propose les corrections nécessaires, dans les numéros XXI et XXV, ou les réflexions III et IV du présent recueil ;

 

3. si nous n’acceptons pas de nous noosphériser, conformément au statut particulier de l’homme dans la nature. J’ai dénoncé la non noosphérisation du Congo. Dans les IIIème et IVème réflexions du présent recueil, nous avons expliqué comment le Congo pourrait se noosphériser pour se mettre à la hauteur des responsabilités planétaires liées à ses immenses ressources humaines et naturelles ;

 

4. si nos dirigeants et nous-mêmes nous n’accordons pas une place de choix aux priorités éducatives. M’inspirant des proverbes chinois ci-après, j’ai consacré à ce sujet le n° 18 de mes Archives philosophiques : 1. « Ne me donne pas du poisson... ; mais apprends-moi à pêcher »; 2. si tu veux une prospérité d’un an, plante du riz; situ veux une prospérité de dix ans, plante des arbres; mais si tu veux une prospérité de cent ans, investis dons l’homme » ;

 

5. si nous ne considérons pas la souveraineté nationale et la liberté personnelle comme des valeurs suprêmes, voire des nécessités vitales. Sans souveraineté, un Etat n’est-il pas l’ombre de lui-même ? Et sans liberté, la vie humaine vaut-elle la peine d’être vécue ? J’explique, dans le premier numéro de mes Archives philosophiques, la nécessité du souci de vie souveraine[73].

S’agissant de la coopération et des actions sporadiques des Européens de bonne volonté au Congo ou ailleurs, en Afrique, pour soulager la misère des plus démunis, je pense qu’elles méritent d’être encouragées. Elles Sont d’autant plus à encourager qu’elles paraissent s’inspirer de la charte de l’Europe des consciences, dont le contenu permet d’espérer de vaincre un jour la violence, qui semble collée à la relation entre l’Europe et le reste du monde, spécialement à celle entre l’Europe et l’Afrique. C’est tout à l’honneur de l’Europe et de l’humanité toute entière.

Toutefois, nous ne devons pas nous faire trop d’illusions. Il est, en effet, difficile d’imaginer qu’un jour la coopération et les actions des ONG atteindront l’ampleur qu’appelle la situation très profondément dégradée de nos pays, laquelle pourrait être comparée à celle d’un comateux, pour qui l’administration des calmants n’est certainement pas la meilleure thérapie !

Certes, aucun Africain raisonnable ne s’attend à ce que les dirigeants Européens se substituent aux dirigeants Africains. Mais il paraît raisonnable de s’attendre à ce que l’Europe, du reste pilleuse de l’Afrique depuis l’époque romaine, comprenne le besoin d’aide massive à l’Afrique pour s’en sortir, comme elle-même a eu besoin, pour s’en sortir, de l’aide massive américaine au lendemain de la 2ème guerre mondiale, une aide accordée sans conditions humiliantes.

Qu’on ne nous dise pas que nous ignorons notre part de responsabilité dans ce qui nous arrive. Les textes retenus témoignent de la perception claire que nous avons de nos défaillances. Mais qui ignore ce que la médecine moderne nous apprend, à savoir que le très mauvais état d’un malade exige un traitement choc à administrer, sans que des gages de bon comportement après le recouvrement de la santé ne soient exigés au préalable du malade ?

On a beau faire semblant, quelque chose d’essentiel a été brisé chez l’Africain. Réelle et traumatisante est la violence que les intérêts européens ont fait subir et continuent de faire subir à l’Afrique, depuis celle des blessures mortelles infligées aux sociétés africaines avec l’appauvrissement induit de leurs populations, jusqu’à celle toujours actuelle et omniprésente des attitudes, des réflexions et des paroles inspirées par le racisme idéologique à la Gumplowicz[74].

Le comble est qu’il y a des gens de tout bord, Européens et non Européens, qui dénient tout simplement cette violence, pourtant si évidente, un peu comme les  dénégateurs des chambres à gaz nazies. Parmi ceux qui ne la dénient pas, les uns la tiennent pour un menu détail bien négligeable de l’histoire humaine, qui en a vu d’autres, les autres la jugent nécessaire au salut de l’Afrique, en manque de civilisation européenne et de développement moderne.

Notre seul espoir vient de ce qu’il y a des Européens et d’autres hommes de bonne volonté dans le monde pour qui le lourd préjudice moral et physique subi par l’Afrique de la part de l’Europe mérite et exige réparation.

A leurs yeux, il faudrait, pour permettre à l’Afrique de s’en sortir, rien moins qu’une générosité européenne de même ordre que celle de l’Amérique en faveur de l’Europe d’après guerre !

Mais, hélas, quelle maigre consolation ! Car très improbable est une telle générosité de la part de l’Europe. Depuis des années, ne traîne-t-elle pas le pied pour honorer les 0.7 % de son PIB pour l’aide au développement ?

 

Il faut donc bien comprendre que l‘ordre mis en place par l’Europe est une machine à fabriquer les inégalités. Il n’a donc pas vocation à soulager les misères du monde, mais à les créer !

 

Fait à Kinshasa, le 26.06.2009

 

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ODINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

VI

 

LA SORTIE DE LA TRAGEDIE CONGOLAISE

RAISON D’ESPERER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

Février 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Fin juin-début juillet 2009, j’ai partagé avec un ami européen ce que je croyais être les raisons d’être de ce qu’il appelait, avec commisération, la déconfiture de l’Afrique et spécialement de la RDC, en comparaison avec l’ascension spectaculaire de l’Asie, spécialement de la Chine, d’où il revenait. Apparemment il était sincère. Il me paraissait, néanmoins, n’avoir jamais entendu parler, ni de Taureau, le philosophe américain en liberté, du milieu du XIXème, qui avait mis, avec brio, ses compatriotes en garde contre la ruée sur les superfluités, à cause de leurs conséquences désastreuses sur eux-mêmes et sur les autres, ni du jeune britannique de Liverpool, Edmund Dene Morel, qui a tenu en haleine, depuis 1898 et ce, pendant près de 30 ans, le monde occidental, en lui dévoilant la nature esclavagiste de l’action de Léopold II au Congo, contrairement à ce qu’il faisait croire. Cela m’a quelque peu étonné. A tort, sans doute, j’avais compris de mes Maîtres Blancs, que tous les Européens avaient une connaissance géniale infuse et qu’en l’occurrence mon Ami ne pouvait pas ignorer le pourquoi du comment actuel de l’Afrique et de l’Homme Noir.

Pour lui rafraichir la mémoire, je lui ai remis cinq de mes réflexions sur le sujet dans les n° 1, 10 et 18 de mes  Archives philosophiques et les n° XX et XXI de mes Libres Opinions pour mémoire[75]. Pour lui permettre d’y trouver un lien, je les ai introduites par le numéro XXIX des Libres Opinions avec, comme titre, « Comment sortir de la tragédie congolaise ? »[76]. Le tout a été accompagné par la double correspondance des 29 juin et 2 juillet 2009, que je me permets de reproduire ci-dessous.

Je dois ajouter que l’Ami, qui soutient quelques œuvres caritatives dans la capitale et ailleurs, m’a toujours donné l’impression d’avoir besoin de mon appréciation de ses œuvres.

Voici la première correspondance du 29 juin 2009 :

« Cher M., merci pour les photos. Elles sont bien réussies !

Comme suite à notre entretien du 20 juin chez moi, au Plateau des Professeurs de l’Université de Kinshasa, sur le Congo et l’Afrique, j’ai déposé, pour vous, le 26 juin 2009, auprès du collègue Y., quelques-unes de mes réflexions sur le sujet.

Je suppose que vous les avez reçues. Vous me pardonnerez,  volontiers, je crois, les coquilles et autres fautes non corrigées dans les exemplaires envoyés. Et mille excuses pour le désagrément éventuel.

Certaines de mes réflexions, je dois vous le dire, pourraient heurter certaines personnes, surtout celles qui sont restées attachées aux préjugés du Moyen Age européen sur l’Afrique.

Comme vous le savez, au nom de ces préjugés de continent sauvage habité par des populations en manque de civilisation européenne, les pillages les plus éhontés y ont été opérés, les pires atrocités commises et une exploitation de l’homme par l’homme inouïe organisée. Et ce n’est pas fini !

Le résultat est ce qui s’étale sous vos yeux et que vous déplorez. Si vous les lisez attentivement, vous remarquerez que l’Afrique, spécialement le Congo, ressemble aujourd’hui à un homme mortellement atteint, qui a déjà perdu beaucoup de sang, qui continue à en perdre et à qui sont refusés les secours appropriés, en l’occurrence, une transfusion sérieuse, mais dont, pourtant, ceux qui ont tiré dessus ne veulent pas avoir la mort sur la conscience ! C’est ce qui justifie les quelques CC qu’on lui consent de temps en temps et ça et là, juste pour le maintenir en vie, jamais pour le sauver vraiment. Car ceux qui ont tiré dessus n’ont nullement besoin qu’il vive, de peur qu’il ne prospère et ne les gêne dans leur glorieuse besogne prédatrice.

Vous ne devriez donc pas vous étonner de rencontrer ça et là en Afrique et chez nous, en RDC, des fantômes de vivants, des ombres d’hommes et de femmes, c’est-à-dire des hommes et des femmes, qui affichent davantage un air d’êtres vaincus ou de chiens battus que d’êtres fiers d’eux-mêmes, confiants dans l’avenir radieux de leurs pays et déterminés à le faire advenir.

Je vous souhaite, néanmoins, bon courage dans vos actions. Elles sont sûrement bénéfiques pour ceux à qui vous les destinez. Mais, je me permets de penser que l’on ne peut rien construire de durable avec des êtres, qui ont perdu leur fierté d’êtres humains et dont l’avenir leur aura été confisqué.

Bien amicalement vôtre et bonne fin de séjour en RDC. 

Justin, (29 juin 2009).

Voici la deuxième correspondance du 2 juillet 2009 :

 

Cher M.,

C’est la deuxième fois que je vous écris. Je regrette que le collègue Y. ne vous ait pas fait parvenir mon premier courrier.

Ce n’est pas bien grave, puisque j’ai l’occasion de vous redire mes vifs remerciements pour m’avoir honoré de votre visite à la maison, dès votre arrivée en RDC, et pour les belles photos. Elles sont si belles.

Venons-en aux réflexions que je vous ai fait parvenir, comme suite à notre entretien sur la tragédie et la déconfiture des pays africains, contrairement au bond en avant des pays asiatiques, comme la Chine, d’où vous revenez.

Je dois vous prévenir qu’il y en a qui pourraient heurter certaines sensibilités occidentales, puisqu’elles mettent ouvertement l’Europe en cause. Je le crains d’autant plus que le virage à droite est de plus en plus manifeste en Europe. L’esprit d’ouverture, de vérité et de quête d’un autre ordre du monde, plus humain et plus juste, jadis rattaché à la Gauche européenne, semble avoir disparu du ciel européen.

Quand le FMI est dirigé par un socialiste, que peut-on attendre encore de qui? Vous-même et votre action n’êtes-vous pas devenus une espèce en voie d’extinction?

Je vous encourage, néanmoins, à la poursuivre pour l’honneur de votre pays, la France éternelle, qui m’a tant donné, et pour celui de l’humanité sans frontières, à laquelle nous aspirons.

Bien amicalement vôtre.

Justin (2 juillet 2009).

S’agissant de l’appréciation de ses actions en RDC, sur lesquelles mon ami voulait un avis de ma part, on a remarqué que j’ai reconnu dans les deux correspondances qu’elles méritaient d’être encouragées.

La raison de mon attitude d’alors est qu’elles constituaient, à mes yeux, l’expression de l’espoir porté par la Charte de l’Europe des consciences, de 2001, espoir de voir disparaitre, au IIIème millénaire, la violence, qui semble collée à la relation de pillage entre l’Europe et le reste du monde, spécialement celle entre l’Europe et le Congo, depuis les conquêtes coloniales africaines.

En gros, je voulais croire à la fin possible de la tragédie congolaise, c’est-à-dire au desserrement de l’étau de l’Europe sur le Congo, impliqué par la Charte de l’Europe des consciences et, conséquemment, au renouveau congolais impliqué par l’avènement, en 2006, du premier pouvoir légitime issu des urnes, après les 32 ans de dictature.

Hélas, la crise financière de novembre 2008, qui a renforcé le pouvoir des banques, c’est-à-dire du capital, a ruiné toutes mes espérances et balayé toutes mes illusions. La Charte de l’Europe des consciences n’est, en fait, qu’un chiffon.

Rien n’a donc changé dans le fond. En ce qui concerne notre pays, l’Europe du 21ème s. ne sera pas différente de celles de la traite, de la colonisation et de la néo-colonisation. Elle reste en vigueur l’équation du Général Belge Janssens : « après l’Indépendance = avant l’Indépendance ». 

Il faut même s’attendre au resserrement plus méchant de l’étau sur le Congo de la part de l’Europe en crise. Le Congolais sera davantage saigné. Car moins bien va le Congolais, moins capable il sera de résistance porteuse de libération.

Nous ne sortons donc pas de l’épreuve. Bien au contraire nous y cheminons plus profondément.

L’heure des choix difficiles longtemps différés sonne pour notre pays.

Globalement et symboliquement, il ne s’agit plus, pour nos gouvernants, de se préoccuper seulement de donner du poisson aux Congolais. Ils doivent leur apprendre à le pêcher, pour réduire les importations et économiser les devises.

C’est dire que ce qui est prioritaire aujourd’hui, c’est la parfaite intelligence de la situation. Elle, seule, permet l’affectation judicieuse des maigres ressources de la nation aux postes réellement productifs dans la durée, à savoir l’éducation et 1a formation des Congolais.

Les Chinois, admirés aujourd’hui dans le monde entier, pour leur productivité, ont investi dans l’éducation et dans la formation des Chinois, de façon significative.

En 1949,  apprenons-nous, 80 % de la population chinoise était illettrée, tandis qu’en 1992, 97.9 % des enfants en âge scolaire fréquentaient l’école[77].

Ne disent-ils pas qu’on peut se contenter de planter du riz si l’on veut une prospérité d’un an, des arbres si l’on veut une prospérité de 10 ans ? Par contre, si l’on veut une prospérité de 100 ans, il faut investir dans l’homme !

Ce proverbe nous enseigne l’obligation qui incombe à nos dirigeants d’une gestion méticuleuse du peu de moyens, dont nous disposons, pour dégager le soutien indispensable à la formation des intelligences et à l’éducation aux valeurs citoyennes.

A cet égard, la gestion de la grève actuelle des Professeurs, qu’on peut déplorer par ailleurs, constituera pour le Gouvernement un test intéressant. Elle permettra à l’observateur attentif de la politique congolaise de savoir si le premier pouvoir légitime, après la dictature, prend ou non ses distances par rapport aux réflexes hostiles de cette dernière vis-à-vis de l’université.

Aucun observateur sérieux n’a oublié, en effet, le sort de l’université, sous la dictature. Pour elle, l’université ne pouvait être que le bastion d’un pouvoir malfaisant et les Professeurs, gardiens des valeurs de l’université, des ennemis à mettre hors d’état de nuire en les appauvrissant, avec des salaires de misère.

A travers notre Gouvernement, c’est l’ensemble du peuple congolais qui est ainsi à la croisée des chemins. Du choix qu’il fera dépendra, à la longue, la sortie ou non de la tragédie congolaise. Nos dirigeants peuvent faire le bon choix.

C’est là la raison majeure d’espérer la sortie de l’étau.

Reconnaissons, toutefois, que la tâche libératrice de nos dirigeants ne sera pas facile. Car, ils ont à faire face, d’une part, aux puissances, qui ne désarment pas, avec leurs Nègres de service, qui sont partout, et, d’autre part, au goût induit des populations pour la servitude volontaire, sous la pression permanente des besoins matériels immédiats. Leur demander d’accepter de penser et d’investir dans la durée, quand ils vivent ou survivent au jour le jour, c’est tout simplement leur demander l’impossible et leur enseigner l’incompréhensible.

Upton Sinclair disait: «Il est difficile de faire comprendre une chose a quelqu’un, quand son salaire repose d’abord sur la nécessité qu’il ne la comprenne pas »[78].

Ainsi devons-nous nous rendre compte qu’elle reste problématique la détermination de l’ensemble du peuple congolais à sortir de l’esclavage et à lutter résolument pour le desserrement de l’étau des puissances étrangères.

Le peuple congolais est épuisé. Il est à bout de force. Son union chantée dans la lutte pour l’indépendance a du mal à se traduire dans les actes.

Il revient donc au pouvoir de la IIIème République, issu des urnes, de prendre son courage à deux mains pour faire le seul choix nécessaire aujourd’hui, à savoir investir le peu de ressource disponible dans l’éducation et la formation du Congolais. C’est la seule voie sûre pour mettre fin au calvaire congolais. Aurait-on tort d’espérer que ce choix sera fait ?

Fait à Kinshasa, le 25.02.2010

 

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

                       VII

 

 

LA DESAFFECTION POUR LES SCIENCES DITES INUTILES

OU

LE PIEGE MORTEL DE LA TROPICALISATION DE L’UNIVERSITE CONGOLAISE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

Mai 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le sentiment d’aller tout droit au mur, quoi que l’on fasse, est de plus en plus répandu et partagé par tous les intellectuels éveillés, comme celui d’impuissance à empêcher le désastre, tant le piège tendu à notre pays est diaboliquement génial.

De même qu’il a fallu à Champollion le Jeune du génie et beaucoup de sueur pour décrypter les hiéroglyphes égyptiennes, en 1822, de même il nous en faudra pour dénouer l’écheveau congolais et libérer le Congolais du goût induit pour la servitude volontaire, laquelle est, de tous les effets pervers de la colonisation, la pire et la plus nuisible des choses qui nous soient arrivées. Car, quand la fierté et le ressort moral sont brisés, il n’y a plus rien à faire. On est une proie facile à la merci de tous les prédateurs. Et Dieu sait s’il y en a en modernité occidentale !

Après l’assassinat de Lumumba, salué par l’Occident comme un acte héroïque de libération de l’espace, toutes les velléités de le récupérer, pour le compte des Congolais  en priorité, connaîtront une riposte, dont la nature est insoupçonnée, les leçons des vagues faites par la disparition tragique de Lumumba ayant été soigneusement apprises. Désormais, on ne tuera plus trop ouvertement. On tuera à petit feu, proprement et sans faire de vagues. Aussi peut-on dire que la mort tragique de Laurent Désiré Kabila est une exception qui confirme la règle.

Dans le même ordre d’idées, les prédateurs n’agiront plus à découvert, ni au grand jour. Ils useront plutôt de duperie, parce que c’est plus lucratif,[79] suivant le huitième commandement du Dica1ogue au goût du jour d’Arthur Hugh Clough (1819-186l).

Je me rappelle très bien les terribles réflexions de deux Ambassadeurs accrédités dans notre pays, à propos de l’Authenticité mobutienne, lancée à Dakar, au Sénégal, en 1971, devant l’Union progressiste sénégalaise.

L’Ambassadeur d’Allemagne ne comprenait rien au sens positif de l'Authenticité mobutienne. Il se demandait ce qu’un pays qui aspirait au développement économique moderne gagnerait à faire l’apologie de l’arriération.

J’avoue que sur le champ je réagis mal à cette réflexion, surtout au jugement sévère qu’elle portait sur l’Authenticité. Je l’aperçus, en effet, comme une expression légitime du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de se développer selon leur génie, à condition naturellement qu’il soit réellement mis à contribution. Ce qui, malheureusement, ne fut pas le cas avec l’Authenticité mobutienne.

Les observations que nous fîmes à ce sujet, lors des rencontres de la N’sele, convoquées par Mobutu, ont été jugées contre révolutionnaires par le dictateur.

C’est la réflexion de l’Ambassadeur du Japon, qui me donna la clé de l’énigme. L’Ambassadeur Japonais se demandait lui, avec quelle voiture notre pays roulerait sur l’autoroute du monde, quand on sait que les Français y roulent avec des R 25, les Italiens avec des Alfa Roméo et les Allemand avec des BMW.

Je compris que, pour eux, le développement était : 1. une chose à prendre ou à laisser, 2. une plate-forme sur laquelle seuls les meilleurs se hissent, 3. un espace aux règles strictes à respecter et â faire respecter sans états d’âme.

Ainsi, si l’Authenticité veut dire que chacun a le droit de rouler avec ses moyens propres et à son rythme, alors elle ne veut rien dire en développement. Car, par exemple : 1. Ni les piétons, ni les chariots, ni les vélos, ni les chevaux n’ont de place sur une autoroute et 2. Sur une autoroute, faire l’escargot sur la bande rapide, c’est non seulement inqualifiable, mais dangereux !

Voilà pourquoi on peut comprendre le désarroi de nos partenaires face à l’Authenticité mobutienne, dont le sérieux dans ses conséquences pratiques était d’ailleurs sujet à caution.

Demander aux partenaires internationaux de considérer les Congolais comme ils sont et non comme eux voudraient qu’ils soient, à savoir des partenaires du développement économique moderne, c’est vider leur mission de ce qu’elle a de plus noble, à savoir le partage mutuel des expériences.

En effet, à voir les choses de leur point de vue, l’Authenticité mobutienne constituait une véritable cessation de la coopération au développement. Si l’Allemand était venu avec l’intention de partager les lumières d’un Kant ou d’un Hegel, qui ont donné à l’Allemagne un crédit intellectuel considérable dans le monde, il verrait sa mission vidée de sens par l’Authenticité.

II en est de même pour le Japonais, qui envisagerait  de partager les secrets du succès technologique de l’Empire du Soleil Levant et pour le Français désireux de partager les fruits du Discours de la méthode de René Descartes, le fondateur de la pensée moderne.

Notre position est ainsi très difficile. Nous n’avons pas d’autre voie que celle de la pensée, de la bonne pensée. Car c’est quand on pense bien que l’on vit bien.

Or nous sommes comme perdus. Nous ne savons plus où nous en sommes. Les cadres de notre esprit ont eu tendance à se rétrécir. Sous la pression de la misère induite, nous pensons de plus en plus clos, de plus en plus  immédiat, de plus en plus concret et de plus en plus pratique. Nous avons baissé tellement la garde, qu’il n’y a plus de garde du tout et nous nous sommes fait avoir.

Notre désaffection grandissante pour ce qui est abstrait, théorique ou pour tout ce qui ne fournirait pas directement des valeurs matérielles, n’est pas de nature à préparer un avenir radieux pour le Congo. Au contraire, elle signe notre arrêt de mort en modernité. Les défis du 21ème siècle sont tels qu’ils exigent, pour être relevés, une plus grande souplesse de l’esprit, pour un plus grand raffinement de la connaissance.

Au Secondaire, la désaffection touche les études générales, dites Humanités classiques[80]. Disons, en passant, que cela ne veut pas dire que nous consacrons la dépendance africaine vis-à-vis du classicisme européen. L’Afrique a son âge classique, l’antiquité pharaonique, l’une des plus grandes et des plus anciennes civilisations de la terre.

Le Congo a aussi son âge classique, les XVème et XVIème siècles, dans le Royaume Kongo, l’un des mieux organisés de l’histoire de notre pays, et qui a été en contact avec l’Europe, à l’époque du jet des fondations de la modernité, qui s’est imposée au monde entier, avec le tour du monde de Vasco de Gama (1469-1524).

A l’université, la désaffection touche les sciences fondamentales, les mathématiques, l’histoire, les lettres, la sociologie, l’anthropologie et la philosophie. La perte de leur cote auprès des parents et des élèves apparaît clairement, lors des inscriptions.

Depuis quelques années, c’est en vain que des universitaires sérieux, historiens, philosophes, sociologues, physiciens, mathématiciens et anthropologues s’interrogent anxieusement devant la désaffection observée et encouragée par les pouvoirs publics.

Des Départements entiers se dépeuplent, alors qu’on convient que ce dépeuplement est préjudiciable au développement harmonieux du Congo et à l’enracinement de la démocratie dans notre pays.

Certaines Facultés, comme la Faculté des Lettres et des Sciences humanes de l’Université de Kinshasa, auraient depuis longtemps fermé leurs portes, si elles n’avaient pas ouvert en leur sein des Départements des sciences immédiatement utiles !

Si l’on y regarde bien, ce qui est en jeu chez nous, c’est l’existence même de l’Université, en tant que centre de participation à ta recherche mondiale, à la création et à la promotion de la culture scientifique et humaine la plus haute.

Elle est ancienne[81] la question, qui ressurgit ainsi, de savoir si l’homme Noir a les aptitudes voulues pour participer avec fruit à un tel programme.

On se rend ainsi bien compte que c’est à contre-courant que l’Université congolaise est advenue. Pour les tenants de l’infériorité de la race noire et spécialement des indigènes Congolais, ce qui s’est passé avec l’Authenticité mobutienne ne devait pas étonner. Chasser le naturel, il revient au galop, dit-on !

Toutefois, on ne peut pas dire que pendant les premières années, l’intérêt de l’étudiant Congolais pour la pensée abstraite et théorique, qui constitue la marque de la pensée universitaire, qu’elle soit logique, métaphysique ou scientifique, n’ait pas été vif. Aucune pensée, si abstraite fût-elle, ne le rebuta. L’universitaire Congolais d’alors était si fier d’être universitaire qu’il ne se posait pas la question de la quête ou de la sauvegarde d’une quelconque authenticité.

Instinctivement, il voulait jouer le jeu de l’Université moderne à la Humbolt[82], qui est une épreuve pour tous, avec son enneigement diversifié de littérature, d’histoire, de mathématiques et de sciences, même si elle mérite aujourd’hui d’être réformée, pour répondre aux nouveaux défis lancés à l’humanité globalisée[83].

La désaffection observée aujourd’hui chez l’étudiant Congolais pour la pensée abstraite et théorique conforte la thèse raciste, selon laquelle le Noir aurait une mentalité prélogique, indifférente aux grands principes dont dépend le fonctionnement de la pensée logique et scientifique, les principes d’identité et de non contradiction dune part, le principe de causalité d’autre part.

C’est un coup dur pour tous ceux, Blancs et Noirs, qui ont réagi violemment à la déclaration péremptoire, en 1963, de Franz Crahay, premier titulaire du cours de Logique formelle de l’université Lovanium, qui disait que les Africains étaient incapables de décollage conceptuel.

Cette désaffection n’est rien moins que la traduction de la tropicalisation mentale de l’université congolaise.

Sa conséquence pour un Congo pauvre et affaibli c’est le renforcement de notre marginalisation scientifique et de notre exposition au regard de pitié de la part de la communauté scientifique mondiale. Nous n’aurons droit qu’à de la commisération sympathique de la part de nos meilleurs amis.

Ce qui pouvait apparaître aux yeux de tous comme une légitime revendication du droit à la différence s’est refermé sur nous comme un piège mortel.

Dans une réflexion antérieure[84], nous avons dénoncé l’utilitarisme étroit et sans envergure du Congolais. C’est lui qui est à l’origine de la descente aux enfers de notre pays depuis l’Indépendance.

Il est, en fait, la résultante d’une lecture étroite de l’esprit affairiste de Léopold II, dont le sens aigu des affaires et la grande ambition pour le Congo ont fait de celui-ci, objet de grande convoitise, une entité géographique à grand crédit international.

Voilà pourquoi nous avons dit, dans une autre réflexion[85], que mériter le Congo de Léopold II était sans aucun doute l’un des défis les plus difficiles que les Congolais aient à relever.

Pendant plus d’une génération, de 1965 à 1997, sous la mouvance du mobutisme, nous avons cultivé l’engouement pour tout ce qui mène directement à des résultats pratiques et immédiats. La doctrine politique mobutienne, en tant que perçue par certains comme une démarche de libération d’un peuple opprimé, ne manqua pas de séduire l’intelligentsia congolaise et tiers-mondiste.

Mais, dès 1968, le dictateur, n’accordant de valeur qu’à ce qui fournit des valeurs matérielles immédiates, se montra incapable de reconnaître la valeur irremplaçable des hautes théories scientifiques et des hautes spéculations philosophiques. II ne voyait pas non plus l’importance de la physique, des mathématiques, de la chimie et de la biologie

Même la Faculté des Sciences économiques eut sa part d’invective pour inutilité pratique. Les économistes furent traités d’économistes de chambre, parce qu’ils s’opposèrent à des mesures antiéconomiques, comme la zaïrianisation.

Il faut noter qu’à la réforme de 197l, la Faculté des Lettres, l’ancienne Faculté de Philosophie et Lettres de l’université Lovanium, fut, comme par hasard, parmi les Facultés sommées de quitter la capitale. Comme par hasard aussi, son départ de la capitale s’accompagna de la disparition de la Logique formelle des programmes d’enseignement universitaire, parce que jugée purement formelle et sans intérêt pratique immédiat.

Ce n’est que six ans après, en 1977, lors de la 7ème session ordinaire du Conseil d’Administration de l’ex-Université nationale du Zaïre, que la Logique fut réintroduite dans l’ensemble de l’enseignement supérieur. A cet effet, il a fallu au Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire d’alors, le Professeur Mbulamoko, d’heureuse mémoire, une mine d’ingéniosité pour réussir son coup. Son esprit souple d’homme de Lettres lui fit trouver la formule pour faire avaler la pilule au dictateur. Le nouveau cours de Logique formelle s’intitulait désormais : « Logique, expression écrite et orale »!

C’est à tort, nous dit l’un des plus grands savants du XXème siècle, Albert Einstein, qu’ « aux époques de misère, on ne tient compte habituellement que des besoins immédiats, qu’on ne paie que les productions qui fournissent directement les valeurs matérielles ».

Car, « ...la science, sous peine de s’étioler, ne doit pas viser de buts pratiques ; les connaissances et les méthodes qu’elle crée ne servent, pour la plupart, qu’indirectement à des buts de cette nature, et souvent seulement pour les générations à venir; si on laisse la science sans ressources, on manquera plus tard de ces travailleurs intellectuels qui, grâce à leur manière de voir et à leur esprit indépendant, sont en mesure d’ouvrir de nouvelles voies à l’économie ou de s’adapter à de nouvelles situations »[86].

Dans toutes les anciennes grandes civilisations de la terre[87], « la Connaissance, tout uniment savoir et sagesse, théorie et pratique, science et religion, était une véritable institution et le souci ou l’amour de cette Connaissance constituait la marque des élites, lesquelles jouissaient, de ce fait, d’un prestige social considérable dans la civilisation égyptienne, dont l’Europe a hérité[88], ne retenant que l’essentiel, à savoir l’importance absolue de la Connaissance... Le souci de la Connaissance la plus haute et la plus diversifiée : mathématiques, physique, chimie, médecine, métaphysique, astronomie, magie, était au centre des préoccupations de l’Etat et les scribes, qui l’incarnaient, jouissaient d’un prestige extraordinaire.

C’est ce souci ou l’amour de ladite Connaissance que Pythagore appellera philosophie »[89].

La civilisation égyptienne, notre antiquité classique, ne serait pas un pic de la civilisation humaine si le savoir le plus élevé n’était pas au centre d’intérêt pendant si longtemps, 30 siècles, avec ses hauts et ses bas. C’est lui qui a produit les œuvres et les monuments qui défient le temps.

 

L’exemple à suivre est là. Ce n’est pas la vallée du Nil, mais sa transformation par les sciences et les techniques. Elle est là, la voie à suivre. Elle ne vient ni d’Asie, ni d’Europe, mais de notre propre mère Afrique, de notre histoire. Ce ne sont pas les immenses ressources naturelles, mais leur transformation par les sciences et les techniques congolaises, qui feront du Congo un pays prospère et respecté.

Puissions-nous nous départir de l’idée que l’attention exclusive à ce qui fournit directement les valeurs matérielles est la voie la plus sûre du développement.

Si nous voulons garantir l’avenir, nous dit Albert Einstein, nous devons accepter l’idée que « la science ne doit pas viser de buts pratiques: les connaissances et les méthodes qu’elle crée ne servent, pour la plupart, qu’indirectement à des buts de cette nature, et souvent, seulement pour les générations à venir ».

Combattre la désaffection pour la pensée scientifique, théorique et abstraite, qui se généra1ise, à cause de la misère g1opante, devient ainsi une exigence citoyenne. Car c’est elle qui constitue notre assurance-vie.

Un pays, dont l’armée ne serait composée que de forces terrestres, sans couverture aérienne, peut s’illusionner. Mais il ne peut espérer gagner aucune guerre. Toute velléité de défense ou d’attaque sera démantelée et étouffée dans l’œuf par l’ennemi qui dispose de forces aériennes performantes.

Aimer la science sous toutes ses formes, des plus abstraites aux plus concrètes, des plus utiles aux plus inutiles, voilà le meilleur investissement pour l’avenir de notre cher et grand Congo.

Déroger à cet amour, propager la désaffection pour les « sciences inutiles », c’est enfermer le Congo dans un piège mortel.

 

Fait à Kinshasa, le 2 mai 2010

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 


      PHOBA MVIKA J.

Dr ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

VIII

 

LE SOMMET DE LUANDA

OU  LE BONHEUR PROGRAMME DU PEUPLE CONGOLAIS

POUR 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIVERSITE DE KINSHASA

Octobre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de nos disputes, il importe de bien voir que, grâce à l’entérinement, par le Sommet de Luanda du 24 au 26 octobre 2016, de l’Accord politique issu du dialogue politique de Kinshasa, la RDC a remporté une victoire diplomatique incontestable, mais inespérée, vu l’image dégradée, que nous envoyons au monde.  

Précieux ou contestable, bon ou mauvais, cet Accord, fruit de la sollicitude de la communauté internationale, fait éviter à la classe politique congolaise et à son peuple de perdre complètement la face. La communauté internationale pouvait se lasser de nos disputes et de nos déboires consécutifs.

En entérinant l’Accord, le Sommet de Luanda aide donc la classe politique congolaise à tirer les leçons de son incapacité légendaire de réaliser son programme inscrit dans l’hymne national : « bâtir un Congo toujours plus beau dans la paix ».

En effet, après 56 ans d’Indépendance, la paix est restée une denrée rare au Congo. Ce qui veut dire que nos maigres ressources ont été fortement sollicitées pour tenter de recouvrer cette insaisissable paix si nécessaire au bonheur du peuple congolais éreinté.

Ainsi, aux yeux de la communauté internationale, que nous accusons, parfois avec raison, de tirer les ficelles dans l’ombre, le peuple congolais et sa classe politique sont incapables de relever le double défi de la paix et du développement du Congo attendu par tous, à cause de ses immenses richesses naturelles et humaines.

Elle constate que la paix et la concorde nécessaires pour la réalisation de cet ambitieux programme, aux effets bénéfiques pour toute l’Afrique, ont eu peu de place dans l’histoire de ce pays, maintenu dans l’œil d’un cyclone prêt à tout dévaster, à la moindre occasion.

Craignant que la persistance de la crise politique actuelle autour du respect du délai constitutionnel pour l’élection présidentielle ne donne ce prétexte, le Sommet de Luanda a choisi de calmer le jeu sans autre forme de procès.

Voilà, parmi d’autres, sans doute, l’une des raisons d’être, à nos yeux, de  la position du Sommet de Luanda.

La population a, certes, raison de le suspecter d’avaliser le glissement. Mais, qui sait si la position du Sommet de Luanda ne sauve pas le peuple congolais d’un malheur plus grand ?

Voilà pourquoi, face à la position du Sommet, il ne devrait y avoir ni vainqueurs, ni vaincus, mais seulement un peuple en danger et secouru.

En toute modestie, notre classe politique, consciente des difficultés rencontrées depuis l’Indépendance pour faire le bonheur de son peuple, parce qu’on ne la laisse pas tranquille, devrait plutôt savoir gré au Sommet pour sa position au lieu de le bouder.

Rappelons que c’est parce que le peuple congolais et sa classe politique sont mal en point que le Sommet a pris cette décision, pour sauver les meubles.

Cela dit, à partir de là, il serait plus sage de ne plus chercher midi à quatorze heures. Le monde nous a observés pendant cinq ans. Nous n’avons pas été capables d’organiser les élections dans le délai constitutionnel, sans risque de violences. Par empathie, nos partenaires en ont pris acte.

Les deux ans, qu’ils nous ont concédés, à titre tout à fait exceptionnel, sont là pour nous donner l’occasion de montre à la face du monde que les Congolais, peuple et classe politique confondus, peuvent se surpasser, dans l’intérêt supérieur de leur pays.

Cela veut dire que, dès aujourd’hui, une invitation pressante est faite aux formations et regroupements politiques pour qu’ils fassent de la préparation des primaires électorales leur activité principale.

Le temps est venu de donner toute l’importance à la reconstruction du crédit moral nécessaire à la réalisation de l’ambition planétaire de la RDC. C’est en fonction de cette ambition que les formations politiques devraient être invitées à choisir leurs candidats aux charges publiques.

En fait, la classe politique congolaise n’est pas habituée à la pratique des primaires électorales. Mais c’est elle-même qui s’est invitée aux standards internationaux, en n’ayant pas su résoudre ses problèmes à l’interne.

On ne doit donc pas se sentir offusqué si l’on attend de nous des performances de même ordre que celles des meilleures démocraties du monde. Nous devrions, d’ailleurs, être fiers de mériter une telle attente de la part de ceux, qui sont habitués à  nous regarder de haut.

Il faut bien voir que le Sommet vient de nous propulser sur une autre planète, celle de la normalité internationale. Il nous booste, en nous demandant de tourner la page de nos erreurs passées, pour préparer un avenir délivré de la nécessité de nous tirer dessus, pour défendre nos Droits.

Ainsi, au lieu de mal prendre la position du Sommet, considérons-la comme une programmation du bonheur du peuple congolais.

Nous sommes invités à ne pas rater cette chance de privilégier enfin l’intérêt de notre peuple resté frustré depuis l’Indépendance, parce que pauvre dans un pays riche.

Ses disputes ne sauraient dédouaner la classe politique congolaise de son obligation constitutionnelle de faire le bonheur du peuple congolais, son souverain primaire.

Kinshasa, le 28 octobre 2016.

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

Au-delà des mérites personnels des personnalités impliquées, on doit dire que globalement le succès espéré dans la gestion de l’affaire Congo n’a pas été au rendez-vous. Chaque partie prenante a quelque chose à se reprocher, qu’il lui revient de corriger : la communauté internationale, créatrice du Congo, le peuple congolais bénéficiaire, la classe politique gestionnaire et, enfin, la Belgique, puissance coloniale. 

De toute façon, personne ne peut nier que la situation est restée en l’état plus d’un siècle après la première dénonciation, en 1898, par Edmund Dene Morel, de l’exploitation des richesses du Congo sans bénéfice pour le peuple congolais.

Il est heureux que la menace pour la paix du ressenti de cet état injuste des choses est perçue par les parties prenantes sus-évoquées. Chacun y va de sa solution.

Quant à la balkanisation du Congo, imaginée par certains, comme solution à la tragédie congolaise, elle ne peut en être une, dans l’état actuel des choses. Les Congolais y verraient une injustice de plus à leur endroit.

Les Congolais tiennent mordicus à l’intégrité de leur territoire et tiendront pour  traitres tous les politiques qui la braderaient, pour quelle que raison que ce soit. N’est-il pas temps de respecter la volonté de ce peuple, qui n’a que trop souffert.

Dans la défense de l’intégrité de leur territoire, les Congolais devraient pouvoir compter sur la Belgique, héritière et premier bénéficiaire de l’œuvre de Léopold II.

Cela veut dire en clair qu’honorer la mémoire de Léopold II, en son ambition pour la grandeur du Congo, cesse d’être le devoir des seuls Congolais, mais aussi de toute la communauté internationale, à travers l’ancienne puissance coloniale.

La bonne réponse à la tragédie congolaise, pensent les Libres Opinions pour mémoire, c’est l’édification d’une maison congolaise commune, où il fasse bon vivre pour tous les Congolais, sans exclusive.

Nous n’ignorons pas que c’est peu probable. Il eût fallu préalablement que l’Europe, créatrice de la modernité, surmontât l’amoralisme induit par la révolution commerciale, en marge du rêve de sa Renaissance humaine, en édifiant une maison humaine commune, où il fasse bon vivre pour tous, sans exclusive.

On pouvait, en effet, espérer que la Renaissance européenne constituerait, pour l’humanité, le passage, pour de bon, d’un monde pauvre et fermé à un monde riche, ouvert et sans frontières. Hélas, on est loin du compte.

La démence humaine, jouxtant la sagesse, le retour de la barbarie sans complexe est toujours une menace à prendre au sérieux.

Mais l’espoir du sursaut moral de l’Europe, en ce 21ème s., doit rester intact pour l’avenir de l’humanité.

Barjavel a noté que l’humanité a, enfin, acquis la possibilité de s’élancer, pour  l’éternité du temps, vers l’infini de l’espace, pour y répandre la vie délivrée de la nécessité de l’assassinat, même si la menace est réelle, pour elle, de périr de sa propre main, de son propre génie, de sa propre stupidité.

Cela veut dire que s’il est tout à fait possible de mettre fin à la tragédie congolaise, en fournissant à chaque Congolais un niveau de vie à la hauteur des richesses du pays, et de faire advenir une démocratie conforme aux standards internationaux, le pire n’est pas à exclure.

La mise en œuvre des possibilités positives et celle en échec des menaces incombent  à toutes les parties prenantes. Au niveau national, l’appel au dialogue du Chef de l’Etat s’inscrivait  dans la bonne direction, parce qu’on allait tout droit au mur, vu les nuages sombres, qui s’amoncelaient sur les têtes des Congolais.

Le soutien par la communauté internationale de l’Accord issu du dialogue et les initiatives, qu’elle multiplie, sont de bon augure, pour garantir, à tout prix, la paix au Congo et dans la sous-région africaine des Grands Lacs.

Ce soutien et les initiatives de la communauté internationale ne visent qu’une seule chose : éviter le pire au peuple congolais, déjà mal en point, à cause d’une pauvreté ressentie comme une injustice de plus en plus insupportable.

Kinshasa, le 14 novembre 2016.

PHOBA MVIKA J.

PROFESSEUR ORDINAIRE



[1] Dans les années 1880, alors que l'Europe se lance dans la colonisation de l'Afrique, le roi Léopold II de Belgique s'empare, à titre personnel, des immenses territoires traversés par le fleuve Congo, afin de faire main basse sur ses prodigieuses richesses. Réduite en esclavage, la population subit travail forcé, tortures et mutilations, au point qu'on estime à 10 millions le nombre d'Africains, qui périrent. Tandis que Léopold II continue de cultiver sa réputation d'humaniste, des voix commencent à dénoncer ce crime de masse, donnant naissance au premier mouvement international de défense des Droits de l'homme du XXe s. HOCHSCHILD Adam, Les fantômes du Roi Léopold IL Un holocauste oublié, Traduit de l'américain par Marie-Claude ELSEN et Frank STRASCHITZ, Paris, Belfond, 1998, couverture.

[2] Rarement on aura vu un être humain -passionné, éloquent, doué d'un sens de l'organisation brillant et d'une énergie presque surhumaine- parvenir ainsi quasiment à lui seul à maintenir une cause sous les feux de l'actualité pendant plus de dix ans. Quelques années seulement après sa prise de conscience sur les docks d'Anvers, il réussit à rencontrer le Président Théodore Roosevelt à la Maison Blanche, pour tenter à tout prix de le convaincre qu'il est de la responsabilité des Etats-Unis d'intervenir au Congo. Il envoie des délégations • au Foreing Office britannique. De Booker T. Washington à l'archevêque de Cantorbéry en passant par Anatole France, il mobilise et fait adhérer nombre de personnalités à sa cause. A travers les Etats-Unis se tiennent plus de deux cents manifestations d'opposition à l'esclavage au Congo. En Angleterre, leur nombre est beaucoup plus élevé -presque trois cents par an au plus fort de la croisade- et elles attirèrent jusqu'à cinq mille personnes à la fois. Le Times de Londres reçoit une lettre de protestation à propos de la situation au Congo signée par onze pairs, dix-neuf évêques, soixante-seize membres du Parlement, les présidents de sept chambres de commerce, treize rédacteurs en chef de journaux importants et tous les lords-maires du pays. Jusqu'à l'autre bout du monde, en Australie, sont prononcés des discours dénonçant les horreurs perpétrées dans le Congo du roi Léopold. En Italie, elles incitent deux hommes à se battre en duel. Le Secrétaire d'Etat au Foreign Office, sir Edward Grey, qui n'est pas homme à grossir les faits, déclare : 'Depuis au moins trente ans, aucun problème de politique extérieure n'a remué le pays avec une telle force et une telle véhémence ». O.c., p. 10-13.

[3] Il s'agit entre autres de George Washington Williams, un journaliste et historien Noir Américain, qui fut le premier à interroger les Africains sur leur expérience de la domination blanche, de William Sheppard, un autre Noir Américain, à qui l'on doit le récit d'une scène dont il fut témoin dans la forêt tropicale congolaise et qui allait s'imprimer dans la conscience universelle comme le symbole de la brutalité coloniale, de Joseph Conrad, ce jeune capitaine de marine britannique, auteur de : Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness) : An Authoritative Text,  Background and Sources, Criticism, sous la direction de Robert Kimbrough), escomptant trouver l'Afrique exotique de ses rêves d'enfant et qui, à la place, découvrit ce qu'il fallait qualifier de          « plus infâme ruée sur un butin ayant jamais défiguré l'histoire de la conscience humaine », O.c., p. 12.

[4] Hochschild note qu'aucune voix africaine de l'époque ne s'est fait entendre. 11 n'y a pratiquement que le silence. Ibid., p. 13.

[5] Le sous-titre du livre d'Adam Hochschild cité plus haut.

[6] Les deux premiers sophistes grecs du Ve s. avant J.-C, niaient la différence intrinsèque entre le bien et le mal. Le 3ème considérait la vie comme le plus funeste don fait à l'homme et que le retour au néant était la délivrance la plus désirable !

[7] Piller, tuer, violer, voler, amasser au-delà du nécessaire sont du nouvel ordre des valeurs. Les commanditaires ne comprennent pas que les Congolais ne comprennent pas qu'on les délivre en les tuant et surtout on libère l'espace !

[8] L'auteur des Fantômes du roi Léopold II. Un Holocauste oublié.

[9] Le texte de 2009.

[10] Point de vue recueilli par Platon de l’antique philosophie hébraïque, elle-même nourrie par la culture multimillénaire africaine et asiatique. Ainsi, pour la tradition judéo-chrétienne, il ne fait aucun doute que la haute direction de l'univers dans sa totalité est entre les mains de Dieu, qui avait sur lui un plan merveilleux, hélas, déjoué par la liberté de l'homme, qui a substitué au monde à l'image de Dieu un monde à son image et à sa ressemblance. Comme nous savons d'expérience qu'aucune œuvre humaine n'est parfaite, le monde créé par l'homme n'est naturellement pas du tout parfait. En dépit de tout, c'est ce monde imparfait que l'Europe présente comme le meilleur des mondes possibles et auquel nos maîtres Blancs nous demandent d'adhérer contre quelques miches de pain. L'histoire religieuse nous apprend que c'est ce monde à l'image de l'homme que le tentateur offrit à Jésus contre une prosternation devant lui de sa part !

[11] « En dépit de toutes ces immenses ressources humaines et de sous-sol, la RDC est classée parmi les pays les plus pauvres du monde. Certains indicateurs l’alignent parmi les pays les plus misérables de l'Afrique au Sud du Sahara. Près de 80 % de sa population suivent à la limite de la dignité humaine, avec moins de US$ 0.20 par personne par jour ». RDC Ministère du Plan, Document de Stratégie de Réduction de ta pauvreté (DSRP), (Version intérimaire), février 2004, p. 5. « L'examen des données statistiques disponibles traduit une situation de paupérisation généralisée. En 2001, le PIB est estimé à près de 74 USD. Le niveau du revenu par habitant est par jour, en dollars de 1985, passé de 1.32 USD en 1973 à 0.91 USD eu 1974, et à 0.30 USD en 1998. Le pays est donc plongé dans une pauvreté absolue qui tend à se généraliser : le revenu moyen des Congolais se situerait en dessous du seuil de pauvreté absolue, et aurait continuellement baissé de 3.08% en moyenne annuelle jusqu'en 1998 ». Ibid., p. 11.

[12] Celles de 2006. Le texte est de 2005.

[13] Celui-ci parlant de la Belgique dans un numéro du Negro World, de mars 1921, écrivait : « Incapable de gouverner sa colonie, de la développer ou de travailler efficacement à l’amélioration de la condition des indigènes, la Belgique devrait céder le Congo aux Etats-Unis... Sous la direction des Etats-Unis, le Congo rendrait le commerce américain indépendant de l’Europe et il lui fournirait des matières premières en abondance, lui ouvrirait des débouchés nombreux et nécessiterait la création d’une marine marchande qui nous permettrait de nous emparer du commerce mondial. Cf. RENAN DE BREY, Le sphinx noir, p. 105.

[14] Essai sur la transmutation de toutes les valeurs, Paris, Mercure de France, 1938.

[15] BARJAVEL, R, La faim du tigre, Paris, Denoèl, 1966, p. 191 : « Le peu que l’on sait de ce que fut en profondeur la civilisation égyptienne, mère de toutes les civilisations occidentales, nous laisse supposer qu’il y eut un temps de l’humanité, où il n’y avait pas une science et une religion séparées, mais où l’une et l’autre confondues composaient ce que nous pourrions appeler la Connaissance ».

[16] « Le philosophe devant la politique », in JASPES, K., La bombe atomique et l’avenir de l’homme, Paris, Plon, 1958, cité par PHOBA MVIKA J., Notes de Logique formelle, Mardaga, p. 102.

[17] S BOURKE, V.J., Histoire de la morale. Traduit de l’anglais par J. MIGNON, Paris, Cerf, 1970. p.265.

[18] Le titre d’un roman dont j’ai perdu le nom de l’auteur.

[19] PHOBA MVIKA J., Libres opinions pour mémoire, n° XVII. La version congolaise du Décalogue au goût du jour est-elle compatible avec le destin exceptionnel du Congo?

[20] Voir MASSAMBA, M., Droit des affaires, Cadicec, Kinshasa, 1996, p. 27. Lire « toutes les nations, sauf la nation congolaise, jouissent d’une liberté complète dans le bassin du Congo... ».

[21] Celles de novembre 2006. Le texte est de février 2006.

[22] « L ‘homme se trouve à la croisée de deux destins possibles : périr dans son berceau, de sa propre main, de son propre génie, de sa propre stupidité, ou s‘élancer, pour I‘éternité du temps, vers I‘infini de l’espace et y répandre la vie délivrée de la nécessité de l’assassinat ». BARJAVEL, R, La faim du tigre, Paris, Denoêl, 1966, couverture. L’assassinat ct le mensonge sont, hélas, considérés en modernité comme des nécessités vitales.

[23] A propos du caractère cyclique ou linéaire du temps biblique ou indien, on peut lire VALLET, O., Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel, Paris. 2002, art. « Temps », p. 243-246.

La conception évolutionniste constitue le fondement de la foi de l’Occident dans le progrès indéfini de l’homme. Il croit à la possibilité de progrès dans tout ce qu’il entreprend, même s’il n’ignore pas les revers possibles. La conception dialectique exprime sa conviction que, dans toute entreprise humaine, le succès est le fruit de l’effort, une victoire laborieuse sur des ennemis ou des obstacles. D’où sa vigilance tous azimuts. La conception ambiguë est le fondement de son optimisme radical. Le mal absolu n’existant pas, il doit être possible de trouver dans chaque événement des points positifs, sur lesquels on puisse bâtir quelque chose de solide.

[24] PERROUX F., Industrie et création collective, cité par G.J.M. DOMENACH, «Le visage du inonde contemporain », in Bilan de la théologie du XXème siècle, Casterman, 1970. Voir PIIOBA MVIKA, «L’anti-mondialisme de ZAMENGA BATUKEZANGA », in Annales de la Faculté des Lettres, n° lI-III (2001-2002), p. 12-13.

[25] Ibid.

[26] Parmi les grandes civilisations dc la terre on compte généralement l’égyptienne, la chinoise, l’indienne et la mésopotamienne.

[27] BARJAVEL, R, O.c., p. 191.

[28] Un philosophe français (1859-1941) d’origine juive et mondialement connu.

[29] MICHAUD, L. G., Biographie universelle, 1. 43, Paris. 1825, art. « Solon». Cité par PHOBA MVIKA, Critique de la philosophie des sciences, Kinshasa, 2001, p. 66. L’écho des propos du maître égyptien à son disciple Solon, le législateur d’Athènes, sonnerait-il encore dans leurs oreilles « Solon, Solon, vous autres les Grecs, vous êtes bien jeunes : le temps n’a pas encore blanchi votre science. Mais qui ne voit que l’Occident a retenu la leçon, qu’il répand sur le monde la rationalité si chère aux anciens Egyptiens, qui ont transformé la vallée du Nil jusqu’à en faire l’un des plus grands pôles d’attraction, de l’antiquité à nos jours !

[30] Voir Libres opinions,  n° IV, sur la « mondialisation ». Nous reprenons ici quelques idées développées dans ce numéro. Nous le recommandons aux lecteurs.

[31] 10 Voir Libres opinions. n° IX. « L’Université virtuelle au Congo ou la mise de l‘Université congolaise sur I ‘orbite du monde... ».

[32] Cf. PIIOBA MVIKA, Notes de logique formelle, Liège, Mardaga, 1988, couverture.

[33] Une étude en cours du Professeur Sungi Mawanda, Vice-Doyen à la Faculté des Lettres de l’Université de Kinshasa nous apprend que le développement des ressources humaines, qui est le facteur le plus important de tout développement, est une œuvre de longue haleine. Ainsi, les problèmes d’aujourd’hui sont nés il y a quinze ou vingt ans, même s’ils apparaissent comme étant la conséquence de la conjoncture actuelle, celle-ci ne fait, en réalité, que les aggraver. Les solutions que nous proposons ou adoptons aujourd’hui ne porteront leurs fruits que dans quinze ou vingt ans. D’où l’urgence de la saisie et de la mise en œuvre du message de la communauté internationale à nos dirigeants de demain, à savoir l’arrimage du Congo au monde moderne, par la promotion de ce que nous avons appelé la noosphérisarion du Congo au diapason de la modernité. En fait, ce qui importe c’est de voir les dirigeants Congolais donner un signal fort à ce sujet aussi bien à la population congolaise qu’au monde. Comme on le sait, aujourd’hui, le Congo dépense pour l’enseignement à peine 1% de son PIB. Il est 48ème sur les 56 pays d’Afrique. Le Zimbabwe est 1er avec 10.4%! C’est difficile d’être crédible dans ces conditions. Par ailleurs, notre pays compte le troisième détourneur de fonds du monde (avec 5 milliards de dollars). Le 1er est Mohamed Suharto, 15 à 35 milliards. Le 2ème est Ferdinand Marcos, 5 à 10 milliards de dollars us.

[34] D’heureuse mémoire. Décédé en 2012. Il serait bien placé pour faire le bilan de en 2016.

[35] « Vincere scis, Hannibal, sed victoria uti nescis » (Marcus Perclus Cato).

[36] Elections que d’aucuns ont toujours voulues réellement libres, démocratiques et transparentes, malgré les menaces de tout genre et les faits accomplis ou annoncés.

[37] Elle n’est guère citée dans les projets de société pré-électoraux bien que des points précis de son contenu, opposable à tous, exigent des gouvernants une mise à niveau immédiate du pays dans beaucoup de domaines de la vie nationale. Même si face à la communauté internationale, la tentation est grande de faire profession de tout, y compris les déclarations et autres chartes des Nations unies et de l’Unité africaine. Bien sûr, les nouveaux gouvernants doivent s’intéresser à la Déclaration universelle des Droits de l’homme de l’ONU, en vertu du principe, selon lequel, l’Etat doit garantir les Droits fondamentaux de l’homme. Mais il faut compter avec les lacunes d’un document établi en 1947. Si 53% des articles sont consacrés au secteur du développement institutionnel, 31% au secteur de développement social et 16% au secteur de développement culturel, aucun article ne porte sur les secteurs de développement économique et environnemental. On peut comprendre que les droits économiques et environnementaux de l’homme n’aient pas été à l’ordre du jour. Or la base de tout développement, c’est la population, le milieu et l’économie. On peut donc comprendre que les indépendances africaines aient été nominales, que l’Afrique soit mal partie (pour paraphraser René Dumont). L’indépendance de la RDC, en particulier, a été vidée unilatéralement de son contenu économique à la veille de l’Indépendance. Quelle fierté la Belgique tire-t-elle aujourd’hui de son ex-colonie, la RDC, qui n’en mène pas large? Tout semble avoir été fait pour l’empêcher de devenir ce que sont devenus les Etats-Unis pour le Royaume Uni et le Brésil pour le Portugal.

[38] De ces principes de gestion des ressources humaines et de leur application dépendra la noosphérisation réussie de la RDC. Par ressources humaines, nous entendons la population active et par extension les familles, qui dépendent d’elle. La population active, c’est l’ensemble des personnes, qui exercent habituellement une activité professionnelle.

[39] Sur l’intégration de la dimension ressources humaines dans la stratégie de l’entreprise, lire PIRETTI J.-M. (2002). Gestion des ressources humaines, Paris, Librairie Vuibert.

[40] Au sens large, c’est-à-dire la sécurité assurée par les forces de l’ordre, bien sûr, mais aussi la protection civile, l’ergonomie, l’hygiène, la sécurité alimentaire, l’entretien et la maintenance des infrastructures de base, etc. Dans une telle optique, les problèmes d’électricité (délestages, pannes incessantes, instabilité), par exemple, ne sont pas de mise.

[41] Des systèmes comme ceux-ci : production, transport et distribution d’eau, d’électricité et de produits pétroliers ; défense nationale ; système juridique; système financier; télécommunications.

[42] Son rôle d’administration règlementaire. Elle mettra sa puissance retrouvée au service de la gestion des ressources humaines.  

[43] Tout a un prix. Même les choses gratuites ont un prix : ce qui fait justement qu’elles soient gratuites. En matière d’aide au développement, de dette extérieure et de commerce international, le dialogue des sourds est inévitable, en dépit des faux semblants, il n’y a que les pauvres à avoir des exigences; les riches, eux, n’ont que des leçons à donner

[44] Principalement du secteur de l’éducation et de la santé pour réduire les inégalités.

[45] Achat des biens de production ou de capital ou encore d’équipement, c’est-à-dire des bâtiments et machines utilisés pour produire des biens.

[46] Les entreprises publiques, privées et mixtes.

[47] Une gestion des ressources humaines est stratégique lorsqu’elle procède par anticipation ou prévision, adaptation ou actualisation, mobilisation ou motivation, personnalisation ou individualisation.

[48] Au niveau de la Présidence de la République, selon une formule qui pourrait être réaménagée.

[49] Dans La volonté de puissance (p. 254), F. NIETZSCHE pose et répond â cette question : « Comment devient-on plus fort ? — Se décider lentement et tenir avec opiniâtreté à tout ce que l‘on a décidé. Tout le reste s‘ensuit ».

[50] Voilà pourquoi, pour entrer en politique, il faut avoir une vocation, car il s’agit d’un sacerdoce, comme en religion, et une discipline, que l’on n’acquiert que par une solide formation et par l’exercice des responsabilités au sein d’un parti politique.

[51] Les pouvoirs publics sont intégrés pour leur dimension législative et réglementaire.

[52] Cela équivaut à noosphériser la RDC, c’est-à-dire à l’intellectualiser. La noosphère, c’est le monde de l’esprit, où tout s’imbrique, s’interpénètre et se communique. Pour plus de détails, voir le N° XXI des Libres Opinions.

[53] Une gestion stratégique des ressources humaines, qui suit le schéma de résolution des problèmes de développement est systémique. Un système est défini comme un ensemble cohérent d’objectifs à atteindre, des moyens pour atteindre ces objectifs et des mécanismes régulateurs du système.

[54] Les documents, qui traduisent la politique, les stratégies et les actions s’appellent respectivement le plan, le programme et le projet. Le plan contient un ou plusieurs programmes et le programme un ou plusieurs projets.

[55] Depuis 1954, année de la création de la première université (l’Université Lovanium), les ressources humaines de qualité sont plus nombreuses qu’espéré en dépit d’un développement contestable du secteur de l’éducation ces trois dernières décennies, mais elles restent largement inexploitées.

[56] Par infrastructures de base, on entend ponts, routes, voirie, eau, électricité, poste, téléphone, ports, aéroports, écoles, hôpitaux, centres sportifs et habitat social.

[57] La pauvreté est la condition, où l’on se trouve lorsqu’on reçoit moins de revenus que l’individu moyen ou la famille moyenne avec peu ou pas d’espoir d’augmenter ces revenus.

[58]  La faim cachée est nutritionnelle ou qualitative.

[59] Dans son Rapport mondial sur le développement humain 2005, le PNUD classe la RDC à la 167ème place mondiale (sur 177 pays) et parmi les 32 pays à faible développement humain d’après la valeur de l’indicateur du développement humain (0,385) donnés par les indices d’espérance de vie (0,30), de niveau d’instruction (0,53) et du PIB (0,32). Ces indices sont calculés sur la base de l’espérance de vie à la naissance (43,1 années), du taux d’alphabétisation des adultes (65,3%), du taux brut de scolarisation (28%) et du PIB par habitant (697$).

[60] En attendant la définition et l’application des normes nationales congolaises.

[61] Par rendement des ressources humaines, on entend la productivité du travail. Cette situation peut être redressée ; mais il faut compter avec le temps. Le développement des ressources humaines, qui est le facteur le plus important de tout développement, est une œuvre de longue haleine. Ainsi, les problèmes d’aujourd’hui sont nés il y a quinze ou vingt ans, même s’ils apparaissent comme étant la conséquence de la conjoncture actuelle. Celle-ci ne fait en réalité que les aggraver. Les solutions que nous proposons ou adoptons aujourd’hui ne porteront leurs fruits que dans quinze ou vingt ans. D’où la nécessité et l’urgence de fournir aux gouvernants de demain une politique bien définie.

[62] Année de la zaïrianisation de l’économie.

[63] Par équipement, nous entendons le capital physique (fixe et circulant).

[64] Concrètement, il s’agit de : 1. Adapter les programmes de formation aux besoins et augmenter les dépenses du secteur de l’éducation ; 2. Augmenter la production agro-alimentaire et textile pour atteindre l’autosuffisance ; 3. Accroître l’épargne et l’investissement ; 4. Réduire la tension salariale et individualiser les rémunérations ; 5. Rétablir la souveraineté et, partant, la propriété de l’Etat dans les secteurs sensibles des mines, de l’énergie, des télécommunications et de la fiscalité non pas pour créer un monopole étatique, mais bien pour favoriser les marchés des capitaux. 6. Elaborer une terminologie nationale des normes industrielles ; 7. Construire les infrastructures de base ; 8. Maîtriser les composantes macroéconomiques (prix, crédit, monnaie, revenus, impôts sur les revenus et budget national); 9. Substituer l’exportation des produits semi-finis, finis ou à haute valeur ajoutée à celle des matières premières brutes, pour éliminer les inégalités et réduire la pauvreté. Il y va de la liberté des gens. On ne peut être libre quand on est pauvre. Sur l’économie du développement, lire STIGLITZ J.E. (2000). Principes d’économie moderne, Bruxelles, De Boeck et Larcier.

[65] Le principe de normalité vise un fonctionnement normal de l’Etat, des entreprises et des ménages, c’est-à-dire un fonctionnement conforme aux nonnes établies par les lois et règlements du pays. Même dans ce domaine, l’essentiel reste à faire, notamment garantir la sécurité du pays et des personnes, et normaliser l’industrie. Ainsi, il n’est pas normal qu’une classe prévue pour 32 élèves au maximum en accueille 80, qu’un tronçon de route réparé à grands frais s’abîme à nouveau au bout d’un mois, que les salaires soient payés à n’importe quel moment du mois ou de l’année, que la tension salariale soit de 1 à 100 ou plus, que le gouverneur de la banque centrale soit banquier (ADG) dans le privé, qu’un Conseiller du Président de la République gagne un marché de réhabilitation des bâtiments financé sur fonds publics, alors qu’il n’a aucune entreprise connue de construction, etc. Le principe d’optimalité vise le meilleur rendement possible de tous les facteurs de production. Le principe de solidarité vise une répartition juste et équitable des revenus et aussi une bonne politique sociale.

[66] Le principe d’attribution régit la délimitation des compétences des différents échelons des pouvoirs publics, de l’entité locale (communauté autochtone) au niveau national. Les principes de complémentarité, de subsidiarité, de proportionnalité, de substitution et d’appropriation régissent l’exercice de ces compétences. Le principe de complémentarité requiert la prise en compte des relations intercommunautaires dans l’exercice du pouvoir de l’institution provinciale au niveau national. Celui qui a intériorisé le principe de complémentarité s’interdit toute déviation à caractère identitaire dans la gestion de la chose publique, qu’il s’agisse du clanisme, du communautarisme, du tribalisme, du régionalisme ou du sectarisme. Le principe d’appropriation signifie que les entités locales et la population civile se prennent en charge en accomplissant des actions, qui relèvent de la compétence exclusive des pouvoirs publics, lorsque l’urgence et la nécessité l’exigent. Le principe de substitution permet aux institutions provinciales d’agir en lieu et place de l’autorité nationale, dans des matières, qui relèvent de la compétence exclusive de cette dernière. Les compétences concernées doivent, bien sûr, être précisées, comme l’a fait la Constitution, pour beaucoup d’autres. Le principe de péréquation régit la répartition équitable du revenu national entre les différentes entités.

[67] II faut mettre un frein à la confusion des formes, des contenus, des genres et des styles. S’attaquer aux médiocres semble être contre-indiqué. F. Nietzsche disait à ce sujet, dans la volonté de puissance (p. 213) : « Pourquoi dégoûter les médiocres de leur médiocrité ! (...) Chaque pas qui les éloigne d’elle (...) les conduit à l’immoralité ». L’heure étant grave, la gestion des ressources humaines ne peut s’accommoder ni de l’improvisation ni du dilettantisme, et encore moins du laxisme propre aux faibles et aux mercenaires au service d’intérêts étrangers. Comme indiqué dans une note plus haut, il faut avoir une vocation et une discipline pour entrer en politique, afin de faire échec à la misanthropie et à l’incurie.

[68] Par opposition à l’intérêt personnel et aux intérêts partisans et étrangers. S’attaquer aux problèmes de développement signifie qu’on se soucie de l’intérêt général. Faire preuve de civisme, c’est se soucier de l’intérêt général, c’est-à-dire du bien commun.

[69] C’est la principale leçon que j’ai tirée de mon voyage du 25 décembre 2005 au 12 janvier 2006 en Chine. Le nouveau président devrait s’inspirer de ce proverbe chinois que j’ai appris là-bas pour orienter ses actions de développement: « Si tu veux une prospérité d’un an, cultive du riz. Si tu veux une prospérité de dix ans, plante des arbres. Si tu veux une prospérité de cent ans, investis dans l’homme ».

[70] Exercer le pouvoir, c’est imposer sa volonté aux autres. Sur les trois instruments pour exercer le pouvoir (dissuasion, rétribution et persuasion) et les trois sources du pouvoir (personnalité, propriété, l’organisation), lire GALBRAITH J.K., (1983). The Anatomy of Power. London, Corgi Book, p. 20-25.

[71] En dépit de toutes ses immenses ressources humaines et de sous-sol, la RDC est classée parmi les pays les plus pauvres (lu monde. Certains indicateurs l’alignent parmi les pays les plus misérables de l’Afrique au Sud du Sahara. Près de 80 % de sa population surviven4 à la limite de la dignité humaine, avec moins de USS 0.20 par personne par jour ». RDC, Ministère du Plan, Document de stratégies et de réduction de la pauvreté (DSRP), (Version intérimaire), février 2004, p, 5.

[72] En 2013, comme on le sait, étions derniers 183èmes sur 183 !

[73]« Le souci de métaphysique pour une vie souveraine », Kinshasa, mai, 2008).

[74] A la suite d’autres penseurs racistes européens qui ont jeté les fondements de la colonisation de l’Afrique, tels que le Comte français Arthur de Gobineau 11316-1532), les allemands Paul Anton de la Lagarde [1327-1891), Alfred Rosenberg (1893.1946) et l’anglais Houston Stewart Chamberlain (1835-1927), Ludwig Gumplowicz (1838-1909) était un sociologue allemand d’origine juive polonaise. De formation universitaire, il se fit l’avocat de ce qu’on a appelé la e sociologie du conflit, théorie selon laquelle les races primitives se haïssaient et luttaient pour la suprématie. 1xivillsation était supposée issue de cette lutte. Son plus important ouvrage, le Combat des races (1883) fut réédité durant la période de l’ascension d’Hitler au pouvoir. Sa conclusion était que la race supérieure est celle qui gagne toutes les batailles. Voir BOURKE, VJ., Fils foire de fa morale, Paris, Cerf, 1970, p. 329.

[75] PHOBA MVIKA. Archives philosophiques, n° I, «Le souci de métaphysique pour une vie souveraine », Kinshasa, mai 2008. inédit ; n° 10, « Le portrait moral du citoyen parfait », Kinshasa, septembre 2008/1, inédit ; n° I8, « Pour une nouvelle plate-forme éducative africaine, face aux défis du IIIème millénaire », Kinshasa. novembre 2008, inédit. PHOBA MVIKA, Libres Opinions pour mémoire, n° XX, « Perspectives électorales. Quelle chance et quel défi ? », Kinshasa, juin-juillet 2005, inédit ; n° XXI. «La responsabilisation planétaire des dirigeants congolais de la 111e République. A 1’occasion de la promulgation de la nouvelle constitution n. Kinshasa, février 2006, inédit.

[76] PHOBA MVIKA, J., Libres Opinions pour mémoire, n° XXIX. « Comment sortir de la tragédie congolaise ? (Réflexion à l’avant-veille du 50ème anniversaire de l’Indépendance), juin 2009,  inédit.

[77] Chine 1993, Nouvelle étoile, p. 103.

[78] Cité par AL GORE, Une vérité, qui dérange, Editions de La Matinière, Paris, 2007, p. 266.

[79] « Tu ne voleras pas ; c’est un acte vain, quand il est si lucratif de duper ». Voir BOURKE V.J., Histoire de la morale, Traduit de l’anglais par J. MIGNON, Paris, Cerf, 1970, p. 265.

[80] Sur ce point, le Congo n’est pas seul. La hantise des études techniques, au détriment des études générales, est mondiale. Mais nous avons plus de raisons de nous en inquiéter. Les autres ont connu dans leur histoire des époques où ils se sont posé les questions fondamentales. .

[81] Certes, il y a eu la formule bien connue dans la colonie belge, sans élites, pas d’ennuis. C’est sans doute à elle que fait allusion Guy Malengreau, quand il écrit : «c’est un fait qu’à cette époque, la plupart des coloniaux se montraient extrêmement réticents quant à l’opportunité d’ouvrir aux indigènes les portes de l’enseignement universitaire», (L’université Lovanium, des origines lointaines à 1960, p. 31). Mais il faut savoir que la cote du Noir quant à ses capacités intellectuelles était plutôt faible. Le même Guy Malengreau rapporte que « le XIXe s. se montrait extrêmement sévère pour les indigènes des pays de Mission ; on croyait à la supériorité de la race blanche et on considérait de bonne foi la plupart des peuples de couleur comme des êtres inférieurs affligés de défauts énormes » (p. 32). Lévy-Bruhl est encore plus explicite. « S’appuyant sur une abondante moisson de faits et d’impressions rapportés d’Amérique du Nord, du Brésil, d’Afrique et d’Océanie par des voyageurs, des missionnaires et des ethnologues, Lévy-Bruhl croyait pouvoir démontrer l’existence d’une structure intellectuelle propre aux individus des sociétés plus ou moins vastes et vivant encore ou de nouveau en marge de l’histoire, l’existence, autrement dit, d’une ‘mentalité primitive’. Et cette ‘mentalité’, Lévy-BruhL la qualifiait de ‘prélogique’ en raison de son indifférence aux grands principes dont dépend le fonctionnement de la pensée logique et scientifique, les principes d’identité et de non contradiction d’une part, le principe de causalité, d’autre part », LEVY-BRUHL L., Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, 1910, p. 79.

[82] En 1810, Wilhelm von Humbolt fonde à Berlin, capitale d’une petite nation périphérique, la Prusse, la première université moderne, l’actuelle université Humblot, avec l’appui de son souverain, Frédéric Guillaume II. En quelques dizaines d’années le modèle gagne l’Europe, et il est répandu aujourd’hui sur toute la planète». MORIN, Edgar, Mon chemin, Paris, Fayard, 2008, p. 273.

[83] Bien sûr, l’enseignement de la littérature, de l’histoire, des mathématiques, des sciences contribue à l’insertion dans la vie sociale, et les enseignements spécialisés sont nécessaires à la vie professionnelle. Mais il manque de plus en plus la passibilité d’affronter les problèmes fondamentaux et globaux de l’individu, du citoyen, de l’être humain. Ces problèmes nécessitent, pour les affronter, la possibilité de réunir et d’articuler les disciplines entre elles. Ils appellent une façon plus complexe de connaître, une façon plus complexe de penser, Ibid., p. 272).

[84] Voir PHOBA MVIKA, Libres Opinions pour mémoire, « Comment sortir de la tragédie congolaise? (Réflexion l’avant-veille du 50ème anniversaire de l’indépendance) », n° XXIX, Université de Kinshasa, juin 2009, p. 1.

[85] Voir PHOBA MVIKA, Libres Opinions pour mémoire, « Fin de la guerre ! Mais pas fin de la grande épreuve congolaise : mériter le Congo de Léopold II, n° XVIII, Université de Kinshasa, août 2002.

[86] EINSTEIN, A., Comment je vois le monde, Paris, Flammarion, s.d., p. 40.

[87] On compte habituellement quatre grandes civilisations anciennes : l’égyptienne, la chinoise, l’indienne et la mésopotamienne. L’Européenne, plus jeune, a montré un dynamisme débordant surtout depuis le XVe s. Bien que arrogante et contemptrice des autres civilisations, elle a ses Montaigne, ses Las Casas, ses Mary Kingsley, ses Edmund Dene Morel. C’est tout à son honneur.

[88] BARJAVEL. R., La faim du tigre, Paris, Denoël, Paris, 1966, p. 191. 10.

[89] 10 Etymologiquement amitié ou amour de la sagesse (Philos = ami ; sophia = sagesse).

 

31 octobre 2016

PHOBA MVIKA J. Docteur ès Lettres d’Etat

PHOBA MVIKA J.

Docteur ès Lettres d’Etat

PROFESSEUR ORDINAIRE

 

LIBRES OPINIONS POUR MEMOIRE 

XVII 

LA VERSION CONGOLAISE DU DECALOGUE AU GOUT DU JOUR EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LE DESTIN EXCEPTIONNEL DU CONGO ?

UNIVERSITE DE KINSHASA 

JUILLET 2002

 

Au lendemain du mondial Corée-Japon 2002, les prétentions du Congo pour le mondial allemand de 2006 ont été affirmées ça et là dans les tribunes consacrées aux performances de notre 11 national.

A travers certaines déclarations nous avons pu lire, s’agissant de la participation supposée déjà acquise du Congo au prochain mondial, LE POURQUOI PAS faire mieux que le Sénégal.

Surprenante nous a paru une telle prétention, quand on connaît, d’une part, les exigences de sérieux d’une participation fructueuse à de telles compétitions et, d’autres part, la légendaire insouciance qui nous caractérise.

Surprenante aussi nous a paru l’imputation des déboires de notre équipe nationale de football à nos dirigeants sportifs, qui seraient les seuls au monde à ne penser qu’à leurs intérêts personnels.

Or, rien n’est moins sûr. Les hommes étant les mêmes partout, il n’y a pas de pays, où l’on obéirait naturellement à l’idéal moral du Décalogue biblique.

L’utilitarisme, lecture moderne de cet idéal, semble l’avoir remplacé d’ailleurs, dans la pratique, par un Décalogue adapté à l’intérêt personnel, à travers ce qu’Arthur Hugh Clough (1819-1861) a appelé the latest Decalogue[1].

Presque partout aujourd’hui c’est à ce Décalogue que l’on se réfère. Si ailleurs, les résultats sont au rendez-vous, contrairement à chez nous, ce que chez nous on navigue à vue dans des eaux sombres, qui rendent impossibles toute vision et toute visibilité[2].

Compte tenu du rôle, que les Congolais sont appelés à jouer demain dans le monde, eu égard aux richesses fabuleuses de leur pays, il faut impérativement mettre fin à cette situation, qui fait du Congo un trou noir parfait, à bien des points de vue.

Il importe, tout de même, de mettre au grand jour la version congolaise du Décalogue au goût du jour. C’est dans l’intérêt de tous de rendre visibles les règles du comportement des Congolais.

On peut déjà dire, au premier regard des comportements observés, que les Congolais donnent l’impression de vouloir se passer de l’idée même de règle contraignante de conduite.

C’est en l’explicitant et en l’exposant au grand jour que nous amènerons les Congolais à réfléchir sur ses conséquences et à l’abandonner, leur pays ayant destin exceptionnel pour l’avenir de la planète[3], vu ses richesses fabuleuses.

C’est en comparaison avec le Décalogue de Moïse et la version occidentale du Décalogue au goût du jour que nous la dénonçons.

I. LE DECALOGUE DE MOISE (Dt.5, 6-21, Ex.20, 2-17)

« … Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi[4] ;

« Tu ne feras aucune image sculptée de rien…[5] ;

« Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, ni ne les serviras …[6] ;

« Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé, ton Dieu à faux … [7] ;  

« Observe le jour du Sabbat pour le sanctifier…[8] ;

« Honore ton père et ta mère …[9] ;

« Tu ne tueras pas ;

« Tu ne commettras pas d’adultère ;

« Tu ne voleras pas ;

« Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain ;

« Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain … »[10] ;

 

II. LE DECALOGUE AU GOUT DU JOUR D’ARTHUR HUGH CLOUGH[11]

1.  « Tu n’auras qu’un seul Dieu ; qui pourrait se permettre de s’en payer deux ?

2. « Tu ne te prosterneras pas devant une image gravée, sauf les billets de banque ;

3. « Ne jure pas ; car, pour ta malédiction, ton ennemi n’est pas le pire ;

4. « Aller à l’Eglise le dimanche servira à te garder l’amitié du monde ;

5. « Honore tes parents, c’est-à-dire tous ceux dont tu peux attendre de l’avancement ;

6. « Tu ne tueras pas ; mais tu n’as pas besoin de t’efforcer obligeamment de maintenir en vie ;

7. « Ne commets pas l’adultère, on n’en tire rarement d’avantage ;

8. « Tu ne voleras pas, c’est un acte vain, quand il est lucratif de duper ; 9.« Ne porte pas de faux témoignage, laisse le mensonge voler de ses propres ailes ;

10. « Tu ne convoiteras pas, mais la tradition approuve toutes les formes de compétition ».

Cette version du Décalogue, qui reflète le comportement observé dans la société moderne, est, certes, une caricature de l’idéal moral et religieux du Décalogue judéo-chrétien, mais elle a le mérite d’imposer un code de conduite généralement respecté.

Comme il y a dans le comportement observé dans la société post-traditionnelle congolaise une absence flagrante de l’esprit des lois et de culture de la sanction, la version congolaise du Décalogue au goût du jour, ci-dessous, ressemble à invitation à l’indécence, à l’incivisme, bref, à l’irresponsabilité.

 

III. VERSION CONGOLAISE DU DECALOGUE AU GOUT DU JOUR

1. « Tu n’auras pas d’autres dieux que toi-même, de peur de te voir d’obéir à quelque loi ;

2. « Tu te prosterneras devant les dollars à grosse tête, dont tu raffoles. Car tu n’es pas moralement assez fort pour résister à leur attrait ;

3. « Tu ne jureras pas. Car tu n’es pas capable de respecter le moindre engagement, que tu prends ni la moindre promesse, que tu fais ;

4. « Tu iras à la messe le dimanche, pour faire comme tout le monde. Car tu ne crois en rien du tout ;

5. «N’honore pas tes parents. Car c’est démodé de respecter les vieux ;

6. « Tu ne tueras pas. Car, suivant notre culture, répandre le sang humain rend fou. Mais ce serait trop te demander de tout tenter pour sauver une vie ;

7. « Agité(e) comme tu es, tu n’as que faire de la paix intérieure que procurent la fidélité conjugale et la discipline sexuelle ;

8.« Tu ne voleras pas. Mais ce serait trop te demander d’être honnête partout et toujours. Car la correction morale n’est pas ton point fort.

9.« Tu ne porteras pas de faux témoignage, sauf quand tu peux en tirer profit. Ce serait trop bête de ne pas profiter des belles opportunités de la vie pour des simples scrupules moraux.

10. « Tu convoiteras comme tu voudras des biens d’autrui. Car c’est ta seule façon de jouir des biens que ton incorrigible fainéantise t’interdit d’acquérir honorabement ».

Le moins que l’on puisse dire de ce Décalogue est que l’one voit pas bien à quel postulat de base il obéit et s’il en a un.

Pourtant, il en faut absolument. Les Congolais ne peuvent pas indéfiniment voguer sur l’océan du monde sans boussole, sans possibilité d’identifier ni le Nord, ni le Sud, ni l’Est, ni l’Ouest.

Car se contenter de profiter de  toutes les opportunités de la vie ne peut être le principe ultime de conduite.

Tôt ou tard chaque homme finit par poser la question du quoi après, déjà dans les limites restreintes de notre vie.

Certes, on pourra tenter de noyer le tout dans un tas de combinaisons confuses. Mais elle ressurgit toujours. Car elle est une question fondamentale. Aussi devons-nous savoir que nous ne ferons de ce pays un grand pays que si nous n’éludons pas les problèmes de fond, notamment celui de l’écart entre notre vision et celle du « Grec » Clough.

 Tant qu’on y est, rappelons qu’au-delà des positions personnelles, les hommes de notre temps règlent leurs comportements suivant deux postulats de base, qui rappellent la division antique du monde : le « grec » et le « barbare ».

Globalement, pour le « grec », l’homme est un être essentiellement terrestre. A ce titre, il n’a rien à attendre d’un hypothétique au-delà. Il doit se persuader qu’il a à se débrouiller seul, avec sa raison, comme seule arme.

Pour survivre et vaincre les peurs du sevrage d’avec Dieu, il doit se convaincre qu’il est à lui-même son propre dieu, qu’il peut satisfaire tous ses besoins, y compris les besoins religieux et ceux dit métaphysiques.

L’idée d’une version du Décalogue est un impératif de ce postulat. L’orgueil et l’ambition deviennent des valeurs salvatrices, tandis que l’humanité devient une infirmité mortelle. La discipline et la rationalité en toute chose sont un culte dû à la raison.

Globalement, pour le « barbare », l’homme est un être essentiellement fait pour l’au-delà. Dans son interprétation classique, ce postulat pose que le bonheur de l’homme dans l’au-delà est fonction du bonheur terrestre.

Par bonheur, il faut entendre non pas la jouissance des plaisirs faciles, mais l’accomplissement humain, que procure l’aisance matérielle honnêtement acquise par un travail productif et la fierté d’appartenir à un pays respecté.

Cela dit, la question reste entière de savoir auquel des deux postulats rattacher notre version du Décalogue. Ce qui est sûr au moins c’est qu’avec notre version, on ne peut pas bâtir une grande nation respectée au cœur de l’Afrique.

Là dedans, il y a d’avantage d’insouciance[12], d’inconscience, d’irresponsabilité, de refus d’ambition, d’esprit de jouissance qu’autre chose. Il y a aussi peut-être une petite dose de sécularité,  mais dans une grande religiosité diffuse.

Ceux qui se donnent la peine d’observer ce qui se passe chez nous reconnaitront que nous avons peut-être là l’une des sources du marasme congolais, dans lequel, hélas, les Congolais semblent se complaire, de génération en génération depuis l’indépendance.

En effet, aucun sursaut d’orgueil significatif ne parait poindre à l’horizon. Bien au contraire, tout le monde est à l’affût du dégagement de la moindre frange libre pour s’y vautrer avec volupté, comme ci de rien n’était.

Tout se passer comme si les Congolais remerciaient ainsi Dieu de leur avoir donné un pays, où l’on peut tout avoir sans autre obligation que le dolce farniente et la tricherie, aux antipodes de l’effort créateur, principe cardinal du progrès « grec ».

La prolifération des sectes religieuses et les prières-spectacles en continu semblent être l’offensive congolaise pour obtenir de Dieu de ne pas changer de politique vis-à-vis du Congo.

Les Congolais préfèrent continuer de vivre de la manne, qui tombe du ciel, et recevoir du poisson pêché par d’autres au lieu d’apprendre à pêcher eux-mêmes leur poisson.

Ils ne veulent rien savoir des techniques de pêche. D’ailleurs, les mers sont infestées par des requins de la concurrence internationale. Et les Congolais se gardent bien d’affronter un monde aussi cruel et sans Dieu de surcroit.

Nous assistons à une situation paradoxale, qui incite à voir les choses un plus en profondeur. Car théoriquement, une nouvelle version du Décalogue égale rupture avec Dieu. Or, ici il y a persistance de la confiance en Dieu.

S’agissant de cette confiance en Dieu, on pense généralement, en milieu « grec », qu’elle est la marque d’une démission humaine, d’une évasion dénotant une incapacité de maitriser les problèmes du développement, et qu’elle devrait être abandonnée par tous.

Le postulat « grec » devrait s’imposer à tous. Refuser de l’adopter c’est refuser le développement et son corollaire, le bonheur.

Or, rien n’est moins sûr. Même au Nord, le bonheur est la chose la point partagée[13].

Il faut bien noter, par ailleurs, que le refus supposé de l’athéisme du postulat « grec » ne s’accompagne pas, loin s’en faut, de conversions sincères pouvant induire une discipline conséquente de comportement moral.

Insouciants, les Congolais semblent ignorer le remords. Ils ne voient pas le péché, qu’ils commettent, en profitant de la vie comme elle vient. Ils ne voient pas non plus la nécessité de la discipline. Leur seule ambition est de vivre.

Absence d’ambition, insouciance, démission, irresponsabilité citoyennes, tels sont donc les concepts-clés de la trame comportementale congolaise, héritée de la Zaïrianisation du pays dans les années soixante-dix, laquelle s’est incrustée dans la moelle des os.

Il est bien évident que tout cela pose problème. Avec une constitution morale aussi laxiste, on ne peut pas aller très loin sur l’Océan du monde actuel et surtout y être accepté.

Sans le sens de l’interdit, il n’y a pas de vie morale. Sans vie morale, il n’y a pas de vie citoyenne. Sans vie citoyenne, pas de nation et sans nation, aucune performance nationale, quelle qu’elle soit, sportive ou non, n’est garantie.

Si nous voulons mieux faire que le Sénégal, commençons donc par abandonner petit à petit notre Décalogue laxiste, cause de notre marasme. Attachons-nous au vrai Décalogue, du reste, de même culture « barbare » que nous.

Fait à Kinshasa, le 10.07.2002



[1] Traduit : Le Décalogue au goût du jour, pour bien marquer la désaffection et l’abandon, par les modernes, du Décalogue judéo-chrétien. Fondement traditionnel de la civilisation occidentale. Voir BOURKE, V.J., Histoire de la morale, Traduit de l’Anglais par J. MIGNON, Paris, Cerf, 1970, p. 265.

[2] On se demande si le Congolais sait où il va et à quel code moral il obéit.

[3] Nous n’avons cessé de dire que l’avenir du monde n’est ni en Europe ni en Amérique ni en Asie, mais en Afrique et, au cœur de l’Afrique, il y a le Congo. Par ailleurs, à l’instar de Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), dans son Discours à la nation allemande (1807-1808), nous n’avons cessé d’inviter nos compatriotes à être à la hauteur d’un tel destin et à devenir « porteur de culture pour l’humanité toute entière ».

[4] « Je suis Yahvé ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » Dt. 5,6.

[5] « … qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici bas, ou dans les eaux au- dessous de la terre » Dt. 5,8b.

[6] « … car moi, Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants, les arrières petits-enfants, pour ceux qui me haïssent, mais qui fait grâce à des milliers, pour ceux qui aiment et gardent mes commandements ». Dt. 5, 9b-10.

[7] « … car Yahvé ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom en faux ». Dt. 5,12b.

[8] « … comme te l’a demandé Yahvé ton Dieu ». Dt.5, 12b.

[9] « … comme te l’a demandé ton Dieu, afin que se prolongent tes jours et que tu sois heureux sur la terre que Yahvé ton Dieu te donne ». Dt. 5, 16b.

[10] « … tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son bœuf ou son âne : rien de ce qui est à ton prochain ». Dt.5, 21b.

[11] BOURKE. V.J., o.c.,  p. 265.

[12] Les congolais se rappellent bien de l’euphorie provoquée par la médaille de bronze à la CAN 1998 au Burkina-Faso, obtenue sans préparation correspondante, et les AKUNA MATATA (pas de problèmes) répéter à longueur des journées à la télévision.

[13] L’offensive antimondialisation du modèle est d’ailleurs plus virulente au Nord qu’au Sud, où l’on a toujours été au bord de la route du bonheur réservé aux seuls hommes et femmes du Nord. Pour une critique de fond du système issu du postulat « grec », voir entre autres, THOREAU, H, D., WALDEN ou la vie dans les bois ; traduit de l’américain par Jeanne Chantal et Thierry Fournier, Ed. L’Age d’Homme, 1985. Henry David Thoreau était un philosophe et poète américain. Il naquit à Concord dans le Massachussetts en 1817 et y mourut dans la sérénité en 1862, après avoir publié WALDEN en 1854. Il prouva qu’il était possible d’agir autrement que dans l’unique dessein de gagner de l’argent. « Simplicité, simplicité, simplicité ! ». Voilà le message fondamental de ce philosophe en liberté. Peu de livres ont eu le privilège d’éveiller autant d’échos à notre époque que WALDEN. Il influença des nombreux courants de pensée en servant de guide et de texte de référence à ceux qui veulent vivre plus souverainement et renouer avec les valeurs fondamentales mises en mal par la civilisation de consommation à outrance. « Quand l’homme a obtenu l’indispensable ; c’est-à-dire la nourriture, l’abri, le combustible et le vêtement,  il y a une autre alternative que de se procurer les superfluités : c’est de s’aventurer dans sa vie présente. WALDEN nous convie à cette belle aventure » (couverture).

 

 

 

 

 

 

31 octobre 2016

LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO EST-ELLE A LA CROISÉE DES CHEMINS A LA BARJAVEL ?

LA RDC EST-ELLE A LA CROISEE DES CHEMINS A LA BARJAVEL ? DU PESSIMISME DE L’INTELLIGENCE A L’OPTIMISME DE LA VOLONTE 

UNIVERSITE DE KINSHASA Octobre 2016.

 

Le caractère contrasté du XXème siècle, théâtre à la fois du meilleur comme du pire, du progrès admirable de l’humanité en sciences et en techniques et des deux guerres mondiales, fait prendre conscience de la menace totale qui pèse désormais sur l’humanité au-delà de la chance qu’elle a de faire un bond inespéré en avant.

René Barjavel[1] l’exprime bien quand il dit que l’homme moderne est à la croisée des chemins, tout en s’angoissant de  le voir choisir de  périr de sa propre main, de son propre génie et de sa propre stupidité au lieu de s’élancer dans l’infini de l’espace et dans l’éternité du temps, pour y répandre la vie délivrée de la nécessité de l’assassinat.

Est-il besoin de dire, s’agissant de la RDC, qu’elle est, avec sa classe politique, aussi capable du pire comme du meilleur. La balance penche même du côté pire, au vu des crises politiques à répétition qui ont émaillé son histoire, depuis l’indépendance, et qui continuent de constituer encore aujourd’hui une grande menace ?

Sans doute la question est-elle mal posée, si elle laisse entendre que seule la RDC est dans ce cas. En effet, l’histoire des peuples révèle qu’aucun pays ne peut se vanter de n’être capable que du meilleur.

Néanmoins, le pessimisme des partenaires sur la situation sécuritaire en RDC, au point d’envisager l’évacuation de leurs ressortissants, est révélateur d’un état de guerre à la Spinoza.

Il veut dire que la menace de mort, qui pèse sur les populations congolaises pendant la présente crise politique, qui court depuis le 19 septembre et dont le point focal reste le redoutable 20 décembre, jour de tous les dangers, est à prendre au sérieux. Les enjeux sont sans doute perçus comme importants dans les deux camps.

La situation est d’autant plus préoccupante que la solution que l’on croyait idoine, à savoir la tenue effective du dialogue, n’a pratiquement pas changé la donne. Les positions se radicalisent.

L’opposition soupçonne ses adversaires d’avoir un agenda caché nuisible à l’intérêt supérieur de la nation, lequel mérite que l’on meure pour sa défense. Mais qui doit mourir ? That is the question.

Aussi n’hésite-t-elle pas à prendre à son compte, s’agissant du dialogue, l’équation historique du Général Janssens, qui a déclenché la mutinerie de la force publique, en 1960[2]. Pour elle, le dialogue est un non événement : «après le dialogue = avant le dialogue ».

Par contre, pour la Majorité Présidentielle et alliés, soucieux de sauvegarder la paix dans un monde trouble et instruits par l’expé-rience du passé, le dialogue est incontournable. Il est le préalable sine qua non d’élections apaisées, seules garantes de la démocratie.

En effet, l’équation atavique congolaise, « élection = guerre de tranchées entre ennemis jurés », hante les esprits. C’est elle qui impose le dialogue, comme ultime recours, pour mettre un terme à des contestations et à des violences postélectorales déshonorantes.

A ce sujet, même si l’opposition radicale n’y a pas participé, la Majorité Présidentielle et alliés estiment que le dialogue tenu à la Cité de l’Union africaine, sous l’égide de l’Union africaine, était ce recours inespéré, que personne ne peut dénier.

Bref, quand bien même nous aurions voulu qu’il n’en soit pas ainsi, les deux parties antagonistes campent chacune sur sa position, au grand désespoir des populations livrées ainsi à un sort incertain.

En effet, comme on le voit, la situation est bloquée. L’affrontement semble inévitable. De postélectoral, le risque de violences, que l’on voulait éviter par le dialogue, devient pré-électoral et pressant !

Certes, il serait injuste de ne lire l’action de notre classe politique  que sous les projecteurs déformants des  dommages collatéraux, qu’elle cause. Ce sont eux, hélas, qui sont les plus ressentis ou redoutés par les populations pendant les crises politiques.

Ainsi, la radicalisation des positions affichée ces derniers temps n’augure rien de bon pour les populations, qui ont le sentiment que leur classe politique leur prépare une bombe, pour le 20 décembre.

Le 20 décembre, jour de tous les dangers, c’est dans deux mois. Si la classe politique congolaise aime son pays et ses populations, elle doit tout faire pour leur réserver une fin d’année paisible et festive, comme les autres années, en désamorçant sa bombe.

Quoi qu’il en soit, comme la mission d’une classe politique est de faire le bonheur de son peuple et non de lui préparer une bombe, la classe politique congolaise est condamnée à transformer le pessimisme qu’inspire l’intelligence de la crise, qu’elle a créée, en optimisme de sa volonté farouche d’en sortir à tout prix.

Quant à la communauté internationale, dans laquelle baigne notre pays, nous la remercions pour son action.

En effet, elle tente tout pour éviter la catastrophe, qui pointe à l’horizon du 20 décembre, au-delà de ses rappels répétés à tous ceux, qui ont tendance à l’ignorer, que  la vie de chaque Congolais compte et mérite une sollicitude protectrice en tout temps.

Fait à Kinshasa, le 20 octobre 2016.



[1] La faim du tigre Paris, Denoël, 1966, couverture.

[2] « Après l’indépendance = avant l’indépendance ».

 

 

Publicité
23 octobre 2016

MESSAGE D’APPEL POUR DES PRIMAIRES ELECTORALES EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Nous, Jeunes Congolais, membres de l’Association « UNION FAIT LA FORCE DU CONGO » ;

Convaincus qu’il ne peut y avoir de fatalité dans la persistance des crises politiques dommageables au développement de notre pays ;

Convaincus qu’il n’y a pas d’autre voie de sortie de ces crises que la prise au sérieux par tous, spécialement par les acteurs politiques, de l’attribut « démocratique » de notre pays : République Démocratique du Congo  ;

Convaincus qu’ il est plus que temps de  tourner cette page sanglante et sombre de notre histoire, au coût financier et humain exorbitant ;

Convaincus que la classe politique congolaise, mondialement décriée pour ses difficultés à prendre la hauteur du monde des idées, est tout à fait capable de s’y distinguer, même en cette période cruciale ;

 

Vu la volonté unanime aujourd’hui d’en sortir, en ayant en RDC des élections conformes aux standards des démocraties modernes ;

Considérant la nécessité de soulager tant soit peu les difficultés de la ceni à financer les élections ;

 

Invitons la classe politique congolaise à organiser, à ses frais, des primaires pour la désignation des candidats président de la république au vote du peuple souverain.

Fait à kinshasa, le 13 octobre 2016.  

Publicité
libres opinions pour mémoire
  • 30 JUIN 1960-30 JUIN 2016 56 ANS APRES, LE REGARD INTERROGATEUR DES AUTRES Personne n’ignore la sollicitude du Dieu de la Bible pour Israël, son peuple. Ses faveurs pour lui peuvent se résumer dans la promesse d’un pays, où couleraient le lait et le mi
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité